‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 146 sur 226 · CHAPITRE ONZIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈMB

vinrent, suivant l'expression de Danton, en prendre Finitiative au nailieu de la Convention. Seulement, à partir de ce jour, elle afficha carrément son nom. Ceux qui la maudissent au nom de Thumanité ont raison, cent fois raison; mais ils en parlent bien à leur aise, et peut-être eussentils été fort en peine de faire autrement. Ce qu'il faut maudire aussi, ce sont les criminelles machinations qui y oni donné lieu, et surtout cette autre Terreur sans raison d'être, la Terreur blanche, qui, une fois le danger passé et la patrie sauvée, s'abattit sur les républicains, et anéantit une partie des résultats de la Révolution.

Le lendemain la Convention rendit une loi terrible contre les étrangers et les agioteurs, et porta à douze le nombre des membres de son cotnité de Salut public, en y adjoignant Billaud-Varenne et CoUot-d'Herbois. Le 14 elle réorganisa son comité de Sûreté générale qui exerçait en grand la police de la République ; enfin le 1 7, sur un rapport de La loi Merlin (de Douai), présenté au nom du comité de législa- ^®« suspeou. tion que présidait Cambacérès, elle adopta une loi d'un vague effrayant, dite loi des suspects. Étaient réputés tels et décrétés d'arrestation tous ceux qui, par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits, s'étaient montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme, tous les fonctionnaires suspendus, les ci-devant nobles, maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs et agents d'émigrés qui n'auraient pas manifesté un attachement constant à la Révolution. L'Assemblée avait décrété là le véritable code de la Terreur.

La Convention commençait, du reste, à recueillir les Victoire fruits de son indomptable énergie. Déjà l'armée du Nord, d'Hondstohoote aux ordres du général Bouchard, venait de battre à Hondstchoote, dans les journées des 6, 7 et 8 septembre, les Anglais et les Hollandais. C'était, depuis la bataille de Jemmapes, le premier avantage remporté sur nos frontières par les troupes de la République, au milieu desquelles

avaient combattu les représentants Delbrel et Levasseur, qui avaient donné à tous l'exemple de l'intrépidité. Par malheur, Houchard ne sut pas profiter de sa victoire. Au lieu de pousser droit sur Fumes, d'acculer le duc dTork et de le contraindre à se rendre ou h se jeter à la mer, il eut des hésitations funestes qu'on lui reprocha comme une trahison. Un revers incompréhensible, subi le 15 par nos soldats en sortant de Ménin, acheva de le perdre. Destitué peu de jours après, et remplacé par le général • Jourdan, il ne tarda pas à être frappé d'un décret d'arres-

tation.

Affaires Tandis que dans l'Est, non loin des lignes de Wissem-

de 1a Vendée. jjQurg, uos troupcs cssuyaieut une sanglante défaite qui valait au général Guillaume d'être jeté à la Force, et qu'au Midi elles contre-balànçaient, sousles ordresdu vieux général Dagobert, la fortune des Espagnols, nos affaires se compliquaient singulièrement en Vendée,^ par suite de la mésintelligence qui s'était mise entre les généraux et les commissaires de la Convention. Tour à tour battus et vainqueurs, les républicains avaient subi le 19 juillet un échec terrible à Vihiers. Les représentants du peuple Bourbotte, Choudieu, Tallîen,;Richardet, Turreau accusèrent vivement l'inaction de Biron, général en chef des côtes de la Rochelle. Il était bien permis de supposer que cet ancien courtisan n'était pas fort attaché de cœur à la cause républicaine, et qu'il ne voyait pas avec un grand désespoir les progrès des Vendéens. Le ci-devant dutf de Lauzun n'en avait pas moins trouvé des protecteurs inattendus dans deux commissaires de la Convention, Goupilleau (de Fontenay), et Bourdon (de l'Oise); ce qui n'empêcha pas la Convention de le destituer et de lui donner pour successeur un simple ouvrier orfèvre nommé Rossignol, devenu par son mérite colonel de la trente-troisième division de gendarmerie. Goupilleau et Bourdon reportèrent leurs faveurs sur le général Tuncq qui, le 25 juillet, avait remporté

