‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 164 sur 226 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

sèrent dans leur vengeance tout ce que Timagination peut enfanter. A la politique sage et modérée de Couthon ils substituèrent une politique de cannibales et entreprirent • de réaliser à la lettre le rigoureux décret de la Convention. La guillotine n'allant pas assez vite à leur gré, ils y suppléèrent par le canon. L'espace restreint de ce Précis ne nous permet pas de tracer l'historique de leur proconsulat sanglant. Disons seulement qu'ils firent maudire la Révolution» quand ils auraient pu appeler sur elle les bénédictions de toute une population repentante. Des cris de désespoir étaient poussés vers Robespierre, auquel, en raison de son immense popularité, on croyait beaucoup plus de pouvoir qu'il n'en avait, a Ah! si le vertueux Couthon fût resté à Commune- Affranchie, lui écrivait-on, que d'injustices de moins !... Le coupable seul eût péri. » CoUot parti, Fouché continua seul l'œuvre dévastatrice. Nous ne tarderons pas à entendre Robespierre lui jeter ses forfaits à la face en plein prétoire des Jacobins.

Sur les traces de Fouché marchèrent Barras et Fréron. Fréron Envoyés à Marseille, ils commencèrent par faire la guerre ^ ManeiUe. aux dévotes, et bientôt ils se conduisirent en véritables forcenés. Une commission militaire, nommée par eux, expédia en peu de temps une foule de suspects. Monter à l'échafaud, c'était, suivant une expression de Fréron, a danser la carmagnole. » Jaloux des exploits des démolisseurs de Lyon, ils mirent en réquisition une armée d'ouvriers, et l'œuvre de destruction commença. La Convention avait décrété que Toulon s'appellerait désormais Port-de -la- Montagne ; Fréron et Barras imaginèrent de débaptiser aussi Marseille, et ils l'appelèrent Sans-Nom. Il fallut que, sur les vives réclamations du représentant Maignet, le comité de Salut public leur enjoignît sévèrement de ne point traiter Marseille comme Toulon, et de lui conserver un nom qu'avait illustré l'enthousiasme révolutionnaire de ses habitants.

Carrier et la Vendée.

Mort de Barra.

De Fouché à Carrier, il n'y a pas loin non plus. Carrier aussi, dans la répression des attentats commis contre la Révolution, viola toutes les lois de Thumanité. Il faut dire toutefois que dans aucun pajs les fureurs royalistes ne s'étaient déployées avec autant de violence que dans celui où il fut envoyé ; et s'il y avait un parallèle à établir entre Fouché et Carrier, il serait certainement à l'avantage de Carrier. Ce qui chez le premier n'était dû qu'aux froids calculs de l'intérêt personnel, venait surtout chez le second d'un patriotisme exagéré, farouche, et d'une bonne foi sauvage. L'arrivée de Carrier à Nantes coïncida, à peu de jours près, avec la défaite de l'armée vendéenne; mais, il s'en fallait de beaucoup que l'insurrection fût entièrement étouffée. Décapitées de leurs principaux chefs, les bandes royalistes reconnurent pour général le jeune La Rochejacquelein qui, en brumaire , eut l'honneur de battre les républicains à Entrâmes et à Ernée, et s'empara de Dol, d'Avranches et de Fougères, où ses troupes commirent des horreurs sans nom. A la suite de ces revers, le commandant de Tarmée de l'Ouest, Léchelle, mourut de chagrin à Nantes, autant désespéré de ces désastres que des divisions qui s'étaient glissées dans l'armée républi- . caine. Cependant la fortune ne resta pas longtemps du côté des Vendéens. Le 2 frimaire (22 novembre), ils étaient taillés en pièces entre le Mans et Angers ; dans le courant du mois, ils étaient chassés de ces deux villes; enfin le 3 nivôse (23 décembre), vigoureusement attaqués à Savenay par le jeune général Marceau, ils y essuyaient une défaite irréparable. Leur armée fut littéralement détruite. Ce fut dans une des dernières rencontres entre les républicains et les royalistes qu'un enfant de treize ans nommé Barra s'illustra par une mort héroïque. Entouré de Vendéens qui le sommaient, sous peine de le fusiller, de crier Vive le roi/ il cria, digne émule du vaillant d'Assas, Vive la République ! et tomba percé de coups.

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