CHAPITRE DOUEltMB
lire darantage, de peur d'être accusé d'en avoir été Tins* pirateur. Ces deux premiers numéros étaient principalement dirigés contre les ultra-révolutionnaires. Robespierre avait donc pu les approuver, car il y avait un terrain sur lequel il était complètement d*accord avec Camille, c'était celui de la sagesse et de la justice danâ le gouvernement révolutionnaire. Malheureusement Camille alla beaucoup trop loin dans son numéro trois. Certes, il y eut de sa part un grand courage à paraphraser, dans des pages éblouissautes, certains passages où Tacite a stigmatisé les ri* gueurs du temps de Tibère, et à en faire l'application à répoque présente. Mais ce qui dans sa pensée ne s'adressait évidemment qu'aux exagérations du système révolutionnaire, fut, par les malveillants, retourné contre le système en général. Il ne fut pas jusqu'à l'apologie même de la Ré- . volution dont ils ne se firent une arme contre la République ! Au débit prodigieux de ce numéro, sur lequel les royalistes se jetèrent avec une avidité extrême, Camille aurait dû comprendre son imprudence, et s'arrêter; il n'en fit rien. Pour venger son ami Dillon, qu'il comparait presque àTurenne, ni plus ni moins, il se jeta à corps perdu dans une véritable réaction, au désespoir de ceux qui, comme lui, blâmaient et combattaient les excès des enragés. Et quelle heure choi* Guerre siflsait-il pour cela? Celle où cette faction dans laquelle flgu- *« oomité raient Merlin (de Thionville), Bourdon (de l'Oise), les deux ^p^^c.' Groupilleau, l'ex-marquisdç Maribon-Montaut, Laurent Lecomtre et Philippeaux, réclamait à grands cris le renouvellement du comité de Salut public. La Convention, un moment ébranlée, allait y procéder, quand, sur la proposition de Jay-SainteFoy,elle se ravisa, et, sans abdiquer pour cela son omnipotence, prorogea les pouvoirs de son comité. Les hostilités sourdes n'en continuèrent pas moins contre le grand comité, seulement on s'en prit à des fonctionnaires connus pour frayer avec les exagérés, et que toléraient les comités de Salut public et de Sûreté générale. Le 27 fri«
4iO HISTOIRE DE LA RÉVOLOTION
maire (17 décembre), sur une double motion de Fabre d'& glantine et de Bourdon (de TOise)» qui se plaignirent d'abus commis par certains agents du conseil exécutif, TAssemblée ordonna l'arrestation de Maillard, de Ronsin et de Vincent, secrétaire général de la guerre, et elle manda à sa barre le conseil exécutif, lequel dut le lendemain, par la bouche du ministre des affaires étrangères Deforgue et par celle de Gohier, ministre de la justice, donner des explications dont Texamen fut renvoyé au comité de Sûreté générale. Les Conventionnels coalisés alors contre le gouvernement ont reçu le nom de dantonistes, non point que Danton ait fait ouvertement campagne avec eux, mais parce qu'ils étaient de son intimité, et qu'on a érigé en une sorte de complicité son inaction et son silence.
Ces gens-là étaient les plus furieux adversaires de Thébertisme; seulement ils commirent la faute de tomber d'un excès dans un autre ; et ils ne virent pas qu'en se rangeant sous les drapeaux du modérantisme, comme on disait alors, ils allaient involontairement servir d'avant-garde au royalisme. Camille Desmoulins réclama un comité de clémence. Mais la clémence, lui objectait-on, c'était la fantaisie pure. Convenait-elle d'ailleurs, alors que la liberté était encore obligée de se défendre avec les armes du despotisme? Cie qu'il fallait, c'était la justice, la justice égale pour tous. Le comité Le 30 frimaire (20 décembre), une foule de femmes étant de jurtice. yeuues à la Convention pour solliciter Télargissement de leurs parents, — c'était la seconde fois qu'elles se présen- , talent à la barre, — Robespierre prit la parole. Personne plus que lui ne s'était élevé contre les excès de ceux qui, suivant son expression, transformaient la liberté en bacchante. Il déclara néanmoins que la Révolution ne désarmerait pas devant les manœuvres de l'aristocratie, et il proposa seulement à l'Assemblée d'instituer un comité de justice chargé de mettre en liberté tous les citoyens incarcérés sans raison plausible. La Convention vota d'en-