‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 138 sur 226 · CHAPITRE OliZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OliZIÈME

exécutif était confié à vingt-quatre ministres, choisis par le Corps législatif sur une liste présentée par les assemblées électorales, à raison d'un candidat par département. Quelques Montagnards auraientpréféré qu il fût élu directement; mais Robespierre, avec son grand sens politique, signala vivement l'ascendant que ce pouvoir ne manquerait pas de prendre, s*il sortait de la même source que le législatif, et il démontra la nécessité de ne point le faire dériver immédiatement de l'élection populaire. « Si vous n'adoptez pas ce système, dit-il, vous verrez bientôt, sous des formes nouvelles, ressusciter le despotisme, et lés autorités particulières, puisant dans leur nomination un caractère de représentation, se liguer ensemble pour lutter contre l'autorité naissante de la grande réprésentation nationale. » Nous avons pu voir de nos jours combien Robespierre avait raison. Étaient soumises à la sanction populaire toutes les lois concernant ||la législation civile et criminelle, les revenus et dépenses, les monnaies, les contributions, Jles déclarations de guerre, l'instruction publique, toute nouvelle distribution du territoire français et les honneurs publics à rendre à la mémoire des grands hommes. Tout le reste était laissé à la décision du Corps législatif. C'était réaliser, autant qu'il est possible de le faire dans nos sociétés modernes, la théorie du gouvernement du peuple par lui-même.

Il était dit, dans un des derniers articles du projet, que le peuple français ne faisait point la paix avec un ennemi qui occupait son territoire. Le Girondin Mercier demanda si l'on avait fait un pacte avec la victoire. «Nous en avons fait un avec la mort, » répondit une voix, — Bazire selon les uns, Robespierre selon les autres, — et l'article passa. La constitution nouvelle fut adoptée après une discussion de douze jours, à laquelle prirent part les Girondins demeurés dans l'Assemblée, aussi bien que les Montagnards. Restait la Déclaration des droits de l'homme. Votée le

La

Déclaration des droits.

Abolition de la loi martiale.

Fin de Condorcet.

Le prêtre Jacques Roax.

23 juin, à peu près dans les termes précédemment énon • ces par Robespierre, cette Déclaration garantissait à tout citoyen Tinstruction et le travail. Enfin, fidèle en cela aux traditions de l'Assemblée constituante, la Convention plaça son œuvre sous l'invocation de Dieu, trouvant cette hypothèse tout aussi rationnelle et aussi philosophique que celle du hasard, et voulant surtout par là rattacher à la Révolution toutes les âmes où se trouvait encore fortement gravé le sentiment religieux.

L'achèvement de la constitution fut salué dans le pays par des acclamations enthousiastes et à peu près unanimes. La Convention le célébra en abrogeant une loi de sang de la monarchie , la loi martiale , de tragique mémoire. Cette constitution de 1793, que les odieux réacteurs de Tan III qualifièrent de code anarchique, n'était pas parfaite assurément, et Robespierre ne fit nulle difficulté de l'avouer aux Jacobins; mais c'était la plus populaire qui eût encore existé, et jamais les hommes n'avaient dressé de monument plus majestueux à la liberté, à l'égalité, à la dignité humaine en un mot. Elle n'en fut pas moins amèrement critiquée par des gens d'opinions très-diverses. Salles, en échappant à ses gardiens, lui décocha la flèche du Parthe, et Condorcet, que personne jusque-là ne songeait à attaquer, crut devoir lancer contre elle un pamphlet violent. Dénoncé pour ce fait à la Convention dans la séance du 8 juillet, par Chabot, l'illustre écrivain fut décrété d'arrestation, puis d'accusation. Chassé d'asile en asile, il se tua quelques mois plus tard, aimant mieux mourir volontairement que d'afi'ronter la justice de la Révolution qu'il avait ofi'ensée.

