‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 174 sur 226 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

la seule qui convienne à ton désintéressement, » lui écrivait le député Faure, un des soixante- treize Girondins sauvés par lui.

Quatre jours, après avait lieu la fête de l'Être suprême. Fête de rÊtre C'était le 20 prairial (8 juin). Ordonnée par David, le peintre luprêmo. immortel, cette fête fut d'une magnificence inouïe et laissa dans presque tous les cœurs une forte impression de calme, d'espérance et de bonheur. La Convention en corps, ayant son président à sa tête , descendit dans le jardin des Tuileries où, après avoir vu incendier un groupe allégori-: que représentant rÉgoïsme,r Ambition, la Discorde et TAthéismcj-et écouté quelques nobles paroles de Robespierre, elle serenditau Champ de Mars. Là s élevait une montagne factice, du sommet de laquelle TAssemblée entendit des chants patriotiques composés pour la circonstance, et notamment un hymne de Chéuier à TËtre suprême, hymne auquel Gossec avait adapté une musique harmonieuse et savante. Chemin faisant, les représentants du peuple avaient été accueillis par les acclamations affectueuses et enthousiastes de la foule. Le président fut particulièrement fêté, ce qui excita les fureurs des quelques misérables auquels Robespierre aurait voulu que la Convention demandât compte du sang qu'ils avaient inutilement répandu et des rapines qu'ils avaient exercées, a Voyez-vous comme on Tapplaudit?» disaient-ils, en allant de rangen rang pour semer les soupçons contre lui. L'un d'eux se fit surtout remarquer par l'indécence et la grossièreté de ses sarcasmes, ce fut Bourdon (de l'Oise). Ce jour-là, Rol^espierre put juger delà rage de ses ennemis. Quand il fut rentré au milieu de ses hôtes, il leur dit d'un accent convaincu : « Vous ne me verrez plus longtemps. » Mais sous les poigîiards de l'aristocratie et les embûches de tous ceux qui ne voyaient dans la Révolution qu'un trafic, il ne s'en disposa pas moins à continuer de combattre les tyrans et les crimes, et à s'efforcer de rappeler au milieu de nous, comme il le

Jourdan Coupc-Têtc.

La

commission d*Orange.

demandait dans son discours du 7 prairial, la liberté et la justice exilées.

Certes, il eût été beau de marquer cette fête de l'Être suprême par un acte éclatant de clémence, et de profiter de cette heure de sérénité et d'oubli pour couper court à des sévérités terribles. Mais le pouvait-on sans danger, quand la contre-révolution armée jusqu'aux dents faisait flèche de tout bois? quand une foule de coquins sans entrailles se ruaient à la curée des biens nationaux, et n'hésitaient pas, pour en déprécier la valeur, à se coaliser avec toute la valetaille de l'ancien régime? Il fallait seulement, comme ne cessait de le réclamer Robespierre, éviter de confondre le crime avec l'erreur, ne pas tourner contre le peuple une arme destinée à le protéger contre ses ennemis, et surtout réprimer énergiquement quiconque userait de moyens révolutionnaires dans un intérêt personnel et vexerait* des citoyens inoffensifs. Pour de pareils faits, le comité de Salut public n'avait pas hésité à frapper Euloge Schneider; il n'hésita pas davantage à renvoyer devant le tribunal révolutionnaire un grand ami du député Rovère, nommé Jourdan, qui aux journées de Versailles avait gagné le surnom de Coupe-Tête. Retiré depuis dans le département de Vaucluse, où il était parvenu à se faire nommer chef d'escadron de gendarmerie, ce misérable y avait commis toutes les infamies, et, de connivence avec son digne ami Rovère, s'y était livré aux plus criminelles spéculations. Il fut condamné à mort pour avoir dilapidé les biens nationaux en s'en procurant, par l'intrigue et par la terreur, l'adjudication à vil prix.

Jourdan Coupe-Tête avait été dénoncé par le représentant Maignet, le même qui, peu de mois auparavant, s'était si vivement plaint des excès commis à Marseille par Barras et Fréron. Commissaire dans le département de Vaucluse, où le pai'ti papal était encore puissant et que prêtres réfractaires et nobles agitaient audacieusement, Maignet,

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