CHAPITRE TREIZIÈMB
mort contre quiconque profanerait le nom de Dieu. Attentif à tout ce qui pouvait déconsidérer la République, il s'éleva aux Jacobins, comme Payan à la Commune et Barère à la Convention, contre des repas en commun organisés dans les rues et sur les places publiques, repas où Ton forçait tous les citoyens de se rendre, et dont les contrerévolutionnaires se faisaient à la fois un amusement et un moyen de combattre Tesprit républicain. Ces agapes prétendues fraternelles ne tardèrent pas à disparaître, comme jadis avait disparu le bonnet rouge, dont tant de royalistes se couvraient pour combattre plus à leur aise la Révolution. Nous sommes à la veille des scènes du 9 thermidor; mais avant de tracer le récit de cette fatale catastrophe, il convient de dire où en étaient à cette époque nos affaires extérieures.
Depuis les derniers engagements sur nos frontières, le comité de Salut public avait porté à treize le nombre de nos armées, et nous avions près de douze cent mille soldats sous les armes. La campagne de 1794 s'ouvrit sous les auspices les plus favorables. A l'époque où nous touchons, la République triomphait sur presque tous les points. Au midi les Espagnols étaient repoussés au delà de la Bidassoa; CoUioure, le fort Saint-Elme, Port-Vendres étaient repris, et nos troupes bivaquaient en Catalogne, où Tennemi avait essuyé une sanglante défaite. Aux Alpes, les redoutes du mont Valaisan, celles du petit Saint- Bernard et l'importante position de la Tuile tombèrent en notre pouvoir. L'armée d'Italie, commandée par le général Dumerbion, sous lequel servaient Masséna et Bonaparte, enleva les redoutes de Rivet et de la Raomasse, occupa tous les passages du mont Cenis et étendit sa ligne depuis les sommets du Saint-Bernard jusqu'aux portes de Finale et de Savone. Non moins brillants furent les succès des armées de la Moselle et du Rhin, où, sous les ordres du général Michaud, commencèrent à s'illustrer les généraux
Les repas civiques.
Affaires extérieure:
Bataille navale.
Campagne dans
le Nord
Desaix et Saînt-Cyr. Battu à Hochstedt, a Heimbach et à Fraischbach, Tennemi évacua Kaiserslauterû et Creutznach, et à la fin de messidor nous étions maîtres de tout le pays depuis le Rhin, à la hauteur de Mannheim, jusqu'à Winweiller. Et ce n'était pas seulement sur terre que la République s'affirmait par le dévouement de ses enfants ; nos marins aussi, guidés par des officiers improvisés, contribuaient à la consolider, et, pour être moins heureux que nos soldats, ne s'en montraient pas moins héroïques. En prairial avait été livrée, aux portes de Brest, entre la flotte anglaise, sous les ordres de l'amiral Howe, et la nôtre, que commandait Villaret Joyeuse, une bataille où nous eûmes le dessous, mais où la gloire des vaincus ne le céda en rien à celle des vainqueurs. Là s'illustra Jean-Bon Saint- André qui, monté sur le vaisseau amiral, donna le signal du combat. Là sombra, après une lutte désespérée, le glorieux vaisseau le Vengeur^ dont l'équipage presque tout entier, pénétré d'un sombre et sublime enthousiasme, s'engloutit dans l'abîme aux cris de Vive la République! et dont la Convention ordonna de suspendre l'image aux voûtes du Panthéon.
Mais ce fut surtout dans le Nord qu'eurent lieu nos succès les plus brillants et les plus décisifs. Au milieu de germinal, c'est-à-dire vers les premiers jours d'avril, plus de deux cent mille ennemis. Anglais, Hollandais et Autrichiens, se trouvaient concentrés entre la Sambre et l'Escaut. Les coalisés occupaient Condé, Valenciennes, le Quesnoy et plusieurs autres parties du territoire français. Le 10 floréal (29 avril} Pichegru battait le général Clairfayt sous les murs de Menin, et le lendemain il pénétrait dans la ville. Malheureusement cet avantage était tristement compensé le même jour par la perte de Landrecies, dont les Autrichiens s'étaient emparés après un efi'royable bombardement.
A ce moment arrivaient Saint-Just et Le Bas. Des ma-