CHAPITRE TREIZIÈME
posa à l'adoption de la Convention, par la voix de Barère, une série de décrets tendant à extirper la mendicité de la surface du pays et à secourir tous les indigents incapables de travailler. Ces décrets, pour n'avoir pas été exécutés, — grâce surtout au 9 thermidor — n'en honorent pas moins ceux qui les ont conçus.
C'était là en quelque sorte une halte, un rafraîchissement dans le cercle de feu où le comité de Salut public était condamné à se mouvoir par la situation la plus formidable dans laquelle se soit jamais trouvé un peuple. Mais bientôt une nécessité fatale le contraignait de se replonger dans la fournaise. Le l** floréal (20 avril) il obtenait de la Convention, sur un rapport de Billaud-Varenne, un décret solennel par lequel l'Assemblée déclara fièrement qu'appuyée sur les vertus du peuple français, elle ferait triompher la République démocratique et punirait sans pitié tous ses ennemis. Sans pitié, en effet, se montra Nécrologie la Révolution, comme aussi l'on était sans pitié pour elle. Ce mois de floréal vit tomber, entre autres victimes: l'ancien parlementaire d'Épréménîl ; Le' Chapelier, qui avait rédigé le décret d'abolition de la noblesse; Thouret, le dernier président de l'Assemblée constituante; Malesherbes, que ne sauva pas le souvenir de l'amitié de Rousseau ; l'illustre Lavoisier, coupable d'avoir appartenu à cette corporation des fermiers généraux, dont le député Dupin dévoila, dans un rapport foudroyant, les brigandages atroces, et madame Elisabeth, que les efforts de Robespierre furent impuissants à arracher au bourreau.
Vainement, en effet, Robespierre s'efforçait de demander que l'on distinguât des vrais coupables ceux qui n'étaient qu'égarés, que l'on ne confondît pas Terreur avec le crime, et que Ton ne punît pas de vieux préjugés ou des opinions anciennes. La guerre insensée dirigée contre la liberté de conscience avait multiplié le nombre des suspects. De toutes parts on se plaignait au comité de Salut public des abus
Rapport sur les lêtcs nationales.
scandaleux commisau nom de laraison, insultée chaque jour par ses prétendus serviteurs. Ce fut, comme nous l'avons dit ailleurs, pour parer à une désaffection qui menaçait de devenir générale, pour remettre un peu de sérénité dans les âmes et déjouer la conspiration des consciences, que Robespierre composa le .superbe discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains, dont, au nom du comité de Salut public, il vint, le 18 floréal (7 mai), donner lecture à la Convention. En fait d'opinion religieuse Robespierre était aussi philosophe que pas un. On n'est pas philosophe parce que l'on est athée ou déiste : on Test seulement quand on s'incline devant la liberté de conscience. L'idée de Dieu et de l'immortalité de Tâme semblait à Robespierre un rappel continuel à la justice ; voilà pourquoi il la trouvait sociale et républicaine, car la vertu à ses yeux était l'essence de la République, comme l'immoralité la base du despotisme. Avec quelle énergique éloquence il dépeignit les misérables, avides d'or et de domination, pour qui la liberté était T indépendance du crimci la Révolution un trafic, la patrie une proie ! C'était le portrait anticipé des thermidoriens. Jamais personne non plus ne flétrit avec plus d'indignation que lui toutes les superstitions intéressées, les tartufes de religion et les prêtres ambitieux qui, d'accord avec les rois et les puissants de la terre, avaient spéculé sur Dieu pour se partager les dépouilles du monde et assurer leur domination sur les hommes. Reconuais- A la voix de Robespierre, la Convention nationale désance de l'Être créta, au milieu d'un enthousiasme indescriptible et suprême, d'applaudissements prolongés, que le peuple français reconnaissait l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme. Le culte de l'Être suprême, elle le faisait consister uniquement dans la pratique des devoirs de l'homme, au premier rang desquels elle mettait celui de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres.