CHAPITRE TREIZIÈME
de Robespierre, et dont le père, une tante et un frère furent après coup impliqués dans l'affaire. Trois jours après la lecture du rapport d'Élie Lacoste, cinquante-quatre accusés furent livrés au tribunal révolutionnaire et condamnés à mort en une seule audience. Le comité de Sûreté générale «ut-il rintentionde faire peser sur Robespierre laresponaa* billté de cette exécution, à laquelle Maximilien était aussi étranger que possible? On pourrait le croire, si Ton songe que, pour la circonstance, il ordonna que tous les condamnés fussent menés au supplice vêtus d*une chemise rouge, costume des parricides, et que dans les groupes on ne devait pas manquer de se dire : Voilà bien des malheureux immolés pour Robespierre. Quoi qu'il en soit, il ne suffisait pas de le rendre odieux, il fallait encore le rendre ridicule, ce qui est'comme on sait la meilleure manière de tuer un homme dans notre pays. Voici comment on s'y prit.
Le comité de Sûreté générale avait fait arrêter depuis peu, par un de ses mouchards nommé Senar, une vieille femme du nom de Catherine Théot, chez qui se réunissaient un certain nombre d'illuminés, parmi lesquels on comptait l'ex-chartreuxdom Gerle, cet ancien constituant à qui Robespierre avait fait obtenir un certificat de civisme. Catherine était une adoratrice fervente de TEtre sui»*éme, et l'on prétendait avoir trouvé dans ses matelas une lettre où elle appelait Robespierre son disciple chérr. Quril^ excellente occasion de rire aux dépens du grand patriote ! On ne la laissa point passer. Le 27 prairial (15 juin), le vieux Vadier parut à la tribune, et il s'efforça de transformer en conspiration contre la République les momeries et les pratiques auxquelles on se livrait chez la vieille Catherine, dont, par une substitution ingénieuse, il changea le nom de Théot, en celui de Théos^ qui en grec signifie Diea. Robespierre n'était point nonimé dans son rapport; mais l'allusion perfide ^y perçait çà et là, et les rires des conjurés apprenaient à Torateur qu'il avait été compris. La
Affaire
de Catherine
Théot.
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Conventiott crut devoir, conformément aux conclusions de Vadier, renvoyer Catherine Théot, dora Gerle, une veuve Godefroy et la ci-devant marquise de Chastenois, devant le tribunal révolutionnaire, comme coupables de coaspiration contre la République. C'était absurde et féroce. Robespierre s*épuisa en efforts au comité pour sauver les vio times de Vadier. Après une scène violente, il parvint à démontrer à ses collègues combien il serait monstrueux de livrer au tribunal, à Téchafaud peut-être, quelques illuminés complètement étrangers aux passions politiques, et Fouquier-Tinville reçut Tordre de suspendre l'affaire. Ce fut la dernière victoire de Robespierre sur les enragés. On a cru jusqu'ici que, durant les quarante jours qui ont précédé le 9 thermidor, Robespierre avait complètement déserté le comité. Telle est du moins la signification qu'on a attribuée à ses paroles du 8 thermidor, où il déclare que depuis six semaines il s'est dépouillé volontairement de sa part de dictature, et c'est ce qu'ont plus tard prétendu ses anciens collègues, pour expliquer l'absence de sa signature au bas des actes les plus oppressifs. La vé* rite est que jusqu'au dernier jour il parut au comité *. Seulement, ne pouvant y faire triompher sa politique, il refusa de prendre part à la plupart des délibérations, et de les sanctionner de sa signature. Il avait été momentanément chargé, en l'absence d'un de ses collègues, de la surveillance d'un bureau de police générale faiblement organisé dans le sein même du comité de Salut public; sa courte administration s'était bornée à l'arrestation de quelques contre-révolutionnaires connus, et à la mise en liberté d'une foule de détenus injustement incarcérés. C'est Billaud-Varenne lui-même qui a bien voulu nous apprendre quBf par uneclémence momentanée, Robespierre avait dénaturé les attributions de ce bureau. Une épouvantable recrudes-
1. YojGT., à cet égard, notre Hiitoirede Robeipierrê^ t. III, liv. xiv.