CHAPITRE DOUZIÈUR
Yoir, dans un intérêt purement financier, coopéré à la falsification d'un de ses décrets, Robespierre avait, à ce propos, appelé tous les tyrans de la terre à se mesurer avec les représentants du peuple français. Ceux-ci, dit-il, n'hésitaient pas à livrer à l'échafaud quiconque parmi eux se trouvait convaincu de trahison ou de corruption, tandis qu'à la face de la nation britannique les membres du parlement d'Angleterre se vantaient du trafic de leurs opinions. Le lendemain même, l'Assemblée ratifiait l'arrestation de deux représentants , Simond et Hérault-Séchelles, suspects l'un et l'autre à divers titres, et dénoncés par le comité révolutionnaire de la section Le Péletier, pour avoir, au risque de leur vie, contrevenu au terrible décret rendu contre les émigrés. Membre du comité de Salut public, Hérault-Séchelles n'en faisait plus virtuellement partie depuis quelque temps; il avait eu le tort de divulguer certaines délibératiqns du comité, et, pour ce fait joint à d'autres griefs, le comité lui avait déclaré qu'il ne délibérerait plus en sa présence. L'amitié de Couthon, qui déjà l'avait défendu peu de temps auparavant^ ne put le sauver d'un décret de proscription. En le frappant pour avoir donné asile à un émigré, la Convention tint à faire connaître à tous que nul, si haut placé qu'il fût dans la Ç,épublique, ne se mettrait impunément au-dessus de la loi.
Le 1" germinal (21 mars), commencèrent les débats du procès des hébertistes. Vingt accusés comparurent devant le tribunal. C'étaient : Ronsin, Hébert, Vincent, Momoro, Ducroquet, Laumur, Mazuel, Ancart, Leclerc, Descombe, tous fonctionnaires publics, le banquier Kock, chez qui se réunissait d'ordinaire, à Passy, la faction des enragés, le médecin Laboureau, la femme du général Quétineau, Bourgeois, Péreyra, Desfieux, Proly, Dubuisson, Armand etenfin AnacharsisCloots, député àlaConventîon. Le procès se prolongea jusqu'au 4. Tousles accusés furent condamnés à mort, à l'exception de Laboureau, contre lequel aucune
;Procès
et mort
des
liébortistes.
49f8 HISTOIRE DE LA fiÉTOLUTION
«■BMiKAL charge suffisante n'avait été relevée. Quant à la femme ▲N II Quétineau, dont le mari avait été exécuté peu de jours au-
^^iiû\^^ paravant, elle obtint un sursis, s'étant déclarée enceinte, et échappa aux conséquences de sa condamnation. Le jour même, vers cinq heures, eut lieu l'exécution des hébertistes. Ce fut une véritable fête pour le parti de la réaction, auquel le bourreau Sanson donna une petite récréation en suspendant trois fois sur la tête du malheureux Hébert le couperet sanglant, avant de le laisser tomber.
Si funeste qu'ait été à la Révolution la faction des hébertistes, leur mort n'en fut pas moins une faute immense. A l'allégresse indécente qu'en manifestèrent les royalistes, il fut facile de deviner de quelle force considérable on avait diminué l'élément révolutionnaire. Il eût fallu mettre les enragés hors d'état de nuire, sans les tuer. Ce ne furent pas seulement les royalistes qui se réjouirent, ce furent aussi les dantonistes. Ces derniers allaiont bientôt payer chèrement leur joie cruelle. Et ce ne fut pas, hélas 1 une des moins désastreuses conséquences de la chute des enragés que d'entraîner fatalement celle de Danton et de ses amis.