CHAPITRE BOUZIftMS 43t
chaient ayant tout aux formes extérieures. Il les montra aimant mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action, et il flétrit, â*une parole émue et indignée, les excès commis par des contre-révolutionnaires hypocrites pour déshonorer la cause de la Révolution. Mais, autrement habile que Camille Desmoulins, parce qu'il était plus essentiellement démocrate, il se garda bien de laisser tomber une parole qui pût encourager les ennemis de la République et rendre cœur aux royalistes. L'indulgence, il fallait, disait-il, la réserver aux faibles, aux malheureux, aux égarés. Quant à la Terreur, despotisme momentané de la liberté contre la tyrannie, elle ne devait être qu'une émanation de la vertu, c'est-à-dire la justice sévère et inflexible, ne s'abattre que sur de grands coupables et n'avoir rien de commun avec cette Terreur des monarchies dont tant d'innocents sont toujours les victimes. N'y eût-il dans toute la République qu'un seul homme persécuté, le devoir du gouvernement, ajoutait-il, serait de le rechercher avec inquiétude et de le venger avec éclat. Certes, bien des maux auraient été évités si de tels conseils avaient été rigoureusement suivis. Mais, puissant par la parole, Robespierre n'avait en réalité qu'une part d'autorité personnelle à peu près illusoire. Autant qu'il le put, il joignit l'aetion au précepte. C'est ainsi qu'à deux jours de là, il réclama et obtint des Jacobins une double exclusion, celle du nommé Saintex, ancien coryphée de la faction girondine, devenu une des colonnes de l'hébertisme, et celle d'un individu nommé Brichet, qui venait de proposer à la société de demander à la Convention la proscription de tous les crapauds du Marais y — on appelait ainsi les membres qui siégeaient au centre de l'Assemblée, — et le renvoi devant le tribunal révolutionnaire des soixantetreize signataires de la protestation contre le 31 mai.
Malgré de si solennels avertissements, les enragés ne se tinrent pas pour battus. Ils allaient, poussant la Répu-
La
oonipiration héberiifte.
Maladie
de
Robespierre.
YENTÔSt AN II
{fécrierHnars
bliqae aux abîmes, sans avoir Tair de se douter que les démocraties^ comme les monarchies, étaient fatalement appelées à périr par leurs propres excès. Se sentant impuissants aux Jacobins, ils transportèrent leur prétoire aux Cordeliers. Là, le 24 pluviôse (12 février), un des grandsprêtres du culte de la déesse Raison, Timprimeur Momoro, s*en prit à Robespierre, sans le nommer, de ce que Vincent n'avait pas été admis aux Jacobins. Il se déchaîna contre « ces honûnes usés en République, ces jambes cassées en Révolution» qui les traitaient d'exagérés. Et Hébert, après avoir exprimé le vœu de voir bientôtFabre d'Églantine subir le châtiment dû à ses forfaits, s^écria qu*il fallait renverser « toute cette clique, ennemie de l'égalité, b De ce jour, le parti des enragés résolut d'entrer en insurrection contre les pouvoirs établis.
Une circonstance vint, à point nommé, favoriser singulièrement leurs projets. Vers ce temps, Robespierre tomba malade, et, durant un mois environ, il fut obligé de garder la chambre. Une émotion véritable se produisit dans la ville quand on connut le mauvais état de sa santé. Nombre de commissaires des sections se rendirent à la maison du menuisier Duplay , afin de s'enquérir des nouvelles du glorieux tribun. Cela prouve bien, par parenthèse, que le peuple, le vrai peuple se reconnaissait beaucoup mieux dans le démocrate illustre qui ne lui parlait que le langage de la vérité et du bon sens, que dans les énergumènes qui le ravalaient et témoignaient de leur peu de respect pour lui, en vociférant sans cesse à ses oreilles des déclamations ordurières. Il n'est pas inutile de dire que, pendant ce temps, l'action de la Terreur fut loin de se ralentir, au contraire. Les ravages de Thébertisme dans les départements atteignirent les dernières limites du possible. En vain le comité de Salut public réagissait de tous ses efforts contre les excès; il écrivait en vain aux commissaires trop zélés : a Le Calvaire conduisit le Christ au Capitole... La politique doit
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marcher aujoard'hui avec la force... Laissons aux âmes faibles^ mais d'ailleurs paisibles, la liberté d'adorer l'Être suprême à leur mamère» jusqu'au moment où Tinstructiou les aura rendues à la vérité. » Rien n'y faisait; l'intolépance athée frappait d'estoc et de taille. Débarrassés d'un censeur incommode» lesenragésafflchèrentassez publiquement leurs prétentions. Ils comptaient sur le dévouement de l'armée révolutionnaire, commandée par Ronsin, et ils demandèrent que l'effectif en fût porté à cent mille hommes.
