CHAPITRE ONZIÈME
institué une commission militaire pour se débarrasser des patriotes, que les représentants Pierre Bayle et Beauvais, jetés dans le fort Lamalgue, y avaient été soumis aux plus odieux traitements, et que, de désespoir, le premier s'était poignardé. A cette nouyelle, on ordonna Tarrestation de tous les sujets anglais et la saisie de leurs propriétés. Mais pourquoi s'en prendre aux Anglais seuls ? Est-ce que les Prussiens, les Autrichiens ne causaient pas autant de mal à la France? C'est ce que fit observer Pons (de Verdun) à la Convention. Et le 16 octobre, sur un nouveau rapport de Saint-Just» l'Assemblée décréta qu'à Texcep* tion des femmes mariées à des Français non compris dans la catégorie des suspects, tous les étrangers sujets de gouvernements en guerre avec la République, seraient détenus jusqu'à la paix: Un seul membre réclama contre ce décret; ce fut Chabot. Il venait d'entrer dans la famille des banquiers autrichiens Frey, dont la sœur lui avait apporté une dot considérable , et il avait cru devoir, aux Jacobins, donner certaines explications sur son mariage ; mais sa voix n'eut aucun écho.
Le jour où était rendue cette loi sévère contre les ^^^ étrangers, une nouvelle tête royale tombait sous le fer de de Mariela ^illotine. Dès le mois de juillet précédent, Marie- Antoinette avait été séparée de son fils, auquel la Commune venait de donner pour gouverneur un de ses membres, le cordonnier Simon. Il n'est point vrai que ce dernier ait exercé sur son élève les mauvais traitements que les écrivains royalistes ont mis à sa charge; mais c'était un homme grossier, dont les propos cyniques n'épargnaient pas les oreilles du jeune prince. Excellent patriote d'ailleurs, quand il lui fallut opter entre ses lucratives fonctions au Temple et son mandat d'officier municipal, il n'hésita pas ; il préféra rester simple membre de la Commune Quoi qu'il en soit, cette séparation, commandée par une politique barbare, et la pensée que son fils allait être confié
Antoinette.
désormais aux soins d'un être sans éducation et peut-être brutal, durent contrister douloureusement le cœur de la reine déchue. Une tentative infructueuse de délivrance, qui plus tard conduisit àTéchafaud un membre de la Commune nommé Toulan et un administrateur de police du nom de Micbonis, rendit un peu plus étroite la surveilveillance dont elle était Tobjet. Renvoyée devant le tribunal révolutionnaire par un décret en date du 3 octobre, elle fut transférée le 8 à la Conciergerie et son procès commença le 14. Il dura deux jours. Sans pouvoir répondre d'une manière satisfaisante aux accusations relatives à ses rapports avec rétranger, Marie-Antoinette montra devant le tribunal beaucoup de fermeté et une grande dignité. Elle fut surtout admirable quand, accusée par Hébert d'avoir perverti son fils et noué avec lui des relations honteuses, elle se contenta de se tourner vers l'auditoire, en s'écriant : « J'en appelle à toutes les mères! » Un frisson parcourut l'assemblée et un murmure d'assentiment se fit entendre à cette exclamation maternelle. Défendue tant bien que mal par Chauveau-Lagarde, défenseur officieux désigné par le tribunal, elle fut condamnée à mort dans la nuit du 16 octobre. A onze heures du matin, celle qui avait été la reine de France fut conduite au supplice en simple charrette, comme les criminels ordinaires. Il était un peu plus de midi quand, sur la place de la Révolution, sa tête tomba aux cris de Vive la République I dans le panier sanglant de Sanson.
Prooii et mort Huit jours après, comparaissaient devant le même tribudei Girondins, j^^l vingt et un membres de la Gironde. C'étaient Brissot, Vergniaud, Gensonné, Duperret, Carra, Gardien, Valazé, Jean Duprat, Sillery, Fauchet, Ducos, Boyer-Fonfrède, Lasource, Beauvais, Duchâtel, Mainvielle, Lacaze, Lehardy, Boileau, Antiboul et Vigée. Quant aux autres membres du parti, décrétés d'accusation sur le rapport d*Amar, ils étaient ou en fuite ou en arrestation dans les