CHAPITRE ONZIÈME
avoir dit qu'il avait été pauvre lui-même, et qu'en conséquence il connaissait les besoins du pauvre, proposa au peuple de sommer la Convention d'organiser immédiatement une armée révolutionnaire destinée à assurer les levées, à favoriser l'arrivage des grains et à reprimer les manœuvres des riches égoïstes. Hébert émit ensuite le vœu sinistre que la guillotine suivît chacune des colonnes de cette armée, et l'on s'ajourna au lendemain.
La séance du 5 septembre, à la Convention, s'ouvrit par séance du & l'adoption d'un décret redoutable, avant-coureur des mesures terribles qui allaient suivre. Sur la proposition de Merlin (de Douai), le tribunal révolutionnaire fut divisé en quatre sections, afin que les traîtres et les conspirateurs reçussent le plus tôt possible, suivant l'expression du rapporteur, lechâtiment|dû àleurs crimes. Presque aussitôt arrivèrent les pétitionnaires, dont Robespierre, qui présidait, eut à recevoir tout le choc. Pache exprima les appréhensions relatives aux subsistances. Chaumette renouvela sa proposition de la veille. « Plus de quartier, plus de miséricorde ! » s'écria-t-il ; et l'Assemblée tout entière d'applaudir à outrance. Il demanda encore, appuyé cette fois par le vieux Dusaulx, que les jardins publics, les Tuileries et les Champs-Elysées fussent défrichés et cultivés pour l'approvisionnement de la ville. Il avait à peine achevé, qu'une foule immense défilait dans la salle au bruit d'acclamations enthousiastes. Alors on entendit successivement . Billaud-Varenne, Léonard Bourdon, Gaston et Danton appuyer, en renchérissant même, les demandes des pétitionnaires. Survint une députation des sections de Paris, qui réclama le prompt jugement des Girondins et invita l'Assemblée à mettre la Terreur à l'ordre du jour. A ces diverses motions, Robespierre répondit, entre autres choses, que le peuple serait libre, parce que le génie de la liberté guidait ses démarches, et que la Convention se montrerait digne de lui. « Si, pour son bonheur, il ne faut que
le sacrifice de notre vie, dit-il en terminant, nous nous
* dévouerons tous, pourvu que la liberté triomphe... »
Évidemment la Révolution n'avait pas soif de sang, comme le dit fort bien Thuriot; mais elle était altérée de justice; et sa justice devait fatalement revêtir des formes Lft Terreur, d'une sévérité excessive. Parut ensuite Barère, que le comité de Salut public avait chargé de coordonner les diverses
• motions soumises à l'Assemblée. Lui, que Robespierre avait été obligé de défendre aux Jacobins, quelques jours auparavant, contre de vives attaques motivées par ses anciennes tendances girondines, parla comme le plus violent des révolutionnaires. « Plaçons, dit -il, la Terreur à l'ordre du jour. Les royalistes veulent du sang, eh bien!, ils auront celui des conspirateurs, des Brissot, des Marie- Antoinette.» Organisation d'une armée révolutionnaire; mise en état de surveillance de toutes les personnes attachées à la cidevant maison militaire du roi ; renvoi de Brissot, de Gensonné, de Vergniaud, de Clavière et de Lebrun devant le tribunal révolutionnaire; rapport du décret qui interdisait les visites domiciliaires pendant la nuit; allocation d'une indemnité de trois livres par jour aux membres des comités révolutionnaires et de deux livres à ceux qui, n'ayant pour vivre que le travail de leurs mains, quitteraient leurs ateliers pour assister aux assemblées sectionnaires fixées désormais au dimanche et au jeudi, telles furent, avec la nouvelle organisation du tribunal révolutionnaire, les principales mesures adoptées dans cette séance du 5 septembre. La Terreur, comme on voit, ne sortit pas tout armée du cerveau de tel ou tel individu. Elle fut progressive, amenée successivement par les résistances et les menées de tous les ennemis de la Révolution. Née des entrailles de la situation, elle était dans les lois de l'Assemblée législative contre les émigrés et les prêtres, dans les arrêtés de la Commune; elle était dans l'air, elle était partout, quand les huit mille envoyés des assemblées primaires