CHAPITRE DÔUZIÈMB
chassé l'auteur du Vieux Cordelier, tandis qu'on épargnait des intrigants. Il fit tant que la société rapporta l'arrêté d'exclusion de Camille, et mit à l'ordre du jour les crimes du gouvernement anglais, pour n'avoir plus à s'occuper de querelles particulières.
Trois jours après, les dantonistes étaient frappés au cœur par l'arrestation de Fabre d'Églantine, que le comité de Sûreté générale impliqua dans l'affaire du baron de Batz, intrigant et conspirateur émérite, de Julien (de Toulouse), et de Delaunay (d'Angers) . Le lendemain , Âmar vint demander à la Convention la sanction de cette grave mesure. Danton ayant essayé, très-faiblement, d'intervenir en faveur de son ami, «Malheur, s'écria Billaud-Varenne avec une excessive dureté, à celui qui a siégé à côté de Fabre d'Églantine, et qui est encore sa dupe! » C était un avertissement sinistre aux indulgents. Mais avant de raconter l'issue du duel à mort engagé entre les dantonistes et les hébertistes, il faut dire où en étaient nos affaires militaires et ce que devenait la Révolution dans les départements, sous l'énergique impulsion des commissaires de TÂssemblée.
Au nord, la victoire de Watignies n*avait pas amené tous les résultats auxquels on s'attendait. 11 eût fallu se * jeter immédiatement, sur la rive gauche de la Sambre, à la poursuite des Autrichiens ; des motifs de prudence retinrent le général Jourdan, qui préféra s'établir solidement dans ses quartiers d'hiver. Il n'en fut pas de même sur les bords du Rhin où, par les sombres mois de novembre et de décembre, s'accomplit une brillante campagne. Là agissaient les armées combinées du Rhin et de la Moselle, commandées Tune par Pichegru, l'autre par Hoche. L'objectif de la campagne était la reprise des lignes de Wissembourg et le déblocus de Landau. A ces généraux d'élite vinrent se joindre des représentants qui apportèrent avec eux l'enthousiasme et la foi révolutionnaires, et dont le concours fut décisif: c'étaient SaintJust
Arrestation
de Fabre
d'Êglantine.
Opérations sur le Rhin.
4<8 HISTOIRE nE LA RÉVOLUTION
et Le Bas. Tous les écrivains royalistes ont écrit qu'à cette redoutable époque, l'honneur s'était réfugié aux armées. C'est là une banalité ridicule, un lieu commun oratoire, une assertion mensongère contredite par l'inexorable vérité. L'honneur était partout, à la Convention, dans les clubs, dans les assemblées populaires, partout où rayonnait le génie de la Révolution. S'il brilla d'un éclat incomparable dans les armées de la République, ce fut surtout grâce aux héroïques représentants qui électrisèrent nos soldats; et il s'y maintint pur et vivace, jusqu'au jour où, la Révolution vaincue, l'ardente soif des dignités, des distinctions puériles et des richesses, remplaça dans le cœur de nos officiers l'abnégation, le désintéressement, l'amour de la patrie.
Snint-.Tust Tout était désorganisé, mille abus déplorables avaient et Le Bas en ^nyahi l'administration civile et militaire dans les dépar-
Ais&ce
tements du Haut et du Bas-Rhin, quand, au commencement de bfumaire (fin octobre i793), Saint-Just et Le Bas parurent, armés de pouvoirs extraordinaires. Dès leur arrivée, ils jurèrent que reiuiemi serait vaincu, et ils tinrent parole. En quelques jours, la situation changea de face. Des mesures rigoureuses, mais toujours marquées au coin ^ de la sagesse, ne tardèrent pas à rétablir la discipline dans l'armée et le bon ordre dans l'administration. Le général Eisenberg, s'étant laissé battre à Bischwiller et ayant fui lâchement devant Tennemi avec quelques-uns de ses officiers, fut livré par Saint-Just à une commission militaire, condamné à mort et fusillé ainsi que ses compagnons. Le jeune et énergique conventionnel se gardait bien du reste de confondre le malheur avec ce qui avait les apparences de la trahison. C'est ainsi qu'un peu plus tard, à Hoche, qui avait subi un échec sanglant, Saint-Just écrivait : « Tu as pris, à Kaiserslautern, un nouvel engagement; au lieu d'une victoire il nous en faut deux... Tu as pris de sages mesures en faisant retrancher toutes les gorges de Bir-