‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 176 sur 226 · CHAPITRE TREIZIÈME 46i · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME 46i

union fatale qui devait aboutir à la catastrophe sanglante de Thermidor? C'est ce qu'il convient d'examiner brièvement. L'instrument le plus actif de cette désunion fut riiorribleFouchéjle proconsul de Lyon. Par son complice CoUot-d'Herbois il parvint à influencer les membres du comité de Salut public, dans lesmainsdesquelsétait concentré l'exercice du pouvoir, et surtout certains membres du comité de Sûreté générale qui ne pardonnaient pas à Robespierre de vouloir abattre la Terreur au profit de la justice et de l'humanité. Fouché avait eu d'anciennes relations avec Robespierre. Il avait été même question d'un mariage entre lui et la sœur de Maximilien, Charlotte. Mais lurs de son retour de Lyon il eut avec Robespierre une entrevue dans laquelle Maximilien lui reprocha énergiquement sa conduite, et à partir de ce jour toutes relations cessèrent entre eux. Maximilien se promit même de lui faire demander un compte sévère de ses faits et gestes. Il l'attaqua une première fois aux Jacobins, à la séance du 23 prairial [il juin), séance dans laquelle il déclara que la première des vertus républicaines était de veiller sur l'innocence. Se sçntant menacé, Fouché recruta les membres les plus tarés et les plus discrédités de la Convention, Tallien, Rovère, Courtois, Carrier, Guffroy, Bourdon (de l'Oise) et Léonard Bourdon , auxquels s'adjoignirent quelques-uns des anciens amis de Danton, comme Thuriot, Legendre, Fréron, Lecointreet Garnier(de l'Aube). Ceuxci auraient voulu qu'on attaquât le comité en masse; mais on leur démontra qu'il serait beaucoup plus facile d'en avoir raison en isolant ses membres les uns des autres, et l'on convint dès lors de s'en prendre à Robespierre seul. La tactique des conjurés fut celle-ci : on s'attacha à multiplier les actes d'oppression et le nombre des exécutions, à trouver partout des coupables, à semer la terreur dans toutes les conditions, et à présenter Robespierre comme le suprême ordonnateur de tout ce qui se

faisait. Pour détacher de lui ses collègues les plus influents on dressa, comme son œuvre, des listes de proscription, sur lesquelles on inscrivit les noms des principaux membres du comité de Sûreté générale, et Fouchése chargea d'endoctriner Billaud-Varenne, et Camot, qu'il savait fort envieux de l'immense popularité de Robespierre. On allait partout, débitant contre lui calomnies sur calomnies. On disait aux nobles : C'est lui seul qui vous a proscrits; aux patriotes : Il veut sauver les nobles. On le montrait aux prêtres comme leur persécuteur, aux fanatiques comme le destructeur de la religion, et à tous les innocents, à tous les citoyens persécutés dont il prenait en' vain la défense, on disait : Votre sort dépend dé lui seul . Jamais la calomnie ne fut si savante. Les Girondins se trouvaient dépassés. Et, pour assurer à leur œuvre infernale une durée dans l'avenir, les thermidoriens ne trouvèrent rien de mieux que de l'étayer de faux matériels que, par bonheur pour la vérité, nous avons pu dévoiler après soixante-dix ans ^

Affaire ^^ ^^ prairial (14 juin), un membre du comité du Sûreté

des chemises générale, Élie Lacoste, vint présenter à la Convention un

rouges. rapport sur la conjvration de l'étranger^ dans lequel, — effroyable amalgame! — se trouvaient confondus une foule d'accusés qui ne s'étaient jamais vus, les uns véritablement coupables, les autres tout à fait innocents. Là figuraient, à côté d'un Montmorency, d'un Rohan et d'un Sombreufl, l'actrice Grandmaison, l'épicier Cortey et l'ancien administrateur de police Michonis, convaincus tous deux de complicité dans les machinations du baron de Batz, l'insaisissable conspirateur, madame de Saint-Amaranthe, dont la demeure, maison de jeu et de plaisir, était devenue un foyer d'intrigues, l'assassin de CoUot-d'Herbois, Ladmiral , enfin, la jeune Cécile Renault, qui avait voulu attenter aux jours

1. Au sujet des faux matériels commis par les thermidoriens, vo^'ez notre Histoire de Robespierre j t. III.

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