‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 185 sur 226 · CHAPITRE TRBIZIÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRBIZIÈUE

tnense, fut de ne point les nommer. En laissant planer ainsi un vague fatal, il s'aliéna tous ceux qui avaient quel- -que chose à se reprocher. Mais, comme il Ta dit lui-même, il ne venait intenter aucune accusation particulière. Ce tait à la Convention d'agir d'elle-même.

Il protesta d'ailleurs,' en termes touchants, de son respect sans bornes pour l'Assemblée. Le patriotisme, à ses yeux, n'était pas une affaire de parti, mais une affaire de cœur, et ne consistait pas dans Tinsolence, ou dans une fougue passagère ne respectant ni principes, ni bon sens, ni morale, a Le cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons, •dit-il, je crois à la nécessité d'appeler surtout la probité et tous les sentiments généreux au secours de la République. Je sens que partout où l'on rencontre un homme de bien, -en quelque lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. » Après s'être attaché à pulvériser cette ridicule accusation de dictature renouvelée des •Girondins, et que les conjurés colportaient partout contre lui, il conclut en engageant la Convention à punir les traîtres, à renouveler les bureaux du comité de Sûreté générale, où affluaient ces agents impurs qui prodiguaient les arrestations injustes, à régénérer les comités de Sûreté générale et de Salut public, et à constituer sous son autorité suprême toute l'autorité du gouvernement.

Immense fut la sensation produite par ce magnifique discours. L'Assemblée éclata en applaudissements, et, dans «n premier moment d'enthousiasme, elle en vota l'impression et l'envoi à toutes les communes. Mais coup sur coup se produisirent aussitôt des réclamations passionnées. L'orateur avait très -justement, selon nous, <nritiqué certains actes de l'administration financière. Cambon irrité se jeta dans l'arène. Ce fut lui, surtout, à n'en point douter, qui détermina l'Assemblée à revenir sur sa décision, et, comme le demandaient les Billaud-Yarenne, les Vadier, les Amar et quelques autres, à renvoyer le

discours de Robespierre à Texamen des comités. Il ne se pardonna jamais cette faute. Plus tard, il se reprocha amèrement d'avoir, à son insu, servi les passions de quel- • ques scélérats, au 9 thermidor. «Que n*ai-je péri avec eux ce jour-là ! disait-il, la liberté vivrait encore. » Séance Robespierre sentit bien que le terrain se dérobait sous

des Jacobins- sespieds. Le soir, aux Jacobins, où pourtant il fut accueilli avec les démonstrations d'un dévouement inaltérable, il dit, sans forfanterie, après avoir donné lecture de son discours : « C'est mon testament de mort ; » et il recommanda tristement à ses amis de défendre sa mémoire. « Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi I » s'écria le peintre David, et, se jetant dans ses bras, il l'embrassa comme un frère. L'émotion de David se communiqua à toute l'assistance. Ce ne fut qu'un cri contre les persécuteurs du grand patriote calomnié. Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois, qui étaient là, furent contraints de se retirer honteusement. Ils sortirent, le cœur plein de rage, et brûlant de se venger.

Los partisans Robespierre avait pour lui, dans cette soirée du 8 ther- ^® midor, tout ce que Paris renfermait de véritables pa-

o espierro. |.j.j^jgg^ Vimmense majorité des sections, la Commune, les autorités constituées de la ville, et la garde nationale, dont le général commandant lui était dévoué jusqu'à la mort. Il eût pu, d'un mot, à n'en point douter, jeter le peuple sur la Convention, sauvegarder le droit parla force, s'emparer des pouvoirs et sauver dictatorialement la République. Il ne le voulut pas ; pour cela il était trop l'homme du droit strict, de la légalité absolue dans le sens le plus élevé du mot. Doué des vertus d'un sage législateur, il n'avait pas, comme disait Marat, l'audace d'un homme d'État ou plutôt des coups d'État. Sa mémoire en soit louée! Il était résolu à ne demander la victoire qu'à la raison, au bon sens, à la justice de sa cause, au patriotisme de ses collègues. Ce furent les seules armes qu'il se décida à em-

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