CHAPITRE TREI7.IÊME
liberté. » La scission n'était donc pas encore complète au comité. Une seule chose allait déterminer Robespierre à la provoquer publiquement, c'était le refus de ses collègues d'enrayer la Terreur, qui suivait toujours sa marche ascensionnelle. La veJlle avait été pris, sans sa participation, un arrêté qui organisait , en vertu d'un décret du 13 ventôse (3 mars), quatre commissions populaires chargées de juger tous les détenus dans les prisons départementales. Et chaque jour de lugubres charrettes continuaient de se rendre à la place du Trône, où, depuis laffaire des chemises rouges, on avait transporté Téchafaud. Là André Chénier et Roucher venaient d'expier cruellement Mort d'André leurs longues diatribes contre la Révolution. Que Tobsti- ciiénier. nation des comités à refuser d'arrêter « Teffusion du sang humain versé par le crime » ait été la cause du déchirement suprême, c'est ce que met hors de doute ce reproche jeté par Barère à la tète de Robespierre, d'avoir voulu « arrêter le cours terrible, majestueux de la Révolution. » Dans cette occurrence, et entre ses ennemis et lui, Robespierre résolut de prendre la Convention pour juge. Mais tandis que les conjurés avaient recours aux plus vils moyens pour recruter partout des complices, il se tenait à
l'écart, et méditait un discours. Il avait du reste cette
sérénité d'esprit dont jouissent seules les consciences tranquilles. Souvent, par ces longues soirées d'été, il allait, avec la famille Duplay, se promener aux Champs-Elysées, du côté du jardin Marbœuf, suivi d'un grand chien danois, nommé Brouut, qu'il affectionnait beaucoup, et ayant au bras la fille ainée de son hôte, à laquelle il était fiancé.
Le bruit s'étant répandu que le 8 thermidor (26 juillet) dïscou»il devait parler à la Convention, où depuis plus de quatre tesument. décades on ne l'avait pas entendu, il y eut à la séance une affluence énorme. Il prit la parole au milieu d'un recueillement inusité, et, durant quatre heures, occupa la tri bune. Les bornes resserrées de cet ouvrage ne nous permettent
malheureusement pas de donner ici une idée bien exacte de ce magistral et solennel discours, un des plus beaux mo^ ceaux d'éloquence qui jamais soient tombés de la bouche d'un orateur. Après avoir tracé à grands traits l'historique de la Révolution, des passions iju'elle avait suscitées^ des conjurations auxquelles elle avait donné naissance et qui avaient nécessité des répressions sévères, il en vint à dépeindre les persécutions dirigées contre lui par certains membres dont il avait dénoncé les actes oppressifs et sanguinaires. Il montra les arrestations injustes prodiguées par des agents impurs, le désespoir jeté dans les familles, les prêtres et les nobles épouvantés par des motions concertées, les représentants du peuple efifrayés par des listes de proscription imaginaires, a Est-ce nous, s'écria-t-il, qui avons plongé dans les cachots les patriotes, et porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce noas qui, oubliant les crimes de l'aristocratie, et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes ou des préjugés incurables ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables, et rendre la Révolution redoutable au peuple même? Ce senties monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions anciennes, fruit de Tobsession des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale et demandé dans les sociétés populaires les têtes de six cents représentants du peuple ? Ce sont les monstres que nous avons accusés. »
Ces monstres, qui étaient-ils et combien étaient-ils ? Cinq ou six, comme l'avait dit précédemment Couthon, et comme Saint-Just devait le répéter dans son discours du' lendemain. C'étaient évidemment Fouché, Tallien, Rovère, Carrier, Bourdon (de l'Oise), peut-être Maribon-Montaut, Barras, Fréron ouJavogues,dont Couthon avait hautement flétri les cruautés. Le tort de Robespierre, son tort im*