‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 140 sur 226 · CHAPITRE ONZIÈME 37i · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME 37i

il vivait arriva, il était mort. L'assassin demeura calnde, impassible, et se laissa arrêter sans résistance. Déjà Charlotte Corday posait pour la postérité. Tout chez elle fut étudié. Elle sacrifia sa vie, non à la patrie ni à ses amis, qu'elle ne pouvait plus mal servir, mais à une immense vanité ou à un fanatisme incompréhensible. Elle n'avait pas l'excuse de Brutus, car sa victime n'avait rien usurpé. Et, singulière contradiction, qui, ce me semble, altère sensiblement le caractère de grandeur que Jes écrivains girondins et royalistes se sont plu à imprimer à son action, cette robuste fille qui, disait-elle, avait voulu purger son pays d'un monstre, n'avait trouvé rien de mieux, pour le cas où elle serait éconduite une seconde fois, que de préparer un billet dans lequel on lisait ces mots : a Je suis malheureuse; il suffit que je le sois pour avoir droit à votre protection. » Ainsi elle était sûre d'avance d'être reçue par l'Ami du peuple, eti faisant appel à ses sentiments d'humanité, et elle le tuait! 0 abîmes du cœur humain ! Charlotte Corday comparut le 17 devant le tribunal révolutionnaire; elle y montra beaucoup de fermeté et de courage. Condamnée à mort, elle. fut exécutée le même jour. Quand sa tête eut été tranchée par le fer de la guillotine, un des valets du bourreau, nommé Legros, la prit par les cheveux pour la montrer au peuple et la souffleta. L'auteur de cette action indigne fut vivement réprimandé, et le tribunal le condamna à la prison.

La veille avaient eu lieu dans l'église des Cordeliers, en présence de la Convention et au milieu d'un concours pro- "de i^Urat. digieux de monde, les funérailles de TAmi du peuple. ^Une foule de patriotes avaient réclamé pour lui les honneurs du Panthéon. Robespierre, qui, lui aussi, était désigné aux coups de la réaction, et qui, dès lors, prévoyait que sa chute s'avançait à grands pas, combattit aux Jacobins cette demande comme inopportune. Il ne voulait pas sans doute que, par des honneurs extraordinaires, la République pa-

Funérftilles

RésaltaU

du meurtre

(le Marat.

rût approuver les exagérations de langage d'un citoyen au patriotisme duquel jl se plaisait, d'ailleurs, à rendre un

éclatant hommage. Pour le moment, on se contenta d'enterrer le corps de Marat dans le jardin des Cordeliers. La joie des Girondins et des royalistes s'exhala, mal dissimulée, à mots couverts, dans la Chronique de Paris, et délirante dans les strophes d'André Chénier, qui chanta l'hymne du poignard et de l'assassinat. Rapprochement significatif: quand, après Thermidor, on porta au Panthéon les restes de l'Ami du peuple/ un autre poëte composa tout exprès les paroles d'un chœur à la gloire des martyrs de la liberté, c'était Marie-Joseph Chénier.

Un des résultats les plus fâcheux du crime de Charlotte Corday fut d'exaspérer les passions révolutionnaires et d'amener rarrestation|de deux Girondins épargnés jusque-là, Duperret et l'évêque Fauchet, compromis l'un et l'autre par des lettres trouvées sur elle. Dès le 15, Billaud- Varenne réclamait l'acte d'accusation contre tous les députés dénoncés par les sections de Paris. D'autres circonstances n'allaient pas tarder à précipiter tout à fait la Révolution vers la Terreur. Le 23 juillet, sur une motion de Baudot, la Convention enjoignit à. tous les citoyens qui se trouvaient dans les cités rebelles de Lyon, Bordeaux, Caen et Marseille, d'en sortir dans un délai de trois jours, sous peine d'être considérés comme émigrés. Le 26, pour effrayer les agioteurs qui spéculaient sur nos désastres, elle édicta la peine de mort contre la tourbe des fournisseurs infidèles et des accapareurs. Le 28, sur une motion de Barère, elle déclara traîtres à la patrie Buzot, Barbaroux, Gorsas, Lanjuinais, Salles, Louvet, Bergœing, Biroteau, Pétion, Chasset, Cussy, Déforment, Meilhan, Lesage (d'Eure-et-Loir), Valady , Kervélégan, qui s'étaient soustraits au décret d'arrestation rendu contre eux ; et elle décréta qu'il y avait lieu à accusation contre Gensonné, Guadet, Vergniaud; MoUevault, Gar-

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