‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 142 sur 226 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

peuple français; îl faut faire un feu roulant sur nos ennemis extérieurs, écraser tous ceux du dedans. » L'œil fixé sur les généraux, il poursuivait avec un rare acharnement Custine,dont la trahison lui paraissait démontrée, et gue de jolies solliciteuses s'efforçaient d'arracher à la vindicte publique. En revanche, il couvrait de son patronage le général Lavalette, accusé surtout à raison de sa qualité d'ex-noble, et de nouveau, avec une extrême vivacité, il défendait Danton, violemment attaqué par la secte des enragés pour avoir proposé de -transformer le comité de Salut public en gouvernement provisoire, mesure contre laquelle du reste Robespierre s'éleva lui-même.

On touchait à l'anniversaire, à jamais glorieux, de la chute delà royauté. La journée du 40 août 1793 fut consacrée à l'inauguration de la constitution nouvelle, solennellement ratifiée et acceptée par toutes les assemblée primaires de la République. Hélas! cette constitution, née du sein des orages, ne devait jamais être appliquée. Et pourtant, ce jour-là, Hérault-Séchelles en proclama l'éternité. Ses principes immortels ne sont, il est vrai, qu'ajournés. Comme toutes les solennités de la République, cette fête du 10 août eut un caractère touchant de grandeur et d'humanité. On se fût cru au milieu d'une paix profonde, tant les cœurs paraissaient rassérénés et les fronts rayonnants d'espérance. Il semblait qu'on voulait avoir un avantgoût des félicités dont on était appelé à jouir une fois la République fondée définitivement. Mais c'était une trêve bien courte; le lendemain il fallait se replonger dans la fournaise.

De jour en jour, le mal empirait. Évoquant le souvenir du dévouement de Lacédémone et d'Athènes, Robespierre . invita le peuple à jurer de s'ensevelir sous les ruines de la République, si jamais elle venait à être anéantie, et l'on entendit Danton s'écrier qu'il n'était plus temps d'écouter la voix de Inhumanité, a Le fer, dit-il, doit venir à l'appui de

AoceptatioQ

de la ooDstitution.

La levée en masse.

la raison. » Les enrôlements volontaires et la dernière levée de trois cent raille hommes ne suffisant pas à mettre nos onze armées sur un pied respectable, force fut de recourir à des moyens extrêmes. A Toccasion de Tanniversaire du iO août, huit mille envoyés des assemblées primaires étaient venus à Paris apporter l'acceptation de' la constitution par les départements. Ce furent eux qui réclamèrent des mesures désespérées de salut public. Rien de sombre comme les paroles qu'ils firent entendre le 12 à la Convention: «Point d'amnistie aux traîtres! » A quoi Danton répondit que le jour était venu de signaler la vengeance populaire par le glaive de la loi promené sur les coupables. La.victoire était certaine d'ailleurs, ajoutait Robespierre, puisqu'on était déterminé à vaincre. Seulement il était indispensable de purger nos armées des officiers attachés à l'ancien régime. Craignait-on de manquer de généraux, par hasard? Mais il y en avait dans les rangs pressés des défenseurs de la République: il suffisait de la volonté de les découvrir pour les mettre en lumière. Bientôt, en effet, allaient surgir Iibs Hoche, les Marceau, lesKléber, les Jourdan et tant d'autres, dont l'illustration militaire devait égaler, sinon surpasser, celle des plus brillants officiers de l'ancienne monarchie. Comme pour aider à cette découverte, le capitaine du génie Carnot, dont la faiblesse de caractère est amplement rachetée par ses incontestables services, était appelé, le 44 août, à faire partie du Comité de Salut public. Quelques jours plus tard, le 23 août 4793, sur un rapport de ce comité, la Convention nationale, présidée par Robespierre, décrétait que, jusqu'à l'entière expulsion de l'ennemi, tous les Français seraient en réquis>ition permanente. Nul. ne pouvait se faire remplacer. Tous les jeunes gens de dix- huit à vingt-cinq ans, veufs ou non mariés, étaient tenus de se rendre immédiatement au chef-lieu du district pour s'y exercer au maniement des armes, en attendant Tordre de leur départ. C'était

Page 1