CHAPITRE DOUZIÈME
mesens... 11 n*est point de fardeau que ne soulève l'audace d*un homme réfléchi. » Personne ne sut mieux que Théroïque ami de Robespierre enflammer l'ardeur et le courage des troupes. Ses proclamations sont un modèle d'élo* quence martiale, de concision et d'énergie militaire, c Soldats, l'ennemi ne vous a pas vaincus, il vous a trahis. De faux déserteurs vous ont tendu les bras. Vous les avez embrassés. On n'embrasse pas les tyrans, on les tue« Aimez la discipline, qui fait vaincre... et préparez-vous à vaincre à votre tour. » Il fallait vaincre en effet, à quelque prix que ce fût. Vigoureusement attaquée, non loin de Saveme, dans les journées des 5 et 6 brumaire (26 et 27 octobre), l'armée austro-prussienne fut culbutée, rompue, forcée de fuir. A quelques jours de là, un parlementaire s'étant présenté pour obtenir une trêve : a La République française, répondit Saint-Just, ne reçoit de ses ennemis et ne leur envoie que du plomb, » Les coalisés purent voir dès lors qu'ils n'avaient plus à compter sur les trahisons et les faiblesses auxquelles ils avaient dû leurs premiers succès.
Non moins décisive fut l'action de Saint-Just et de Lo Bas dans les aff'aires de l'intérieur. Il y avait à Strasbourg, à leur arrivée, une foule d'émigrés rentrés à la suite de l'invasion, et la contre-révolution s'y affichait insolemment. Impuissants à la dompter s'étaient montrés les représentants Lacoste, Milhaud, Ruamps et quelques autres, précédemment envoyés dans ces régions de l'Est. En quelques jours, les commissaires extraordinaires parvinrent à rendre à la Révolution toute sa force, à la République tout son prestige. Et ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que, dans cette vieille capitale de l'Alsace, ils obtinrent tous les résultats de la terreur sans versor une goutte de sang. Vers les premiers jours de frimaire (fin novembre), la contre-révolution était vaincue, la confiance ranimée, l'espérance ramenée dans tous les cœurs. Saint-
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Just et Le Bas n'hésitèrent pas à frapper les fonctionnaires publics coupables d'abus et d'excès de pouvoir. Ce fut ainsi que l'accusateur public du département, ancien prêtre nommé Euloge Schneider, fut arrêté par leurs ordres pour avoir déshonoré la Révolution. Victimes de sa tyrannie sanglante, les populations s'étaient adressées en vain plusieurs fois aux représentants Lacoste et Baudot. Ce dernier appartenait lui-même à la secte des hébertistes. C'était une sorte de maniaque furieux. Ennuyé un jour des réclamations dont il était assailli, comme tous les commissaires de la Convention, il prit un arrêté par lequel, de sa propre autorité, il rangea dans la catégorie des suspects les citoyens qui, dans une pétition, excéderaient le nombre de dix lignes. Cela peint l'homme. Il n'y avait guère de justice à attendre de lui : heureusement Saint-Just et Le Bas étaient là. Envoyé à Paris et traduit devant le tribunal révolutionnaire^ Euloge Schneider périt sur l'échafaud. Reprise Cependant on était à la veille d'éclatants succès. Les
des clignes, g^pjj^^^ ^^ j^t^in et de la Moselle s'étaient réunies sous le wiBsembourg. commandement de Hoche. Le 6 nivôse (26 décembre), les colonnes républicaines, ayant au milieu d'elles les représentants Saint-Just, Le Bas, Baudot, Lacoste et Dentzel, s'élancèrent aux cris mille fois répétés de Landau ou la moril contre l'armée coalisée, commandée par Brunswick etWurmser. Le soir même la bataille de Geisberg était gagnée et rendait à la France les lignes de Wissembourg. Le surlendemain Saint-Just et Le Bas pénétraient victorieux dans Landau, à la tête de la division de Pichegro, et successivement Spire, Neustad, Frankendal et Worms tombaient en notre pouvoir*. Admirable résultat d'une admirable campagne. L'ennemi était refoulé au loin sur son propre territoire, l'Europe atterrée, le prestige de la République afiermi. Comment donc le jeune général qui,
1. Voyez, pour la mission de Saint-Just et de Le Bas en Alsaoe, notre fîistoirt de Saint-Jvst, liv. III.. cli. iv et V-