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pas sans donner prise aux soupçons. Ses relations fort intimes avec Mirabeau, avec le duc d'Orléans, avec Dumouriez» certaines circonstances de sa mission en Belgique, le cynisme de ses propos, pouvaient à coup sûr prêter matière aux interprétations les plus fâcheuses. Robespierre finit par croire à la corruption de son vieux compagnon d*armes dans la carrière de la Révolution^ et il labandonna. Aujourd'hui encore, en présence d'accusations persistantes, émanées de quelques-uns des admirateurs mêmes du redoutable ministre de Septembre, et malgré des défenses passionnées, beaucoup de personnes ont toutes les peines du monde à ajouter foi à Tentière probité politique de Danton. Quoi qu'il en soit, du jour où Robespierre le crut coupable, il ne. garda plus aucun ménagement à son égard; il consentit même à expliquer, devant la Convention, la grave résolution des comités, et dans l'immolation d'une amitié ancienne il ne vit qu'un sacrifice de plus à la patrie.
Ce fui Legendre qui, le li germinal (31 mars), apprit à l'Assemblée l'arrestation de Danton et de ses trois col- des lègues. Il demanda qu'ils fussent traduits à la barre, et dantonistes. jugés par la Convention elle-même. Dans une improvisation foudroyante et d'une sinistre éloquence, Robespierre revendiqua pour tous le droit commun. Point de privilèges, point d'idoles! L'Assemblée éclata en bruyants applaudissements, et Legendre se rétracta piteusement. Barère vint ensuite, qui renchérit sur les paroles de Robespierre, et, en réponse à une accusation de dictature lancée contre les comitésy rappela que leur autorité était amovible tous les mois, tous les jours, toutes les minutes. Après lui, parut Saint-Just. Au nom des comités, il traça l'historique de la prétendue conspiration dans un rapport hyperbolique, plein de beautés étincelantes, d'aphorismes ingénieux, et hélas! d'appréciations souverainement injustes et démons* tmenses erreurs. Il confondit pêle-mêle Danton, Fabre d'figlantine. Chabot, Lacroix, Hérault, Camille et Philip-
procès
et mort
peaux, et les accusa d'avoir,de complicité avec d'Orléans et Dumouriez, trempé dans un complot tendant à l'anéantissement du gouvernement républicain. De tous les accusés dont il entretint l'Assemblée, s'il en est un pour lequd il témoigna quelque modération, ce fut certainement Camille Desmoulins qui pourtant l'avait attaqué cruellement. En ce qui concernait Danton, il se contenta de revêtir de son style âpre et tranchant quelques notes manuscrites de Robespierre sur ce personnage. Conformément aux conclusions de son rapport, l'Assemblée décréta d'accusation Camille Desmoulins Hérault-Séchelles, Danton, Philippeaux et Lacroix, comme complices de d'Orléans et de Dumouriez, et ordonna qu'ils seraient mis en jugement avec Fabre d'Églantine.
Danton, averti à temps, s'était imaginé qu'on n'oserait point porter la main sur lui. Il n'avait pas voulu fuir. «On n'emporte pas, disait-il, la patrie à Ja semelle de ses souliers. » S'il faut en croire les légendes du temps, il prit assez gaiement son parti. Moins philosophe se montra Camille. Il écrivit à sa femme des lettres désespérées et navrantes, dont la lecture, encore aujourd'hui, nous déchire le cœur. Pauvre Camille! pouvons-nous oublier, malgré ses erreurs et ses fautes, que le premier, dans la FrasuK libre, il a préconisé l'établissement de la République dans notre pays! Les débats du procès s'ouvrirent le 13 germinal (2 avril), et durèrent quatre jours. Sur les mêmes bancs que Danton, Camille, Hérault, Philippeaux, Lacroix et Westermann, accusé comme eux de complicité avec Dumouriez, se trouvaient assis Chabot, Bazire, Fabre et Delaunay (d'Angers), prévenus de faux public, et les frères Frey, l'ex-abbé d'Ëspagnac, devenu fournisseur des armées de la République, l'Espagnol Guzman, le Danois Deiderichsen, et l'ex-procureur syndic du département, Lulier, compromis les uns et les autres dans le tripotage financier à Toccasion duquel le faux avait été commis. Aussi les premiers
