‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 187 sur 226 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

pressentaient bien ; ils se savaient perdus si Robespierre et Saint- Just parlaient» Leur tactique consista donc à étouffer, sous des vociférations de cannibales» la voix de ceux qu'ils avaient résolu d*assassiner. Et en cela ils furent admirablement servis par CoUot-d'Herbois et par Thuriot, qui tour à tour présidèrent la séance, et à qui la démocratie ne pardonnera jamais d'avoir, en ce jour néfaste, si puissamment contribué à pousser la République au suicide. Saint-Just était à peine arrivé à la troisième phrase de son discours, que Tallien l'interrompt brusquement pour . une motion d'ordre. L'amant de la Cabarrus demande que le voile soit tout à fait déchiré, au moment même où il se dispose à étrangler la vérité ; et toute la bande d'applaudir. Mais un tel homme n'était pas de taille à entraîner l'Assemblée. Billaud-Varenne lui coupe à son tour la parole, s'élance à la tribune, et, prenant à partie Robespierre, il lui Reproche, entre autres griefs, d'avoir protégé Hanriot, dénoncé jadis comme un complice d'Hébert, d'avoir favorisé des nobles, comme le général Lavalette, d'avoir fait arrêter le comité révolutionnaire de la section de l'Indivisibilité, aie meilleur de Paris,» — si révolutionnaire en effet qu'à tort et à travers, pour un propos, pour un geste, il jetait en prison les citoyens les plus inoffensifs ; — enfin, et surtout, de s'être levé comme un furieux le jour où lui, Billaud, avait dénoncé Danton au comité. Robespierre indigné veut répondre. A bas le tyran/ — c'était le mot d'ordre -- à bas le tyran/ hurle la troupe des conjurés. Tallien reparaît à la tribune aux applaudissements de ses compères, et, en véritable histrion qu'il était, brandit un poignard, dont il s'est armé, dit-il, pour percer le sein du nouveau Cromwell, dans le cas où l'Assemblée n'aurait pas le courage de le décréter d'accusation. L'Assemblée, docile, se déclare en permanence jusqu'à ce que « le glaive de la loi ait assuré la Révolution, » et successivement décrète d'arrestation Hanriot et son état-major, les généraux La-

Valette et Dufraisse, le président du tribunal révolutionnaire Dumas, qui la veille, aux Jacobins, avait traite CoUot-d'Herbois de conspirateur, et plusieurs autres citoyens soupçonnés d'être dévoués à Robespierre. Lui, cependant, essaye de réclamer en leur faveur. . Efforts inutiles. Chaque fois que, profitant d'une minute d'apaisement, il veut prononcer une parole, la cohue sinistre lui ferme la bouche en entonnant son refrain lugubre: A bas le tyran I à bas le tyran!

Barère vient alors, dont la modération contraste singulièrement avec l'emportement de Billaud. Se ménageait-il une porte de sortie pour le cas peu probable, hélas ! où Robespierre échapperait sain et sauf à cet afi'reux guetapens?Cela est hors de doute. Maig apparaît ensuite le vieux Vadier, comme une fouine altérée de sang. Il impute à crime à Maximilien d'avoir défendu Chabot, Bazire, Camille Desmoulihs et Danton, d'avoir soustrait à Téchafaud son ancien collègue dom Gerle et la pauvre Catherine Théot. Il continuait sur ce ton, quand Tallien l'interrompt sous prétexte de ramener la discussion à son véritable point, a Je saurai bien l'y ramener, » s'écrie Robespierre. Mais des vociférations sauvages l'empêchent de prononcer un mot de plus, et l'amant de la Cabarrus peut mentir, déblatérer, calomnier tout à son aise. Cependant, dominant le tumulte et promenant ses regards sur tous les côtés de l'Assemblée, Maximilien parvient à faire entendre cesmots: «C'estàvous, hommes purs, que je m'adresse, etnonpas aux brigands. » Un effroyable vacarme lui ferme de nouveau la bouche. Alors, d'une voix tonnante, en se tournant vers le président : « Pour la dernière fois, président d'assassins, jeté demande la parole... accorde-la-moi ou décrète que ta veux m'assassiner. » L'assassinat, telle devait être en effet la dernière raison thermidorienne. Comme, d'une voix brisée par la fatigue, il essayait en vain de se faire en* tendre, Garnier (de l'Aube) lui crie : « Le sang de Danton

Page 1