Sur ces entrefaites, le 8 ventôse (26 février), Saint-Just Rapport vint, au nom des comités de Salut public et de Sûreté gêné- ^ ^gu, ^ raie, proposer à la Convention de charger le comité de Su- !«• ^ôtcna». reté générale de mettre en liberté les patriotes détenus, de séquestrer au profit de la République les biens des personnes reconnues ennemies de la Révolution, de détenir ces personnes jusqu'à la paix, et de les bannir ensuite à perpé« tuité. Dans son rapport, empreint d'une sombre énergie et d'une étrange grandeur, SaintJust avait proposé de substituer à la Terreur, — cette arme à deux tranchants qui ' frappait à tort et à travers, saisie par les uns pour venger le peuple, par les autres pour servir la tyrannie, — la justice qui pesait les crimes dans sa main avant de rendre ses arrêts. C était une réminiscence des paroles de Robespierre et un nouvel avertissement aux enragés. Ceux-ci n'en tinrent compte. CoUot-d'Herbois, d'ailleurs, interprétant a sa façon le discours de son collègue, déclara le même jour que l'on allait se retremper dans la Révolution. Les enragés virent dans cette parole une sorte d'encouragement. Un rapprochement ménagé entre les Jacobins et les Cordeliers leur donna de leur force une idée exagérée; ils se décidèrent à brusquer les choses. Le 14 ventôse (4 mars}, L^ogar^ectic aux Cordeliers, ils voilèrent d'un crêpe noir le tableau hébcrtiste. des Droits de l'homme, et Vincent déclara la liberté perdue si l'on ne déployait toute la terreur de la guil* lotine. Puis se leva Carrier, le sombre proconsul de la
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Vendée. Aptes s'être emporté contre les « monstres » qui voulaient briser les échafauds, il s'écria : a L'insarrection, une sainte insurrection! voilà ce que vous devez opposer aux scélérats.]) Et de frénétiques applaudissements- retentirent. Vint ensuite Hébert, qui désigna aussi clairement que possible Robespierre aux vengeances des enragés. Il ne le nomma point : c'était « un homme égaré sans doute^ » mais il n'y avait pas à s'y tromper, quand on l'entendit lui reprocher d'avoir fait réintégrer Camille aux Jacobins m malgré la volonté du peuple, » et s'emporter contre ceux qui avaient voulu soustraire à l'échafaud les complices de Brissot. Il accusa Camille Desmoulins d'être vendu à Pitt et à Cobourg. A l'exception de Bouchotte, il attaqua tous les ministres, Paré, Deforgues, ne ménagea point Carnot, et termina en répétant le mot de Carrier : a L'insurrection! oui^ l'insurrection! »
Fin Mais les enragés, qui n'avaient pas d'autre but, du reste,
que de s'emparer du pouvoir et de s'y maintenir par les moyens les plus sanguinaires, s'étaient singulièrement exagéré leur force ; nulle était leur influence sur le peuple qu'ils s'étaient vainement eflforcés d'exciter; ils n'allaient pas tarder à en faire la triste expérience. Le surlendemain (16 ventôse), ils se présentèrent à la Commune pour y déclarer qu'ils resteraient debout jusqu'à l'extermination complète des ennemis du peuple. A l'accueil glacial des membres du conseil général, ils durent voir combien peu le sentiment populaire était avec eux. Pache, sur lequel ilsavaient compté, et à qui ils avaient, paraîtil, réservé les fonctions de grand juge dans la dictature absolue et sanglante qu'ils avaient rêvée, se garda bien de leur donner le moindre encouragement. Déjà le gouvernement avait l'œil sur eux. Le jour même de leur démarcheà la Commune, la Convention, sur un rapport de Barère, chargea l'accusateur public d'informer contre les auteurs d'écrits insurrectionnels distribués dans les quartiers po-
derhébertisme à Paris,
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puleux, et enjoignit au comité de Salut public de lui présenter incessamment un rapport sur les moyens de protéger la République contre les intrigues des conspirateurs. Dams la soirée, aux Jacobins, celui que les enragés appelaient le géant, Collot-d'Herbois, les abandonna solennellement. Il leur reprocha, avec une grande énergie, d'avoir voiU^k tableau des Droits de l'homme et sonné le tocsin d'une* insurrection en France, quand Pitt la prophétisait à tous les échos de l'Europe. Les hébertistes se rétractèrent; il ne s'agissait, suivant Carrier, que d'une insurrection conditionnelle, et, selon Hébert, que d'une insurrection moralie; mais il n'était plus temps.
