‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 189 sur 226 · CHAPITRE tRBIZlÈlfB · texte numérisé non relu

CHAPITRE tRBIZlÈlfB

un véritable honnête homme. Dans la difficile année qu'on venait de traverser, il avait su maintenir la tranquillité publique sans effusion de sang. Ses ordres du jour témoi* gnent de sa modération, de sa prudence, et combien Tem- . ploi de la force lui répugnait. Seulement il n'avait ni le coup d'œil, ni la précision, ni Tascendant nécessaires en de telles circonstances. Il déploya néanmoins une énergie et une activité incontestables. De la place de Grève, il se dirigea vers les Tuileries, à la tête d'une troupe peu nombreuse. Après avoir arrêté en route et confiné au poste du palais Égalité Merlin (de Thionville),dont le nom avait été prononcé à la Commune comme étant celui d'un des conjurés, il poussa droit à la Convention; mais, ayant eu l'imprudence de pénétrer seul au comité de Sûreté générale, il y fut arrêté et garrotté par des gendarmes de service, et demeura quelques heures prisonnier. Irréparable temps perdu !

Les Jacobins s'étaient également rassemblés précipitamment à la nouvelle des événements. Us se déclarèrent en permanence, et envoyèrent unedéputation au conseil général pour jurer en leur nom de vaincre ou de mourir, plutôt que de subir lejougdes conjurés de la Convention. Les sections ne montrèrent pas davantage d'hésitation; elles se réunirent toutes en dépit d'une défense formelle du comité de Salut public, et, jusqu'à l'heure de la catastrophe, la grande majorité d'entreelles pencha pourlaCommune.Adix heures du soir les commissaires de vingt-sept sections étaient déjà venus fraterniser avec le conseil général et recevoir ses ordres. La Commune siégeait, sans désemparer, dans l'ancienne salle du Trône, devenue la salle de l'Égalité. Elle avait nommé un comité exécutif provisoire composé de neuf membres, parmi lesquels figuraient l'agent national Payan, Coffinhal, l'un des vice-présidents du tribunal révolutionnaire, etLerebours, commissaire des secours publies. Son enthousiasme redoubla quand elle vit successir vement arriver les députés tirés de prison par ses soins et

Action des Jacobiai

et des sections.

Robespierre

àla Commune.

Actes dee oomitéfl

et de la Gonyention.

qu'elle apprit de leurs bouches les machinations dont ils. avaient été victimes.

Robespierre, qu'avait refusé le concierge du Luxembourg et qu'on avait conduit à la mairie, opposa à ses libérateurs une vive résistance, a Laissez-moi paraître devant mes juges, » disait-il. Vaincu à la fin par leurs solicitations, il se laissa mener à la Commune, où il parut vers neuf heures. A son aspect l'ardeur patriotique et l'énergie du conseil général semblèrent redoubler. Par malheur, au lieu d'agir on discourut. Un mot .'de lui, et les sections armées et la foule innombrable qui en ce moment inondait les abords de l'hôtel de ville se ruaient sur la Convention et jetaient l'Assemblée dehors. Ce mot, il ne voulut pas le dire. Un appel àla section des|Piques avait été rédigé par Lerebours; on le conjura de le signer. Au nom de ^ui? dit- il ; et il refusa de signer alors, malgré les prières de ses partisans et les supplications de Saint- Just et de Couthon; il refusa par un scrupule exagéré, avec ime obstination qui devait honorer sa mémoire, mais qui allait le tuer, lui, ses amis èt'la République avec eux.

Les conjurés, eux, n'avaient pas de ces scrupules. Ils avaient déployé d'ailleurs une activité égale à celle de la Commune. Les comités avaient fait défense aux sections de se réunir, défense aux chefs de légion d'exécuter les ordres d'Hanriot, envoyé partout des émissaires pour présenter les députés décrétés d'arrestation comme les ennemis de la liberté et de l'égalité, et fait arrêter le commandant de l'école de Mars, le brave Labretèche, à qui la Convention avait décerné jadis un sabre d'honneur et une couronne civique, mais dont on connaissait l'attachement pour Robespierre. Rentrée en séance vers sept heures, après une courte suspension, l'Assemblée chargea Barras de diriger la force armée contre l'hôtel de ville, et lui adjoignit des acolytes dignes de lui,Fréron,Rovère, Bourdon (de TOise), Delmas et Léonard Bourdon. Bientôt, sur une motion d'Élie

Page 1