‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 148 sur 226 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

dont Robespierre venait de prononcer l'éloge, incombait la tâche de débloquer cette place importante. Il était assisté de Camot, venu tout exprès pour surveiller les opérations de l'armée du Nord. Dans la matinée du 16, les troupes ré* pablicaines se trouvèrent en présence des Autrichiens, non loin du village de Watignies, et la bataille s'engagea. Elle dura deux jours. Débusqué, dans la soirée du 16, d'une redoutable position que nos soldats emportèrent au chant de la Marseillaise et du Ça ira, l'ennemi, qui s'était battu avec acharnement, dut se retirer en laissant six mille des siens sur le terrain. Le jour suivant l'arméis française entra dans Maubeuge, dont le commandant, le général Chancel, ne devait pas tarder à expier sur l'échafaud révolutionnaire la faute de n'avoir pas secondé les efforts de Jourdan et de Carnot.

Ainsi était brillamment inauguré le premier mois de Le calendrier l'an second. La Convention, en effet, afin de mieux rompre "^P^^^o^^n. avec le passé, s*était décidée à assigner pour point de départ à l'ère nouvelle des Français le jour de la naissance de la République: Dès le 5 octobre, elle avait substitué au calendrier grégorien un calendrier proposé par Romme au nom du comité d'instruction publique, calendrier basé, autant que possible, sur le système décimal des poids et mesures récemment adopté. Ainsi, chaque mois se trouvait divisé en trois périodes de dix jours chacune, primidi^ duodiy tridi, çuariidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidiy décadi. C'était la décade au lieu de la semaine. Quant aux anciens noms ridicules et barbares des mois, Romme les avait remplacés par la simple dénomination ordinale, premier mùis^ deuxième mois, etc. ; mais cette nomenclature toute sèche parut bientôt insufiSsante. Le 25 octobre, devenu le quatrième jour du second mois, l'Assemblée, à la voix de Fabre d'Églantine, adopta ces dénominations poétiques, charmantes et si rationnelles de vendémiaire, brumaire et frimaire, pour désigner la saison des vendanges,

des brouillards et des frimas; de nivAsey pluviôse et teniàît pour désigner Tëpoque de neige, de pluie et de vent qui va de décembre à mars ; de germinal y floréal^ prairial pour désigner le temps où monte la sève, où s'épanouissent les fleurs et où se fauchent les prairies ; enfin de messidor , thermir dor et fructidor pour désigner les mois des moissons, de la chaleur et des fruits. Aux noms des saints on substitua ceux de plantes, de métaux, d'animaux et d'instruments aratoires. Chaque année se terminait par cinq jours complémentaires appelés les Sans-culottides et consacrés à la Vertu, au Génie^ au Travail, à YOpinion et aux Récompenses, Tous les quatre ans, un sixième Sans-culottide était ajouté aux précédents pour maintenir la concordance de Tannée civile avec les mouvements célestes. On l'appela le jour do la Révolution, et la période de quatre ans, au bout desquels l'addition en était ordinairement nécessaire, fut nommée la Franciade, en souvenir des quatre ans d'efiForts qu'avait coûtés au pays l'enfantement de la République, ^amission j;t quel mois fécond et sanglant, hélas! que ce premier mois de la seconde année républicaine ! Il ne vit pas seulement la coalition repoussée au nord, il vit Lyon soumis et la Vendée vaincue. Lyon, on s'en souvient, s'était mis en révolte ouverte. Cependant la Convention n'avait pas eu tout d'abord le dessein de se montrer rigoureuse envers cette grande cité. A Dubois-Crancé, chargé du soin de la réduire, le comité de Salut public avait écrit « d'épargner ceux qui se soumettraient et de se montrer dur seulement aux superbes. » Parcere subjectis el debellare superhos. Mais la rébellion, depuis, avait pris un caractère presque royaliste, et les sévérités durent s'accroître en raison de la résistance. C'était un royaliste connu qui commandait les révoltés, l'ex-comte de Précy, avec le ci-devant comte de Virieu pour lieutenant, et il était résolu à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Toutes les exhortations de Dubois-Crancé étant restées inutiles, un feu terrible avait

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