CHAPITRE OKZIÈUB
tribune, et, au nom du comité de Sûreté générale, il donnait lecture d'un long et formidable réquisitoire contre les Girondins. Ses conclusions tendaient au renvoi de quarantesix représentants du peuple devant le tribunal révolutionnaire. Ily avait loin de ce rapport à celui de Sain t-Just, dont nous avons signalé la modération. Et ce n'était pas tout. A la suite de son rapport, Amar lut une protestation, restée secrète jusqu'ici, contre les événements du 31 mai et du 2 juin, et il proposa l'arrestation des signataires de cette protestation, jusqu'à nouvel ordre. Ces signataires étaient au nombre de soixante-treize. Les conclusions du rapporteur venaient d'être adoptées aux cris de VivelaJRépubHque/qnand un membre s'écria que l'arrestationn'étaitpasune mesure assez sévère contre les signataires de la protestation, et demanda qu'on rendît également contre eux un décret d'accusation. Appuyée par Osselin et par Amar, cette motion allait passer. Or, le décret d'accusation, c'était la mort. Aucun ne se leva de ceux dont plus tard la légende menteuse devait louer la modération problématique et le courage facile. Durand-Maillane , Boissy-d'Anglas et tant d'autres restaient silencieux, quand Robespierre s'élança à la tribune. «La Convention, s'écria-t-il, ne doit pas cherchera multiplier les coupables. C'est aux chefs delà faction qu'elle doit s'attacher... » Il dit, entre autres choses, que parmi les signataires beaucoup étaient de bonne foi, et qu'il y en avait plusieurs dont les signatures avaient été surprises. L'Assemblée applaudit à outrance aux paroles généreuses de l'orateur et passa à l'ordre du jour. Les soixante-treize étaient sauvés.
Et ce ne fut pas la seule fois que Robespierre intervint en leur faveur. Du fond de leur prison, la plupart d'entre eux lui adressèrent des lettres brûlantes de reconnaissance, que nous avons eu la bonne fortune de découvrir et de publier, et qui prouvent combien peu Robespierre était l'homme dont la réaction nous a laissé le portrait tra-
Rapport d'Âmar.'
Robeipierre
etlM
8oizAnte-tr«iie
vesti'. aO toi, qui trois fois nous as garantis delà fureur des hommes cruels qui demandaient nos têtes... il t'appartient d'achever ton ouvrage, d écrivaient les uns. Et les autres : a La mort aura flétri notre cœur avant que cet acte de bienfaisance en soitefiacé. » Mais, hélas! l'ingratitude humaine, plus forte que la reconnaissance, ne perd jamais ses droits; et, après Thermidor, les soixante-treize ne seront pas les moins empressés à injurier et à calomnier la mémoire de celui qui les avait sauvés. Le . Quelques jours après cette séance du 3 octobre, sur un
*^vo™tiMi*°* ™pp<>rt de Saint-Just, dont les pensées neuves, hardies, nadre. tout empreintes du véritable sentiment démocratique, étaient tracées dans un style lapidaire, la Convention décréta que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à la paix. Elle plaça sous la surveillance du comité de Salut ' public, à la charge par lui de rendre compte de ses actes à la Convention tous les huit jours, les ministres, les généraux et les corps constitués, comprenant combien, en de si critiques conjonctures, l'unité d'action était indispensable. Siégeaient alors au comité de Salut public ; Barère;Billaud- Varenne, Carnot, Collot-d'Herbois, Couthon, Hérault Séchelles, Robert Lindet, Prieur (de la Côte-d'Or), Prieur (de la Marne), Robespierre, Jean-Bon Saint-André et Saint- Just. L'Assemblée venait de sanctionner, par un décret, la dictature morale dont quelques jours auparavant elle avait investi le Comité de Salut public. C'était le 10 octobre. « Je vous promets des victoires, » s'était écrié Robes- Bataille pierre aux Jacobins, et le lendemain il y annonçait, avec
deWatignies. jg^ certitude du triomphe, qu'une grande bataille se livrait sur nos frontières. Nous allons voir à quatre jours de là sa prophétie se réaliser dans le Nord. Maubeuge était cerné depuis la fin de septembre, par l'armée du prince de Cobourg, forte de soixante mille hommes. A Jourdan,