Le 23 ventôse (13 mars) Saint^Just parut à la tribune>d<e la Convention. Il entretint longuement l'Assemblée du noir complot, ourdi depuis longtemps, et que le comité de Salut public attribuait aux manœuvres collectives de l'étranger, d'anciens nobles couvertsdu masque du patriotisme et de quelques ambitieux insatiables. Nous ne poir** vous qu'indiquer ici en passant]ce sombre et beau discours, principalement dirigé contre les révolutionnaires dans* le sens du crime, mais où un avertissement significatif était également donné à la faction des indulgents. La plupart des meneurs du complot, Hébert, Ronsin,Yincent| étaient des fonctionnaires publics dans une situation importlinte. Saint-Just ne ménagea pas cette classe de citoyens, si cbère aux gouvernements monarchiques, et il déclara nettement que la démocratie était perdue là où les magistrats éa peuple obtenaient plus d'influence que le peuple lui-m^e. A sa voix l'Assemblée décréta la peine de mort contre quiconque tenterait d'usurper le pouvoir ou attenterait i la dignité et à la sûreté de la Convention nationale,oeatre et pivot du gouvernement provisoire de la République. Dans la nuit même étaient arrêtés, par les soins de Fouquier-Tinville, et conduits à la Conciergerie, Konsio, Vincent, Hébert, Momoro, Ducroquet et le général Laumur.
Rohe?i)ierre.
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Réapparition Ceux qa*on appelait les mdulgenis ressentirent de la dé- .?!-^„^ faite des hébertistes une joie immodérée, et ils ne s'en cachèrent pas . Ce jour-là même i*éapparaissaît Robespierre. Il vit bien tout le parti que la réaction chercherait à tirer de la circonstance, et il s'attacha à parer le coup en défendant de sa parole quelques patriotes ardents, comme Hanriot et Boulanger, qu'on voulait transformer en complices des enragés. Peu s'en fallut que la Commune tout entière ne fût enveloppée dans le désastre des hébertistes. Danton lui-même dut intervenir en sa faveur. Bourdon (de l'Oise) eût voulu tout exterminer. Le 29 ventôse (19 mars), il se livra à une sortie violente contre Bouchotte, à qui il s'en prenait de toutes choses, même de ce que lui, Bourdon, avait eu dans un café une dispute avec un commis de la guerre. Le lendemain, il attaqua violemment un agent du comité, de Sûreté générale, nommé Héron, à qui l'intervention de Couthon, deMoyse Bayle et de Robespierre ne fut pas inutile pour échappera ses fureurs. Héron avait procédé à l'arrestation de Fabre d'Églantine; de là sans doute le ressentiment des amis de celui-ci. Ni Couthon, ni Robespierre ne le connaissaient, ils ne l'avaient jamais vu. Mais ils ne voulaient pas, sous le premier prétexte venu, abandonner des patriotes à la rage de ces modérés à la façon de Bourflon, dont l'un avait fait la veille irruption au comité de Salut public, selon l'expression de Robespierre, et, avec une rage impossible à décrire, avait réclamé trois têtes. Ce qu'ils voulaient, c'était d'empêcher la République de devenir la proie des factions quelles qu'elles fussent. Arrestation Un événement grave venait de donner clairement à^nde Hérauit-së- tendre que la Convention nationale et le comité de Saint ® * ^®'' public étaient décidés à ne fléchir devant aucune considération d'intérêt personnel ou de parti. Déjà le 26 ventôse (16 mars), Amar ayant, au nom du comité de Sûreté générale, proposé à la Convention de renvoyer devant le tribuiial révolutionnaire ceux de ses membres soupçonnés d'a-