CHAPITRE TREIZIÈUB
fétouffe ! 0 Singulière exclamation, après les reproches contraires de Billaud-Varenne et de Vadier. « C'est donc Dantonquevousvoulezvenger?ï)murniureRobespierre profondément étonné. Et, imprimant une juste flétrissure à ces tardifs défenseurs du tribun immolé, il ajoute : « Lâches, pourquoi ne Tavez-vous pas défendu? » Réponse écrasante. La Convention semblait hésiter, quand deux Montagnards obscurs, deux violents terroristes, Louchet et Loiseau, réclament contre Robespierre un décret d'arrestation et un décret d'accusation. Cette double motion est bruyamment appuyée. Tout à coup un jeune homme se lève, qui avait fait bénir dans ses missions le nom de la République : c'était Augustin Robespierre, a Je suis aussi coupable que mon frère, dit-il. Je partage ses vertus, je veux partager son sort. » Et il réclame également le décret d'accusation contre lui-même. Maximilien tente d'arracher aux assassins cette victime inutile, sa voix se perd dans un effroyable tumulte. La séance dégénère en une sorte d'orgie sanglante, et, au milieu d'applaudissements furieux, l'Assemblée, qui paraît avoir perdu toutes les notions du juste et de l'injuste, vote l'arrestation des deux frères. Comme à ce moment la salle retentissait des cris de Vive la Republique! a La République ! dit amèrement Robespierre, elle est perdue, car les brigands triomphent. » Hélas ! elle ne s'accomplira que trop, cette sombre et terrible prophétie, tombée comme un adieu suprême et déchirant des lèvres du grand martyr de Thermidor.
Cependant la Convention déclare qu'elle a entendu voter aussi l'arrestation de Saint- Just et de Couthon. A cette nouvelle infamie il fallait un nouveau contraste. Un autre jeune homme se lève, qu'attachait à la vie tout ce que la nature peut offrir d'attraits et de séductions. C'était Philippe Le Bas, qui avait épousé la dernière des filles du menuisier Duplay, et dont la jeune femme allaitait alors un enfant de deux mois. Quelques-uns de ses collègues, soup-
Le décret d*Aocit8ation.
Dévouement de I^ IVis.
HISTOIRE DE Lh: RÉVOLUTION
La Commune en appelle ftti peuple.
Lé général Hanriot.
{onnant ses intentions, cherchent en vain à le retenir par les pans de son habit ; il s*arrache à leurs efforts, et d'une voix indignée : a Je ne. veux pas partager l'opprobre de ce décret ; je demande aussi l'arrestation. » Quelle plaidoirie que ce cri dune conscience honnête! On n'en avait pas entendu pousser un pareil lorqu'à l'unanimité Danton avait été décrété d'accusation. L'Assemblée accepte avec indifférence ce dévouement sublime. Maximilien et Augustin Robespierre, Saint- Just, Gouthon et Le Bas, réduits au rôle d'accusés, descendent d'eux-mêmes à la barre, et bientôt on put voir, spectacle navrant! sortir entre des gendarmes les plus stoïques soutiens de la République, brisés sous les efforts de quatre ou cinq roquins et de quelques membres égarés. Il était alors près de cinq heures.
 peine instruit de ce qui se passe, le conseil général de la Commune, réuni à l'hôtel de ville, prend héroïquement parti pour les vaincus, et, sous l'énergique impulsion du maire et de l'agent national, invoquant l'article de la constitution qui indiquait comme le plus sacré des devoirs la résistance à l'oppression, il se résout à opposer au coup d'État de la Convention l'insurrection populaire. Il invite le peuple à se réunir à ses magistrats et les anciens membres de la CommunedulO août à se joindre à lui pour sauver la patrie et la liberté. Puis, il arrête, entre autres dispositions, que le tocsin sera sonné et le rappel battu dans toUs les quartiers, que toutes les sections seront immédiatement convoquées , que des commissaires pris, dans son sein iront sur-le-champ délivrer les représentants mis en état d'arrestation, et confie au commandant de la garde nationale le soin de débarrasser la Convention des conspirateurs qui opprimaient les patriotes.
Malheureusement Hanriot n'était pas à la hauteur de son rôle. Il n'était nullement ivre, comme le prétend la légende thermidorienne, faite de mensonges et de calomnies ; c'était un excellent citoyen, un républicain dévoué^