Critiqué comme démagogique parles Girondins, le pacte constitutionnel le fut, par la secte des enragés, comme étant en quelque sorte entaché d'aristocratie. Jacques Roux vint à la barre exposer leurs doléances. Il se donna faussement pour le mandataire de la section des Gravîl-

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liers, et, en termes menaçants, reprocha à rAssemblée de n'avoir pas, dans la constitution même, proscrit Tagiotage et prononcé des peines contre les accapareurs,comme si c'était là le lieu. Il y eut sur les bancs de la Montagne une explosion de murmures d'indignation, et l'imprudent pétitionnaire fut ignominieusement chassé. Ce Jacques Roux, dont M. Michelet, si dur au socialisme, s'est imaginé de faire un soeialùit persécuté par Robespierre, était un prêtre qui déjà avait eu maille à partir avec la Commune, dont il était membre. Apportait-il un plan de rénovation sociale? Émettait-il uneidée économique quelconque? Nullement. C'était un désorganlsateur systématique, un tartufe de démagogie, qui parut à Thuriot un digne émule des fanatiques de la Vendée. Il courut aux Cordeliers récriminer contre Legendre, CoUot-d'Herbois, Danton; mais par une coïncidence fâcheuse, des troubles éclatèrent dansles rues,qu*on attri- . bua à ses déclamations insensées, a Point d'excès, sinon la . contre-révolution est faite,» s'écriaàla Commune Hébert, qui eût sagement agi d'opérer sur lui-même l'application de ce sage précepte. Jacques Roux finit par être conspué aux Cordeliers et rayé, avec son digne émule Leclerc, de la liste du club. Dénoncé en juillet, après la mort de Marat, par la veuve de celui-ci, par celle que l'Ami du peuple avait épousée un beau jour, à la face du ciel, dans le temple de la nature, et qui vint se plaindre qu'on eût, sous le nom de son mari, prêché les doctrines les plus extravagantes. Roux fut arrêté, au mois d'août, par les ordres de la Commune. Renvoyé quelques mois plus tard devant le tribunal révolutionnaire par un jugement du tribunal correctionnel, il se frappa de cinq coups de couteau, et mourut des suites de ses blessures.

Pendant que la Convention discutait l'acte constitutionnel, dont la complication des événements allait retarder la ^ Mvados mise à exécution, royalistes et Girondins mettaient la République à deux doigts de sa perte. Vainqueurs à Mon-

de Catfaelineau.

treuil, les Vendéens s'étaient emparés de Saumur, malgré l'énergique défensedes républicains qui voyaient leursituation devenir de plus en plus critique. Le 17 juin ils occupèrent, sans coup férir, la ville d*Ângers, et se disposèrent à marcher sur Nantes, où ils avaient des accointances, et dont le maire, Baco, et le commandant, Beysser, apparte* naient à Topinion girondine. Un brillant fait d'armes de Westermann à Parthenay ne suffisait pas à arrêter l'ardeur des royalistes. Les troupes de Cathelineau et de Charette commencèrent Tattaque dans la nuit du 29. Mais il y avait dans la ville des révolutionnaires ardents qui se joignirent aux soldats de Canclaux et opposèrent à l'ennemi une résistance désespérée. On se battit deux jours avec un acharnement égal de partetd'autre. Déjà Cathelineau, à la tête Mort de quelques centaines d'hommes, avait pénétré dans un des faubourgs, et, se croyant vainqueur, il s'était agenouillé pour dire son chapelet, quand il tomba, frappé d'une balle. Ce fut le signal de la déroute des Vendéens; ils se retirèrent précipitamment, laissant autour de la ville près de cinq mille des leurs ; Nantes était sauvé.

Quant à la tentative de soulèvement organisée par les Girondins dans le Calvados, elle échoua misérablement. Ce ne fut pas, du reste, faute d'eflForts de leur part. Un poëte normand avait mis en mauvaises strophes les diatribes des Isnard, des Louvet et des Barbaroux, et l'on chantait au thâtre de Caen, sur l'air de la M<ir^llaMe, des couplets dont voici un échantillon :

Paris, Tille longtemps snperbe, Gémit sous un joug odieux; Bientôt on diercfaerait sous l'herbe Ses palais, ses murs orgueilleux.

Mais vous maroheE, Paris respire, Les brigands pâlissent d*effroi....

Le plus clair résultat de ces menées fut d'appeler sur leurs auteurs des sévérités implacables. Le 24 juin la Convention

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