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près de Lnçon un avantage inespéré sur les rebelles, commandés par d*Ëlbée, de LfescureetLaRochejacquelein. Il n*étaît sorte d'avanies que, égarés par leurs préventions, ils ne fissent subir au nouveau commandant de Tarmée des côtes de la Rochelle, à ce point que, sur une dénonciation équivoque de lamunicipalité de Fontenay, ils le destituèrent, et, sans l'entendre, le mirent en état d'arrestation pour vol, Bourbotte et Choudieu, indignés, prirent énergiquement le parti du général. Du reste Rossignol put venir se justifier lui-même à la barre de la Convention le 28 août ; il fut immédiatement réintégré dans son commandement, et admis aux honneurs de la séance. A peine de retour en Vendée, Rossignol trouva un nouvel adversaire dans le représentant Philippeaux, qui au général de la démocratie préféra un oflBcier de l'ancien régime, l'ex-comte de Canclaux. Il se vengea en battant les Vendéens à Doué et àThouars dans la journée du i4 septembre. Il est vrai qu'il fut moins heureux, les jours suivants, dans des rencontres successives ; mais Kléber aussi, à la tête des soldats de Majence, fut battu àTorfou. En quoi Rossignol était-il plus coupable que liléher d'avoir vu la chance des armes se tourner momentanément contre lui? Cela n'empêcha pas Philippeaux de le prendre à partie dans un long réquisitoire, où aux accusations les plus ridicules il eut le tort de joindre les plus ineptes calomnies. Tel était l'état des choses en Vendée, quand s'organisa une véritable croisade contre le comité de Salut public.

Dans cette craisade entrèrent Merlin (de Thionville), à croisade qui le comité avait de la peine à pardonner la reddition contre de Mayence ; Cochon de Lapparent et Briez, coupables de ne je

s'être pas ensevelis sous les murs de Valenciennes; les deux Salut pabUc. Goupilleau, Courtois, déjà dénoncé comme déprédateur, et Bourdon (de l'Oise), ancieu procureur, sujet à l'ivrognerie, et que Robespierre, qui récemment avait eu avec lui une violente discussion aux Jacobins, au sujet de Rossignol,

accusait de s'être couvert de crimes dans la Vendée. Le 26 septembre, les uns et les autres, avec un ensemble qui dénotaitde leur partun planconcerté.seruèrent en furieux contre le comité de Salut public, dont ils attaquèrent les principaux actes, que défendirent non moins énergiquement Billaud-Varenne, Barère, Jean-Bon Saint-André et Robespierre. Celui-ci retourna contre les détracteurs du comité les traits qu'ils venaient de lancer. ABriez, qui avait tentéde se justifier delareddition deValenciennes, il lança cette rude apostrophe : a Êtes-vous mort ?» Il avait du reste proposé à la Convention de procéder immédiatement au remplacement des membres, du comité mis en état de suspicion ; mais l'Assemblée, d'un élan spontané, donna un Tote de confiance à son comité de Salut public, et, au milieu d'applaudissements enthousiastes, approuva toutes les mesures qu'il avait prises. De ce jour date la dictature morale, non pas de Robespierre, qui ne disposa jamais de la majorité du comité, mais du comité de Salut public tout entier. Et nous disons dictature morale, parce qu'elle fut toujours subordonnée aux votes et au bon plaisir de la Convention.

Les derniers jours du mois furent employés à organiser l'armée révolutionnaire , dont le poète Ronsin, général de brigade à l'armée des côtes de Cherbourg, reçut le commandement, et à reconstituer le tribunal révolutionnaire. Le personnel du redoutable tribunal fut considérablement augmenté. Le nombre des juges se trouva porté à dix-neuf, y compris le nouveau président Herman, ex-président du tribunal du Pas-de-Calais, et le vice-président Dumas, de Lons-le-Saulnier; on éleva le nombre des substituts à cinq, et celui des jurés à soixante. La journée du 1*' octobre, à Paris, fut signalée par une iVw. démarche de toutes les sociétés populaires auprès de la Convention, afin de réclamer le prompt jugement de Brissot et de ses complices. Deux jours après, Amar paraissait à la

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