CHAPITRE DEUXIÈME
Déjà roa était dans Fattente de grands événements. Pars s'agrtaît d^mpatience. La disette menaçait les pro- TÎnees ; des bandes affamées parcouraient les campagnes, et réclamaient à main armée, dans les châteaux et dans les fermes, ime assistance qu'il eût été dangereux: de leur refuser. En prérision d'une lutte possible le gouvernement massait autour de la capitale des forces considérables. Ce n'était pas le moyen de calmer les esprits, au contraire. Et pourtant la cour eût eu grand besoin de se rallier les cœurs, et de chercher en dehors d'elle, par d'adroites concessions, des consoletions et des appuis ; car, pendant la durée des conférences, grand un deuil était venu fondre sur elle : le jeune dauphin, à peine âgé de sept ans, était mort. Frappée comme mère, aigrie comme reine, Marie-: Antoinette tomba dans une mélancolie profonde ; mais elle ne plia pas. Sa fierté fut plus forte que la douleur et l'infortune. Au lieu de pousser son faible mari à se mettre lui-même franchement à la tête du mouvement, elle l'encourageait dans cette voie fatale de résistances désespérées, au bout de laquelle ils devaient l'un et l'autre se heurter à l'échafaud. Efforts impuissants ! La Révolution s'avançait toujours, formidable et irrésistible, prête à renverser tous les obstacles.
Le 10 juin les communes, décidées à en finir, prirent un Ultimatum parti suprême : sur une motion de Sieyès, elles convinrent ^^ *^^®" ^^**' d'inviter une dernière fois les membres du clergé et de la noMesse à' se réunir à elles, en les avertissant que dans une heure il allait être procédé à l'appel de tous les hsÀU liages, puis à la vérification des pouvoirs, et qu'immédiatement il serait donné défaut contre les non-comparants. Il fut fait ainsi qu'il avait été dit. Trois jours après parurent trots curés du Poitou, dont l'histoire doit garder les noms: ils s*appelaient Lecesve, Balard et Jallet. Le lendemain ce fut le tour de Grégoire. L'élan était donné; une foule d'autres se rendirent bientôt, dociles au conseil que leur
avait donné Robespierre, lorsque, répondant à Tarchevêque d'Aix, qui, au commencement du mois de juin, était venu engager le tiers à se joindre à la noblesse et au clergé pour remédier aux calamités publiques, il avait fièrement sommé les prélats de se réunir aux communes, et de revenir aux traditions des premiers chrétiens en renonçant à leur luxe. 1. A-îsembiée La vérification des pouvoirs étant terminée, les comnationale, munes jugèrent indispensable de se constituer d'une façon définitive. Conserverait-on le nom d'états généraux? Telle fut la question qui s'agita dans la séance du 15. La chose était impossible, puisque les trois ordres n'étaient pas présents. Beaucoup d'esprits, d'ailleurs, songeaient dès lors à supprimer cette division choquante, en dépit des Meunier et dçs Malouet qui, épouvantés des audaces de leurs collègues, se disposaient à réagir contre les idées d'émancipation auxquelles ils s'étaientd'abordassociés. A la suite d'une discussion qui dura trois jours, discussion dans laquelle on entendit Thouret, Barnave, Le Chapelier, Sieyès, Camus, et où l'éloquence de Mirabeau brilla d'un incomparable éclat, les communes prirent, à une immense majorité, le titre à' Assemblée nationale. C'était la Révolution qui s'affirmait
Le jour même (17 juin), pour faire acte de souveraineté, TAssemblée déclara illégales toutes les contributions perçues jusqu'à ce jour, et néanmoins elle en autorisa la perception provisoire jusqu'à nouvel ordre. De plus, elle mit tous les créanciers de l'État sous la sauvegarde de l'honneur du pays, et s'engagea à consacrer ses premiers travaux à l'examen et à la réparation des maux dont le royaume était affligé.
Ces graves résolutions, accueillies avec enthousiasme dans le public, causèrent à la cour une stupeur profonde. On crut qu'on viendrait à bout des communes au moyen d'une séance royale; elle fut fixée au 22; et d'ici là ordre fut donné au tiers de suspendre ses travaux, sous prétexte des préparatifs nécessaires pour cette séance.