‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 139 sur 226 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

décida sur la proposition d'Amar, et malgré la très-vive opposition de Boyer-Fonfrède et de Ducos, qui auraient voulu qu'au préalable un rapport eût été présenté sur leurs amis, décida, dis-je, le transfèrement dans des maisons nationales de ceux de ses membres mis simplement en arrestation dans leurs domiciles. Douze jours après, Saint- Just, au nom du comité de Salut public, donna lecture d'un volumineux rapport sur la conduite des Girondins. Il se montra, eu égard aux circonstances présentes, d'une 'modération qui étonna le coté droit lui-même. La liberté ne devait pas, à son avis, se montrer terrible envers ceux qu'elle avait désarmés et qui s'étaient soumis aux lois. « Proscrivez, disait-il, à ses collègues, ceux qui ont fui pour prendre les armes, non pour ce qu'ils ont dit, mais pour ce qu'ils ont fait ; jugez les autres, et pardonnez au plus grand nombre; l'erreur ne doit pas être confondue avec le crime, et vous n'aimez point à être sévères. » Ce langage eût peut-être déterminé les Montagnards. à se montrer indulgents, si à quelques jours de là un acte inqualifiable n'avait pas aggravé singulièrement la situation des Girondins.

Mais avant de ra^conter cet attentat, disons conjment un de ceux qui leur avaient porté les plus rudes coups, Camille Desmoulins, vint subitement à se compromettre lui-même. Le il juillet, Cambon dénonça un complot ayant pour but d'enlever les prisonniers du Temple, de proclamer Louis XVII sous la régence de Marie- Antoinette, et parmi les instigateurs de ce complot il nomma le général Dillon, bien connu pour ses anciennes relations avec la cour. Camille, qui avait avec le général des liens de plaisirs et d'amitié, traita la dénonciation de iable absurde, ce qui n'empêcha pas l'Assemblée de décréter d'arrestation toutes les personnes désignées, et notamment Dillon. Comme Camille insistait pour le défendre, « Je demande, s*écria Billaud-Varenne, qu'il ne soit pas permis à Camille

Rapport

de Saint-Just

sar les

Girondins.

JUILUST

CamiUe

Desmoalint

et le général

DUlon.

de se déshonorer, » et l'on passa à Tordre du jour. Mais, piqué au vif par quelques paroles de Bréard qui lui avait reproché ses liaisons intimes avec des aristocrates connus, Camille Desraoulins ne put contenir son ressentiment. Il lança cette fois-ci contre son propre parti — sous ce titre : Lettre au général Dillon, un nouveau pamphlet où il épuisa tous les trésors de son implacable ironie, et où il s'efforça de couvrir de ridicule, sans l'ombre d'un motif équitable, les principaux membres de comité de Salut public et son ancien ami, le boucher Legendre. Ne devait-il pas prévoir le mal qu'il allait fairo à la République en attaquant ainsi gratuitement ses plus utiles défenseurs ? Ce fut un fou rire dans le camp de la réaction. Assurément il n'était pas possible à cette heure de mieux servir lés desseins delà contre-révolution que ne le fît en cette circonstance l'ancien procureur de la Lanterne, comme Camille s'était appelé lui-même. La lettre à Dillon était le prélude du Vieux Cordelier, Or, à ce moment, celui qu'il nommait son cher camarade de collège, Robespierre, défendait contre d'injustes attaques ce même comité de Salut public, et particulièrement Danton, déjà fort décrié parmi les révolutionnaires ardents. Anassinat Deux jours après la scène que nous venons de rapporter, deMarat. ^j^ns la matinée du 13, une jeune fille, exaltée par les déclamations girondines, se présentait rue de l'École-de-Médecine, au domicile de Marat. Elle se nommait Marie-Anne- Charlotte de Corday d'Armont, et descendait, par les femmes, du père du grand Corneille. Elle était de Caen, où elle avait noué des relations avec les principaux meneurs de la Gironde. N'ayant pu, de si bon matin, être admise auprès de l'Ami du peuple, qui était malade alors, elle lui demanda audience par quelques mots, et revint le soir. Marat était au bain. Il ordonna qu'on la laissât entrer. A peine fut-elle auprès de lui qu'elle lui enfonça, jusqu'au manche, un long couteau dans la poitrine. L'Ami du peuple poussa un grand cri. Quand la femme avec laquelle

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