CHAPITRE ONZIÈME
La oontre-
révolation
à Lyon.
dien, Fauchet, Boileau, Valazé et Grangeneuve, prévenus de complicité avec ceux qui avaient pris la fuite et s étaient mis en état*de rébellion. Coup sur coup, Ton apprit que Condé, Cassel, Mayence et Valenciennes s'étaient rendus, et qu'à Lyon, la contre-révolution victorieuse avait immolé les chefs du parti populaire. Envoyé dans cette dernière ville pour y rétablir l'ordre, Robert Lindet y avait vu son autorité méconnue. L'ex-municipal Sautemouche avait été lâchement assassiné dans les derniers jours de juin. Au décret d'accusation contre les autorités actuelles de la ville, et à un autre décret qui menaçait Lyon de l'emploi de la force armée pour faire respecter la souveraineté du peuple, la commission dite populaire de Rhône-et-Loire avait répondu en condamnant à mort l'ancien président du tribunal, Joseph Châlier. Ce patriote, à l'humanité duquel ses ennemis même rendaient justice, fut exécuté le 16 juillet avec des circonstances horribles. Manquée plusieurs fois par la guillotine, sa tête dut être séparée du tronc à Taide d'un couteau. Sa mort criait vengeance. Ainsi la réaction à Lyon s'affirmait terrible, implacable. Bientôt le royalisme, qui d'abord s'était couvert du masque des Girondins, s'afficha hardiment, à ce point queBiroteau et Chasset, à l'instigation desquels la ville s'était mise en pleine révolte contre la Convention nationale, s'enfuirent épouvantés de leur propre ouvrage.
L'inflexibilité républicaine s'accroissait en raison même de nos revers et de l'audace des officiers contre-révolutionnaires. Coupable d'avoir laissé battre les troupes de la République, le général Custine, fort suspect de connivence avec les Girondins, était provisoirement mis en état d'arrestation à l'Abbaye, et l'un de ses lieutenants, Lamarlière, renvoyé devant le tribunal révolutionnaire. LaConvention, décidée enfin à en finir à tout prix avec les ennemis de la Révolution, prit, dans la séance du l*'août, des mesures d'une août 1793, suprême énergie. Sur un rapport de Barère, elle dénonça
Mesores
de
salut pubUo.
AUitude de
à tous les peuples, au nom de rhumanitë, fla perfidie et la lâcheté du gouvernement britannique, et décréta, entre autres choses, la confiscation des biens de tous les individus mis hors la loi, le renvoi de Marie-Antoinette devant le tribunal révolutionnaire, la destruction des tombeaux de Saint-Denis, l'arrestation de tous les étrangers nés sur un sol ennemi et non domiciliés en France, la fermeture provisoire des barrières pour empêcher la sortie de ceux qui ne justifieraient pas d'une mission officielle, et la condamnation à vingt ans de fers de quiconque aurait à deux reprises refusé des assignats en payement. Elle décréta encore que la garnison deMayence serait transportée en poste dans la Vendée ; que les bois, taillis et genêts de ce pays seraient incendiés; que les forêts seraient battues, les repaires des rebelles détruits, les récoltes coupées et les bestiaux saisis; que les femmes, les enfants et les vieillards seraient conduits dans l'intérieur avec tous les égards dus à l'humanité ; enfin, que les généraux n'emploieraient désormais pour mots d'ordre que des expressions patriotiques et les noms d'anciens républicains ou martyrs de la liberté. Quelques jours après elle chargeait le général Carteaux de réduire les insurgés de Marseille, et elle ordonnait à Dubo !s-Crancé de marcher sur Lyon.
Les paroles enflammées des orateurs jetaient dans les esprits un sombre enthousiasme et portaient le patriotisme des masses à un degré où, de mémoire d'homme, il ne s'était pas encore élevé. Robespierre surtout, qui venait d'être appelé à siéger au comité de Salut public, à la place de Gasparin, eut en ces circonstances difficiles une attitude héroïque. Toujours sur la brèche, à la Convention ou aux Jacobins, il eut soin de se tenir entre ces deux excès : l'exagération d'une part, et de l'autre le modérantisme ou fausse modération, qui n'était pas moins funeste. « II faut, disait-il, que la Convention appelle autour d'elle tout le