‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 160 sur 226 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

semblée vota dans ce sens, au risque de désorganiser le service. Parut ensuite Philippeaux, qui vint rabâcher ses dénonciations contre Rossignol et le ministre de la guerre ; ce qui lui valut d*être traité par Choudieu d'imposteur ou de fou. Cela présageait de violents orages pour la séance des G»nd6. Jacobins. Ni Philippeaux, ni Bourdon (de l'Oise), ni Fabre aux^a^bîM. d'Églantine ne répondirent aux sommations qui leur furent faites d'avoir à s'expliquer sur les accusations dont ils étaient l'objet. Dans l'intention évidente de détourner la société de ces discussions regrettables, où l'intérêt général disparaissait devant les passions particulières, Robespierre lui proposa de mettre à l'ordre du jour la discussion des crimes du gouvernement anglais et des vices de la constitution britannique. Mais, pour le moment, cette proposition ne trouva pas d'écho ; l'attention était ailleurs. La discussion s'engagea, âpre et passionnée, à propos d'une expression dont un membre nommé Lachevardière s'était servi pour blâmer la Convention d'avoir envoyé en Vendée Goupilleau (de Fontenay). Bentabole cria bien haut qu'on avilissait la Convention. Robespierre intervint, excusa le citoyen Lachevardière dont on avait mal interprété la pensée, traça un pompeux éloge de la Convention, et engagea les représentants du peuple à ne pas se lever avec tant de vivacité quand une expression impropre s'échappait de la bouche d'un patriote. 11 venait enfin d'obtenir dé la société qu'elle discuterait les crimes du gouvernement anglais et écarterait toute autre question, lorsqu'on annonça l'arrivée de Camille Desmoulins. Sommé de s'expliquer sur ses liaisons avec Philippeaux et 8ur ses numéros du FtieuxCorc/e/ter, Camille hésita, balbutia. Sa parole n'avait pas l'assurance de sa plume ; il était visiblement embarrassé. Robespierre vint généreusement à son aide. Il blâma l'amertume de ses critiques, le railla sur son admiration pour Philippeaux; mais il déclara que Desmoulins ne méritait pas l'ostracisme dont on voulait le

irapper, et que cela était contraire à la liberté. Il demanda seulement que, pour Texemple, la société brûlât les numéros de Camille. Or, celui-ci s*était offert de lui-même à brûler son numéro trois. Au lieu de passer sur la planche de salut que lui offrait Tamitié, il ne résista pas au désir de rappeler le mot de Rousseau ; a Brûler n*est pas répondre. »> On lut alors les numéros de Camille.

On allait, le lendemain, donner lecture du numéro cinq, quand Robespierre reprit la parole pour s'y opposer, alléguant qu'on était suffisamment édifié sur un ouvrage dans lequel, à côté des maximes les plus fausses et les plus dan^ gereuses, on rencontrait les principes les plus patriotiques. A Hébert, qui avait insisté pour la lecture de ce numéro, il reprocha de s'occuper beaucoup trop de lui- .même et de ne pas assez penser à l'honneur national. Puis il démasqua sans pitié les intrigants qui, dans la Révolu- .tion, ne voyaient qu'un moyen de fortune, etqui, pour satisfaire leur ambition ou leur soif de richesses, n'hésitaient pas à jeter le pays dans des embarras inextricables. Pen« dant qu'il parlait, Fabre d'Églantine, qu'à tort ou à raison on soupçonnait d'être l'inspirateur de Camille et l'auteur des discours de Bourdon (de l'Oise), s'étant levé tout à coup, il ne put réprimer un mouvement d'indignation contre lui, et il le somma, après s'être efforcé de nouveau d'écarter tout danger de la tête de Camille, de venir s'expliquer sur les questions a l'ordre du jour. Fabre se contenta d'affirmer qu'il n'avait pas influencé d'une virgule Cainiiio ray^ los uuméros du Vieux Cordelier. Il était près de minuit <ies Jacobins, quand OU so sépara. On n'avait rien statué à l'égard de Camille ; ses ennemis ne se tinrent pas pour battus, et le 21 nivôse (10 janvier), ils parvinrent à obtenir sa radiation. Mais, le mêiùe jour, . profitant de ce que Dufoumj défendait Bourdon (de TOise), contre lequel on réclamait la même mesure , Robespierre revint obstinément à la charge. Il témoigna son étonnement qu'on eût

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