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se récrièrent ënergiquement, et se plaignirent avec amertume d'être accolés à des fripons. Rien d'émouvant comme ce procès, dont il ne nous est malhenreusement pas possible de dérouler les péripéties dramatiques. Disons* seulement qu'une accablante déposition de Cambon, relative à l'altération du décret de l'Assemblée, eut une influence fatale sur le sort de la plupart des accusés. Danton, à qui ce chef d accusation était d'ailleurs complètement étranger, se dé* fendit avec une animation extraordinaire. Il parla sans les nommer a des trois coquins » qui avaient perdu Robespierre, c'est-à-dire qui avaient déterminé celui-ci à l'abandonner, lui Danton. Deux de ceux auxquels il faisait allusion étaient à coup sûrBillaud-Varenne etBarère. La voix paissante de Danton s'entendait jusque sur les quais. Ses coaccusés et lui demandèrent instamment, le 14 etle 15, l'audition de sei^e membres de la Convention comme témoins à décharge. L'auditoire était visiblement ému. Herman et Fouquier-Tinville écrivirent à la Convention qu'un orage terrible grondait, et ils réclamèrent un décret de l'Assemblée comme le seul moyen de calmer l'agitation.
Ea même temps, par une étrange fatalité, un mouvement en faveur des accusés se prononçait dans les prisons, et notamment au Luxembourg où le général Arthur Dillon, Tami et le commensal de Camille Desmoulins, se flatta de déterminer le peuple, au moyen de quelques sommes d'argent adroitement distribuées, à se porter sur le tribunal révolutionnaire et à délivrer Camille et ses compagnons d'infortune. Malheureusement le général eut l'imprudence de s'ouvrir de ses projets à un détenu nommé Laflotte, ancien ministre de la République à Florence, et de remettre en sa présence au guichetier Lambert une lettre pour Lucile Desmoulins, à la disposition de laquelle il avouait avoir mijs trois mille livres a pour envoyer du monde autour du tribunal. » Laflotte n*eut rien de plus pressé que d'avertir les comités de Salut public et de Su-
reté générale. Cette dénonciation fut aussitôt communiquée par Billaud^Yarenne à la Convention, qui, sur un court rapport de Saint-Just, décréta que l'instruction relative à la conspiration de Lacroix, Danton et autres serait continuée sans désemparer, et que tout prévenu qui résisterait ou insulterait à la justice nationale serait mis hors des débats sur-le-champ. L'instruction se continua en effet le 16 germinal (5 avril). Mais ce jour-là, les jurés s'étant déclarés suffisamment instruits, les débats furent clos. Sur le verdict affirmatif du jury, qui distingua d'ailleurs entre Lacroix, Danton, Camille, Hérault, Westermann et Philippeaux, d'une part, et les autres accusés d'autre part, tous les prévenus furent condamnés à mort, à l'exception de Lulier, qui futdéclarénon coupable. Leur exécution eut lieu le jour même, sur la place de la Révolution. S'il faat en croire une légende du temps, Danton aurait dit au bourreau : a Quand tu auras coupé ma tête, montre-la au peuple, il est bien digne d'un tel spectacle, d Ces paroles ont-elles été prononcées? cela est fort douteux; dans tous les cas elles ne sont pas justes. Le peuple n'était pour rien dans cette affaire. Il crut seulement à la culpabilité de Danton, et voilà pourquoi il ne songea pas un seul instant à prendre fait et cause pour lui.
L'immolation de Danton et de Camille Desmoulins, dont la Convention tout entière est comptable devant l'histoire, fut à la fois un crime et une faute immense. Toutefois, il faut le dire, l'effet immédiat de cette sanglante tragédie fut de faire rentrer sous terre la contre-révolution. L'idée républicaine,, loin de s'affaiblir, éclata plus rayonnante que jamais, et se manifesta sous toutes les formes. Le lende- Suppression main de l'arrestation des dantonistes, la Convention, sur un rapport de Carnot, avait supprimé l'institution monarchiqqe des ministères, et l'avait remplacée par l'établissement de douze commissions, dites : des administration civile, police et tribunaux ; de l'instruction publique ; de
de> ministères.