‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 163 sur 226 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

avec Saint-Just et Le Bas» avait tant contribué à ces magnifiques résultats, comment, dis-je, Hoche devint-il trois mois plus tard l'objet des rigueurs du comité de Salut public? Ce fut uniquement parce que, après le départ de Saint- Just, il négligea d'exécuter sur les bords du Rhin le plan de campagne dressé par Camot dans son cabinet des Tuileries. Envoyé à l'armée des Alpes, il fut arrêté en germinal, par le général Dumerbion, sur un ordre écrit tout entier de la main de Camot, et signé de celui-ci et de GoUot-d'Herbois. Conduit immédiatement à Paris, il fut jeté dans la prison des Carmes, puis, le 27 floréal (16 mai}, transféré à la Conciergerie, où nous le retrouverons après Thermidor.

Moins brillants furent, sur nos frontières des Pyrénées, les succès de nos armes. Après des alternatives d'avantages et de revers, les Espagnols parvinrent, au commencement de nivôse (fin décembre), à s'emparer de CoUioure, de Port-Vendre et du fort Saint-Elme. Mais c'étaient là des échecs qui devaient être réparés sans peine et que compensalargemeût la prise de Toulon. Reconquérir cette puissante cité, livrée par la trahison de ses habitants, n'était pas chose facile, car les Anglais avaient ajouté aux forteresses dont elle était flanquée une redoute imposante qu'ils baptisèrent du nom de petit Gibraltar, et où purent se loger près de quatre mille défenseurs. Les travaux du siège, commencés au mois de septembre et successivement conduits par les généraux Lapoype, Carteaux et Doppet, traînaient en longueur, quand, vers les premiers jours de frimaire (fin novembre), le général Dugommier fut appelé à en prendre le commandement. Ce choix, fort apprécié de l'armée, et surtout la présence des représentants Salicetti, Barras, Fréron, Ricord et Robespierre jeune, redoublèrent l'ardeur des assiégeants. Augustin Robespierre s'était intimement lié avec un officier d'artillerie nommé Bonaparte, jeune Corse, dont le coup d'œil pénétrant et la froide éner-

Arrastfttioii deHoehe.

Prise de Toulon.

gieVayaient smgulièremen.t frappé. Dlui ât donner en sousordre la direction des opérations du siège, dont les progrès, dès ce moment, furent rapides. Le 26 frimaire (46 décembre), à deux heures du matin, par une nuit froide et plnyieuse, nos colonnes, à la tête desquelles marchaient Ricord, Salicetti et Robespierre jeune, s'élancèrent i l'assaut de la forteresse anglaise. A la redoute! à la redoute I criait Robespierre impassible au milieu des balles, des boulets et de la mitraille qui pleuyaient autour de lui. La formidable redoute fut emportée de yiye force ; trois jours après, les républicains entraient dans Toulon, dont les Anglais, en se retirant, avaient tenté de faire sauter le port et de brûler l'escadre. Plus honnêtes qu'eux , les forçats s'étaient dévoués pour éteindre l'incendie et préserver la ville. Le 30 frimaire (20 décembre), Robespierre jeune repartit pour Paris, et le 2 nivôse (22 décembre), sous la direction de Barras et de Fréron, commencèrent les vengeances révolutionnaires, vengeances légitimes à coup sûr, mais sur lesquelles cependant l'historien démo* crate ne peut s'empêcher de gémir, sans considérer si plus tard elles ne furent pas de beaucoup dépassées par les horreurs injustifiables de la Terreur blanche.

La prise de Toulon causa dans le pays une joie profonde. Elle fut célébrée à Paris par une cérémonie allégorique et superbe, comme toutes les fêtes dé la République, et Ton y vit le présage de la défaite prochaine de tous les ennemis de la Révolution. Fouché eut une ma- Afhiws. nière à lui de fêter cet événement. Il écrivit de Lyon : àe Lyon. « Nous n'avons qu'une manière de célébrer la victoire : nous envoyons ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la foudre, j» Fouché et Collot-d'Herbois avaient en effet signalé leur présence à Lyon par des répressions terribles. Sans doute Lyon avait commis un grand crime en s'insurgeant contre la République et en assassinant d'excellents patriotes ; mais les jmpitoyables proconsuls dépas-

Page 1