CHAPITRE TREIZIÈME
publique, de revenir à des idées plus justes, à des mesures plus sages. C'est d eux-mêmes que nous tenons ce précieux aveu. Il s'efforçait par là, prétendent-ils, de paralyser leurs mesures et de refroidir leur zèle. Un déchirement était imminent. Les rancunes de Carnotne contribuèrent pas peu à le provoquer. Robespierre lui reprochait de persécuter les généraux patriotes Hoche — , par exemple ; — Saiat-Just,de ne pas assez tenir compte, pour les opérations militaires, des observations que lui adressaient les représentants en mission aux armées. Il y eut un jour entre eux une violente discussionà ce sujet, et Saint-Just écrivit, dans;5on discours du 9 thermidor : « Il n'y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent, et il n'y a que ceux qui sont puissants qui en profitent. » Paroles assurément bien vraies, et que Carnot ne pardonna jamais à la mémoire de son jeune collègue, Billaud-Varenne et Barère, qui déplorèrent si amèrement plus tard leur coopération à la catastrophe de Thermidor, CoUot-d'Herbois lui-même, hésitèrent longtemps avant de livrer Robespierre aux hommes de proie, comme si un secret pressentiment les eût avertis qu'en l'abandonnant ils allaient frapper la République d'un coup mortel. C'était l'opinion des véritables patriotes. Un conventionnel, alors en mission. Ingrand, étant venu à Paris vers cette époque, apprit de Ruamps les trames ourdies contre le grand tribun ; il refusa d'y tremper, en déclarant qu'une attaque contre Robespierre, si elle était suivie de succès, entraînerait infailliblement la perte de la Répu^ blique, et il repartit le cœur gros d'inquiétudes. Billaud- \'arenne aussi semblait plein de perplexité. Absent, il traitait Robespierre de Pisistrate; présent, il l'appelait son ami, et il lui rappelait qu'ils avaient toujours marché de concert. Des tentatives de rapprochement eurent lieu. Il y eut au comité le 4 thermidor (^2 juillet) une réunion dans laquelle Saint-Justfutchargé de rédiger un rapport sur lasituation. Le lendemain, nouvelles explications. Saint-Just donna
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nn II •
[Juiiht-Août) 1794).
à ses collègues un renseignement significatif, en les avertissant que les émigrés étaient instruits du projet des conjurés de faire, en cas de réussite, contraster la rigueur actuellement déployée contre les traîtres avec une extrême indulgence. Il y avait certes là de' quoi leur inspirer de salutaires réflexions.
Mesures Cependant on avait appris, non sans étonnement, anx
diverses. Jacobins, qu'un certain nombre de compagnies de canonniers avaient reçu Tordre de quitter Paris, que du canon de gros calibre avait été envoyé aux trois mille jeunes gens de l'école de Mars, récemment organisée pour former des soldats républicains, et qu'il avait été enjointà tous les citoyens de déposer aux comités de leurs sections respectives toutes les armes autres que celles affectées au service public. Que signifiaient l'éloignéraent de troupes composées de patriotes ardents, et cette méfiance à l'égard du peuple? Il y avait dans l'air cette inquiétude vague qui présage de grands événements . Dans la séance du 6 thermii dor (24 juillet), aux Jacobins, Couthon dénonça les manœu-
I vres employées pour jeter la division dans la Convention,
j dans les comités de Salut public et de SÉLreté générale. Il
j stigmatisa les « cinq ou six » conventionnels, dont les
[ mains, dit-il, étaient pleines des richesses de la Républi-
j que et dégouttantes du sang des innocents qu'ils avaient
I immolés.Robespierre, de son côté, s'éleva avec une grande
\ énergie contre les provocateurs d'insurrection et ceux qui,
\ par leurs paroles, poussaient le peuple ,à un 31 mai. Le
! lendemain la société adressait à la Convention une péti-
j • tioti toute remplie de ses appréhensions, et qui d'un bout
I à l'autre respirait pour l'Assemblée le plus absolu dévoue-
I ment.
Éloge Ce jour-là, 7 thermidor (25 juillet), Barère traçait encore
, ^® un pompeux éloge de Robespierre, dont ilrapelaitla répu-
tation patriotique, « méritée par cinq années de travaux et . par ses principes imperturbables d'indépendance et de