CHAPITRE ONZIÈME
morales et matérielles ; eh bien, les Girondins n'hésitèrent pas à déchaîner sur elle le fléau d'une guerre civile générale. Guadet, Kervélégan, Buzot, Louvet, Barbaroux et plusieurs autres se répandirent dans TEure et dans le Cal- ^ ^^^^ yados; Meilhan et Duchâtel, quoique non décrétés, se civile. donnèrent mission de soulever la Bretagne; Rabaut courut à Nîmes, Brissot à Moulins, et sous l'inspiration girondine la terreur s'organisa à Lyon et à Marseille contre les patriotes. A la voix de ces républicains égarés, si même ils méritent le nom de républicains, une partie des départements se mirent bientôt en pleine insurrection; les administrateurs d'Évreux arrêtèrent l'organisation d'une armée de quarante mille hommes pour marcher sur Paris ; à Caen les autorités constituées poussèrent l'audace jusqu'à jeter en prison deux des commissaires chargés d'activer la formation de l'armée des côtes de Cherbourg, Romme et Prieur (de la Côte-d'Or). Et ce fut sur l'épée du commandant de cette armée, le royaliste Wimpfen, un officier de l'ancien régime, que les Girondins comptèrent pour avoir raison de ceux qui, à cette heure, représentaient la patrie. Mandé à Paris pour y donner des renseignements, Wimpfen écrivit insolemment au ministre de la guerre, Bouchotte, qu'il n'y pourrait venir qu'accompagné de soixante mille hommes; on lui répondit par un décret d'accusation. Caen devint le quartier général de la Gironde, et de là partirent, sous forme de proclamations et d'adresses, toutes les calomnies et toutes les diatribes enfantées par l'imagination de ses membres.
On comprend de reste qu'à la première nouvelle des me- • nées girondines, la Convention se soit arrêtée dans la voie d'indulgence où tout d'abord son comité de Salut public avait voulu la diriger. Danton, qui avait tant poussé à la chute de ses adversaires, ayant été accusé de s'être montré tiède et d'avoir hésité au moment suprême, revendiqua énergiquement, dans la séance du 13 juin, l'honneur d'a-
voir appelé rinsurrection du 31 mai contre « une secte impie;») et le même jour, sur une motion de Couthon, TAsserablée déclara que dans les journées des 31 mai, I*', 2 et 3 juin, la Commune et le peuple de Paris avaient puissamment concouru à sauver la liberté, l'unité et l'indivisibilité delà République. Furent successivementdécrétés d'accusation dans le courant de ce mois, Buzot et Duchâtel, convaincus de s'être mis en rapport avec un des chefs vendéens, puis Brissot. Seuls Valazé, Vergniaud et Gensonné ne s'étaient points soustraits au décret d'arrestation rendu contre eux; mais leurs imprudents; amis les vouaient aune condamnation certaine.
Cependant la Convention s'était sans relâche occupée ^ "d'achever l'œuvre de la constitution républicaine. Le prode 1793.^° J^* girondin avait été écarté même avant la chute de ses auteurs, et, dès le 30 mai, l'Assemblée avait chargé, du soin de poser de nouvelles bases constitutionnelles, son comité de Salut public, auquel elle avait adjoint à cet effet Couthon, Hérault-Séchelles, Saint-Just, Ramel et Mathieu. Le comité de Salut public, dont les pouvoirs venaient d'être prorogés, comprenait alors Carabon, Barère, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard, Lacroix, Bréard, Delmas et Robert Lindfit. Le 10 juin, Hérault-Séchelles vint soumettre aux délibérations de l'Assemblée le nouveau projet, qui n'était que la condensation, en quelques articles clairs et nets, des grands principes démocratiques développés par les principaux révolutionnaires, et notamment par Robespierre, depuis l'origine de la Révolution. Consécration de la souveraineté du peuple, renouvellement du Corps législatif tous les ans, élection directe des représentants du pays par le suffrage universel, élection des fonctionnaires publics par des assemblées électorales de district et de département, responsabilité de tous les dépositaires de l'autorité, tels étaient les points importants et fondamentaux de la constitution nouvelle. Le pouvoir