CHAPITRE OUATORZIÈMB
Hique/ La Convention y assista en corps, et, par ses ordres, tandis que les précieux restes de Marat entraient au Panthéon, ceux de Mirabeau en étaient honteusement bannis. Nombre de thermidoriens, il est vrai, pour singer lepatrio* tisme, avaient pris Marat sous leur égide. Fréron l'appelait ton divin maître. Barras et lui ayant été violemment incri- ^e^dibhlum minés dans la séance du 2 vendémiaire (43 septembre), par (^^^^^f^^^ljoc, Moyse Bayle et Granet, au sujet de leur conduite dans le to6r« 17M). Midi, ils ne crurent pas trouver de meilleure réponse que de reprocher à leurs accusateurs d'avoir dénigré Marat. L'apothéose de l'Ami du peuple fut donc une fête essentiellement thermidorienne.
La lutte continua, plus vive que jamais, entre les patriotes et les réacteurs. En vain, dans un admirable rapport sur la situation de la République, Robert Lindet fit ressortir les précieuses conquêtes et les progrès de toutes sortes réalisés par le gouvernement brisé en thermidor; une guerre acharnée n'en fut pas moins déclarée à tous ceux qui avaient été les plus fermes auxiliaires de ce gouvernement. La faction thermidorienne recruta ses alliés La jean«He parmi les jeunes gens à la mode, lesquels, au lieu de pra* ^o^^* tiquer les mâles vertus républicaines et de défendre la patrie aux frontières, ne songeaient qu'au plaisir, et inauguraient dans la République une école de mauvaises mœurs. Armés de gourdins, vêtus et coiffes d'une façon bizarre, cruels et efféminés à la fois, tels apparurent les muscadins, qui jouèrent un si triste rôle dans toutes les scènes de contre révolution auxquelles nous allons assister. On les baptisa du nom de jeunesse dorée. Leur quartier général était la section Le Péletier, anciennement des Filles-Saint-Thomas, qui, tour à tour royaliste et girondine, c'est-à-dire toujours à la réaction, était aujourd'hui à la faction thermidorienne. La jeunesse dorée eut pour organe YOrateur du peuple, et pour inspirateur le rédacteur de cette feuiUe frénétique, l'impur Fréron, dequi elle prenait son mot d'ordre.
Progrès On était sûr de rencontrer cette jeunesse dorée dans
e a reaction. ^Q^^g j^g tentatives de réaction auxquelles se prêta la Convention. Ce fut à la suite d'une démarche de la section où elle avait pour ainsi dire élu domicile, que, le 12 vendémiaire (3 octobre), sur une demande deThuriot, l'Assemblée enjoignit au tribunal révolutionnaire de poursuivre les nombreux partisans de Robespierre. Le boucher Legendre profita de l'occasion pour renouveler contre Billaud, Barère et autres la dénonciation de Lecointre. Mais la Convention ne se montra pas encore disposée à lâcher cette proie à la réaction. Elle ne s'efforçait pas moins chaque jour de resserrer le cadre des libertés publiques. On parlait beaucoup de la liberté de la presse, on la revendiquait tout entière, à la condition qu'elle ne servît qu'à exalter les hauts laits de la faction victorieuse et qu'à calomnier les vaincus. Pour s'être vanté de n'avoir pas quitté les Jacobins le 8 et le 9 thermidor, le limonadier Chrétien fut frappé d'un décret d'arrestation. Les sociétés populaires, ce foyer où s'étaient si longtemps alimentées les forces vives de la Révolution, parurent un objet d'épouvante, et le 25 vendémiaire (16 octobre) fut rendue contre elles une loi de police qui équivalait à un arrêt de mort.
Jean - jac ^ues Quelques jours auparavant avait eu lieu la translation so- Rous'^enn lenuellc dos restes de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon.
au PaiitL.v.u. j^g^jg^ comme l'apothéose de l'Ami du peuple, ce fut là une cérémonie d'apparat, dont les thermidoriens se servirent BRUMAIRE ' pour masquer leurs projets liberticides. Si puissant paraissait l'esprit de réaction qui soufflait sur la Convention nationale, que les soixante-treize signataires de la protestation contre le 31 mai jugèrent le moment favorable pour réclamer implicitement leur réintégration à ceux-là mêmes aux fureurs desquels Robespierre les avait deux et trois fois arrachés. Faire droit à leur pétition, c'était incriminer la révolution du 31 mai. La discussion qui eut lieu à ce sujet, dans la séance du 1" brumaire an III (22 oc-