‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 19 sur 226 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Un discours assez insignifiant du garde des sceaux Barentin fut écouté sans grande attention. On attendait avec impatience que Necker parlât. Aussi, quand il ouvrit la bouche, y eut il un recueillement profond. Mais il fut loin de répondre à l'attente générale. On espérait qu'après avoir présenté la situation du pays sous son véritable jour, il indiquerait les remèdes de nature à soulager promptement les maux dont on souflfrait, et signalerait les réformes radicales à apporter à la constitution du royaume. De ses paroles il résulta surtout ceci : ch&t qu'il existait dans les finances un déficit de plus de cinquante*six millions. Il laissa bien entendre qu'il était l'ami du peuple, mais l'ami impuissant, isolé au milieu d'une cour hostile à toute innovation politique et sociale. Son discours produisit donc un effet médiocre dans le public.

Mais ce qui, le lendemain, indisposa bien autrement les Suppression esprits, ce fut la suppression du Journal des états généraux, du journal de Mirabeau, dont un numéro seulement avait paru. L'arrêt du conseil portait qu'à l'avenir aucun écrit périodique ne pourrait être publié sans une autorisation préalable. C'était d'un mauvais augure pour la liberté de la presse, qu'on s'était plu à regarder comme imjJicitement proclamée par l'édit de convocation des états généraux. Mirabeau protesta en publiant immédiatement une nouvelle feuille qu'il intitula : Lettres d mes commettants. Les représentants du tiers état de la ville de Paris intervinrent énergiquement dans cette affaire. Par un arrêté public, ils dénoncèrent l'arrêt du conseil comme une violation de la liberté de la presse réclamée par toute la France, et invitèrent les états généraux à en demander sur-le-champ la.révocation. Telle fut, dans les affaires générales du pays, la première intervention de cette Commune de Paris, appelée à jouer un si grand rôle dans la Révolution.

Dès la seconde séance des états généraux, une scission vérification profonde éclata entre les députés du tiers état et ceux de ^^ pouvoirs.

la noblesse et du clergé, à propos de la yériôcatioa des ' pouvoirs. Se ferait-elle en commun ou séparément? Telle

était la questi(m brûlante que le gouvernement avait eu le tort de ne pas trancher lui-même dans le sens le plus libéral. La vérification en commun entraînait nécessairement le vote par tête, ce qui rendait inévitable la prépondérance du tiers état; et voilà pourquoi les deux premiers ordres y résistèrent avec tant d'opiniâtreté. De part et d'autre on nomma des commissaires pour essayer de s'entendre. Le clergé, dont un grand nombre de membres sortaient des classes populaires, parut assez disposé à se réu* nir aux communes; mais la noblesse, excipant de ce qui s'était passé aux états généraux de 1614, ne voulait rien rabattre de ses exigences* Le tiers état, qui avait donné aux deux autres ordres un délai pour se décider, délai passé lequel il était résolu à agir sans le concours de la noblesse et du clergé, persista dans ses légitimes prétentions. Il avait l'avantage de se réunir dans la salle commune et de délibérer en prés^ice du public, ce qui déjà, par anticipation, lui donnait l'apparence d'une assemblée nationale.

Les choses tramèrent ainsi en longueur jusqu'au 28 mai, jour où la cour, fortement alarmée des diverses résolutions prises par les communes, résolut d'intervenir dans le débat, et proposa sa médiation pour le rétablissement de la bonne harmonie entre les trois ordres. Le tiers ve» nait justement de se renforcer des vingt députés de Paris, dévoués, la plupart, aux idées nouvelles. Au message du roi, il répondit par une adresse pleine de déférence et de fermeté, où il rejeta sur l'obstination de la noblesse les retards apportés aux travaux des' états généraux. Les conférences se rouvrirent sous la présidence du garde des sceaux ; mais elles ne purent aboutir à aucun résultat sajCTK 1789. tisfaisant, et, le 9 juin, les commissaires des trois ordres se séparèrent sans avoir pu se mettre d'accord.

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