CHAPITRE DEUXIÈME
ligieuses, et s'il demande que Téducation publique soit améliorée, c'est à la condition qu'elle sera entièrement abandonnée aux mains des prêtres. Dans les vœux et doléances de la noblesse, on sent également percer, au milieu de tendances vagues vers le bien général, l'intérêt particulier des classes aristocratiques. Elle réclame des garanties en faveur de la liberté individuelle, et la suppression des lettres de cachet, lettres dont elle était elle-même trop souvent victime; mais ses recommandations les plus rigoureuses portent sur le respect dû aux privilèges nobiliaires et aux propriétés de toute nature. Elle sent bien que, bon gré, mal gré, il lui faudra accepter sa part des charges publiques, et elle se soumet d'avance; seulement, dit-elle, c'est par pure considération pour le monarque; et, pour qu'il n'y ait pas d'assimilation possible entre elle et les gens de roture, elle veut qu'on désigne sous le nom de taiUe noble l'impôt personnel auquel elle sera assujettie. De plus, elle se réserve le privilège de porter seule l'épée, et la propriété exclusive du droit de chasse.
C'est dans les cahiers du^ fiers état qu'il faut aller chercher l'idée rénovatrice, l^r véritable pensée révolutionnaire. Établissement d'une constitution régulière, suppression de toute sei'vitude personnelle et de tous droits féodaux, liberté individuelle, liberté de la presse, responsabilité ministérielle, inviolabilité du sceau des lettres, égale répartition des impôts, gratuité de la justice, institution du jury, réformation de la justice civile et criminelle, abolition des contributions indirectes, création des justices de paix, instruction primaire mise à la portée de tous, abolition de tous les privilèges et monopoles en matière d'industrie et de commerce, uniformité des poids et mesures, suppression des ordres religieux, admission de tout citoyen à tous les emplois et dignités, convocation d'états périodiques, division du royaume en assemblées provinciales librement élues, création de municipalités
électires dans les villes, bourgs et villages, séparation complète du pouvoir judiciaire d'avec le pouvoir exécutif, destruction des capitaineries et du monopole exclusif du droit de chasse au profit des classes nobles, tout cela est très-nettement formulé dans les cahiers du tiers. Il est facile de prévoir que, de la théorie à l'application, il ne saurait y avoir loin désormais.
' Quelques notes discordantes, il faut le dire, troublèrent cependant ce concert de patriotisme. Gn vît — tant la manie du privilège s'était répandue ! — certaines villes, certaines corporations contraster, par leurs résistances égoïstes, avec le sentiment général du tiers état- Ici ce sont les marchands de drap qui demandent à être maintenus dans leurs droits et prérogatives; là ce sont les maîtres perruquiers qui s'opposent à la création de nouvelles lettres de maîtrise ; les merciers, les orfèvres, les serruriers nantais élevèrent aussi des prétentions étranges. Ce furent là, heureusement, des exceptions. Toutefois, ce qu'il est impossible de méconnaître, c'est que, dans ses débuts, la Révolution eut un caractère essentiellement bour- Abstention geois. Le peuple, à Paris surtout, prit assez peu de part du peuple. ^M mouvemeut électoral. Les assemblées primaires des soixante districts étaient, si Ton en excepte celles des faubourgs, presque exclusivement composées de gens ayant une position aisée; et ce fut d'elles que sortit le premier pouvoir communal qui, à Paris, eut en main la direction révolutionnaire. On y remarquait l'élite de la bourgeoisie, de riches marchands, des avocats, des notaires, peu d'artisans et pas de gens du peuple. Aussi l'^mi du roi écrivait-il mélancoliquement, [en prévoyant le prochain abaissement des classes privilégiées : a Qui peut nous dire si le despotisme delà bourgeoisie ne succédera pas à la prétendue aristocratie des nobles ? » L'histoire de la Constituante semble jusqu'à un certain point donner raison à cette sorte de prophétie. Il faudra arriver jusqu'à