CHAPITRE TREIZIÈME
ployer au milieu de la Convention, Là il pouvait compter pour partisans tous les républicains convaincus et probes; contre lui> il avait un très-petit nombre de patriotes égarés qui ne voulaient pas entendre parler de refréner la Terreur, quelques anciens amis de Danton, tous ceux qui avaient une mauvaise conscience, tous ceux qui, suivant , son expression, s'étaient gorgés de sang et de f apines, tous les affamés de jouissances et de pouvoir. Ah! ceux-là ne reculaient pas, eux, devant un coup d*Ëtat et un guet ap^ns* Restait la masse flottante des députés de la droite et du centre, composée de royalistes déguisés et de républicains douteux, comme les Sieyès, les Boissy^d'Ânglas, les Dubois-Dubais et les Durand-Maillane. Circonvemis par les conjurés, ils hésitèrent longtemps avant de leur livrer Robespierre, car ils savaient bien qu'avec celui-ci étaient le bon sens, le droit, la morale et la justice; mais ils savaient bien aussi qu'en se rangeant du cùté de la vertu ils assuraientle triomphe de ladéniocratie, la victoire définitive de la République ; ils prirent parti pour le crime. Jamais, du reste, cette alliance impure ne fut parvenue à renverser Robespierre et ses amis, si, à leette époque, les membres les plus patriotes de la Convention ne s'étaient pas trouvés en mission aux armées et dans les départements. Le succès du guet-apens de Thermidor tint à l'absence d'une cinquantaine de républicains irréprochables.
Tandis que Robespierre allait dormir son dernier som- j. . meil, et que les conjurés se multipliaient et se répandaient du 8 au partout pour tourner contre lui les esprits incertains et ® tiiermidor. encore hésitants, le comité de Salut public était en séance. Saint-Just, Carnot, Robert Lindet, Barère et Prieur (de la Côte-d'Or) travaillaient silencieusement. Calme, impassible comme la statue du devoir, SaîntJust rédigeait son rapport pour la séance du lendemain, quand arrivèrent furieux, venant des Jacobins, Billaud-Varenne et Collotd'Herbois. Une scène de violence eut lieu alors. « Tu
prépares notre acte d'accusation, » dit brusquement CoUotd'Herbois à Saint-Just. Celui-ci protesta, se remit tranquillement à rœuvre, et se retira vers cinq heures du matin pour aller prendre un peu de repos. Restés entièrement maîtres du terrain, les membres hostiles à Robespierre, fort inquiets sur l'attitude probable des autorités parisiennes," mandèrent auprès d'eux le maire Fleuriot- Lescot, et l'agent national Payan, afin de les sonder sik^ leurs intentions. Vers dix heures, le comité de Sûreté générale, dont presque tous les membres étaient acquis à la conjuration, se réunit au comité de Salut public. Comme on agitait la question d'arrêter Hanriot, entra Couthon, qui défendit chaleureusement le général. Une vive altercation s'ensuivit entre lui et Carnot. A midi parut un huissier de la Convention, porteur d'un billet de Saint-Just, ainsi conçu : « L'injustice a flétri mon cœur, je vais l'ouvrir à la Convention. » A ce moment en effet il montait à la tribune.
Journée Le discours de Saint-Just, d'une habileté et d'une modéra-
*i^^ tion surprenantes, portait princij)alement sur la nécessité d'institutions qui posassent la borne de l'autorité, et fissent ployer sans retour l'orgueil humain sous le joug des libertés publiques. Il en résultait clairement que, durant les quatre dernières décades, les véritables dominateurs du comité de Salut public avaient été Billaud-Varenne, Collot-d'Herbois, Barère et Carnot. La conclusion, fort remarquable, était qu'il fallait aviser sans retard aux moyens d'empêcher que le gouvernement, sans rien perdre de son ressort révolutionnaire, ne pût tendre à Tarbîtraîre, favoriser l'ambition, et opprimer la Convention nationale. Nul doute que si l'Assemblée eût écouté jusqu'au bout ce discours, qui complétait admirablement celui que Robespierre avait prononcé la veille, elle n'eût, en dépit de tout ce qu'on avait fait pour la corrompre, cédé à la force de la vérité et écrasé la faction conspiratrice. Les conjurés le
0 tliermidor.