‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 157 sur 226 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Pendant que la C!onvention discutait cet important dé« Êpa»tions iîret, des scènes étranges, et non sans grandeur, se pas- *" J»«>DiM. saient aux Jacobins. II avait été décidé, sur une motion de Robespierre, que tous les membres de la société seraient ^umis à un scrutin épuratoire, mesure facile à comprendre, si Ton considère que la société était extrêmement nombreuse et que, sous un masque ou sous un autre» les ennemis de la Révolution se glissaient partout. Les récusations étaient proposées publiquement, et chaque membre inculpé répondait à la tribune. Dubois-Crancé voulait qu'on se contentât de demander à chacun : a Qu as-tu fait pour être pendu si lacontre*révolution survenait ? d Cette opération amena les incidents les plus curieux. On vit notamment Tex-marquis de Maribon- Montant, un de ceux qui s'acharnaient à réclamer les têtes des soixante-treize, mettre autant de véhémence à se parer d une extraction roturière que sans doute il en en avait apporté jadis à se poser en descendant des croisés. Quand vint le tour de Danton de subir l'épuration, il fut violemment attaqué. On l'accusa de •cherchera paralyser la Révolution, on alla jusqu'à lui reprocher d'avoir émigré. Le redoutable tribun se défendit en invoquant ses titres révolutionnaires. Mais pour détruire les préventions soulevées contre lui, il lui fallait la caution d'un homme pur de tout soupçon ; Robespierre fut cette caution. Pour la troisième fois, il vint à son secours, combattit avec véhémence ses accusateurs, le vengea des insinuations dont il avait été l'objet, et, grâce àlui, Danton fat admis au milieu des applaudissements. Hébert passa aussi, quelques jours après, grâce à ses rétractations. Parmi ceux que la société crut devoir exclure, il faut citer Anacharsis Cloots, dit l'Orateur du genre humain.

Cloots venait d'être attaqué avec une violence inouïe, Anachanû pour sa participation aux menées hébertistes, par Camille ^^^^• Desmoulins, qui était récemment rentré dans le journalisme par la publication d'un recueil intitulé U Vieux Cor^

i08 HISTOIRE DE LA RÉYOLUTION

délier, quand le 32 frimaire (12 décembre 4703), il dut subir 4a rude épreuve de Tépuration. On lui reprocha amèrement son intimité avec quelques-uns des principaux agents de l'étranger, ses démarches pour obtenir du comité de Sûreté générale l'élargissement de banquiers d'origine hollandaise, du nom de Vandenyver, convaincus d'avoir fourni des sommes considérables aux émigrés, et enfin les farces de la déprétrisation dont il avait été l'un des plus ardents instigateurs : en un mot, tout ce que Camille avait produit contre lui, en l'envenimant de sa mortelle ironie. Robespierre se montra impitoyable à son égard. Il lui fit un crime d'avoir été en quelque sorte l'initiateur des attentats commis contre la liberté de conscience, et d'avoir coopéré à un mouvement inconsidéré contre le culte, mouvement qui, mûri par le temps et la réflexion, eût pu devenir excellent, dit-il, mais qu'à l'heure présente on ne pouvait qu'attribuer aux calculs de l'aristocratie. L'Orateur du genre humain fut rayé de la liste des Jacobins. Robespierre était d'ailleurs si hostile aux exagérations systématiques, qu'il s'opposa à l'exclusion en masse de tous les ci-devant nobles et prêtres, comme le demandait Bourdon (de l'Oise), à moins qu'il n'y eût contre eux de sérieux motifs de suspicion. Deux jours après la radiation deCloots, Camille Desmoulins était obligé de se défendre lui-même contre des accusations passionnées. On ne manqua pas de lui jeter à la téta ses liaisons avec Dillon* Mais, comme pour Danton, Robespierre vint à propos. Il attesta les vertus républicaines de son "ami, qu'il engagea seulement à se montrer moins versatile, et Camille fut admis an bruit des acclamations. Or, le lendemain même, l'imprudent écrivain lançait dans le public son numéro trois du Vieux Cardelier, un chef-d'œuvrcT, mais aussi le plus inconsidéré des pamphlets.

Le Vieux Camille avait communiqué les deux premiers numéros Cordeiier. ^g son journal à Robespierre; oelui-ci n'avait pas voulu en

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