CHAPITRE ONZIÈME
un peu d'ordre dans Teffroyable chaos de la dette publique. Après avoir entendu la lecture d'un volumineux rapport de son grand financier Cambon, elle transforma, dans les derniers jours de ce même mois d'août, en une rente perpétuelle au taux de cinq pour cent, le capital des sommes dues aux créanciers de l'État, dont elle convertit les contrats en une inscription dans un registre spécial ; ce registre, ce fut le Grand-Livre de la dette publique. Elle introduisit enfin' dans nos finances un ordre de comptabilité simple et clair.
Au moment où s'accomplissait cette grande réforme, Soumission Bordeaux, qui s'était soulevé à la voix de Buzot, de Barba- ^* Bordeaux roux, de Louvet et de Guadet, rentrait dans le devoir, et "
le général Carteaux pénétrait dans Marseille, à temps peutêtre pour sauver des fureurs de la réaction deux membres de la Convention, Bo et Antiboul, qu'avaient jetés en prison les amis de Rebecqui. De désespoir celui-ci se précipita dans la mer, expiant ainsi volontairement son crime d'avoir excité ses concitoyens à la révolte. Mais l'heureuse nouvelle de la soumission de Bordeaux et de Marseille Toulon Uvrô était à peine arrivée, qu'on apprenait que Toulon avait été »^ Anglais. livré aux Anglais. Il s'était trouvé dans cette riche et importante cité, gardienne des frontières maritimes de la France au midi, assez de bourgeois avides et égoïstes, moitié royalistes, moitié girondins, pour commettre cet épouvantable forfait. Les commissaires de la Convention, Pierre Bayle etBeauvais, y furent maltraités, emprisonnés ; on y proclama la royauté, et ce fut au nom du roi Louis XVII que l'amiral anglais prit possession de la ville. Quoi de plus propre à soulever de colère et d'indignation le cœur des patriotes que la conduite infâme d'une partie des habitants de Toulon ? Il ne faut pas s'étonner si, à cette époque, le comité de Salut public se vit contraint, par la clameur publique, d'interdire la représentation de Paméla^ pièce de François (deNeufchâteau), où se trouvait un pom-
Mort de Custine.
SEPTEMBRE
peux éloge du gouvernement britannique, et si même auteur et acteurs furent momentanément mis en état d'arrestation.
La Révolution se retrempait dans ses revers mêmes. Condamné à mort et exécuté le 27 août, après un procès dont les débats avaient duré près de quinze jours, Custine apprit aux généraux, par son exemple, qu'une défaillance, une faiblesse, une erreur pouvait les conduire à l'échafaud. Malheureusement une telle situation commandait fatalement des rigueurs dont l'humanité peut gémir, mais qu'expliquent de reste les circonstances. Vers la Çn du mois d'août, une femme nommée Rose Lacombe se présentait à la barre de la Convention, à la tête d'une députation de républicaines, et réclamait la destitution de tous les nobles et l'arrestation de tous les suspects. C'était une sorte de ballon d'essai. Pour elle et ses compagnes, Robespierre était un monsieur, parce que, aux Jacobins, il venait d'engager ses concitoyens à se méfier des intrigants et à mettre beaucoup de circonspection dans leurs démarches. Mais, conseils inutiles ! l'air était chargé de salpêtre. Hébert, dans le Père Duchesne, fulminait des articles écrits en style ordurier, et dont les intentions, pour patriotiques qu'elles fussent, étaient déshonorées par la forme. Le soir du 1®' septembre, il proposa aux Jacobins de se transporter en masse à la Convention pour y demander le jugement des Girondins. Et cette situation, si tendue, se compliquait toujours de la rareté et de la cherté des denrées. On dut se résigner à établir, pour le prix des grains, un maximum uniforme dans toute la République. Les subsistances! c'était là une cause continuelle de troubles, et les malveillants ne se privaient point de l'exploiter. Dans la matinée du 4, des groupes nombreux parcoururent les rues et se portèrent à l'hôtel de ville en criant : Du pain/ du pain f Une défixtation d'ouvriers ayant pénétré dans la salle du conseil général, Chaumette, après
à la Conyention.