‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 195 sur 226 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

tobre) , amena une scission parmi les thermidoriens. Thuriot, Cambon et même Tallien défendirent le 31 mai; Robert Lindet le présenta comme une journée de salut pour la France. Les réacteurs n'osèrent pas insister ce jour-là, et l'Assemblée passa à Tordre du jour.

La marche de la contre-réyolution ne se trouva pas beaucoup entravée par cette victoire éphémère des patriotes. A la nouvelle composition des tribunes de la Convention on s'apercevait facilement du changement qui s'était opéré en elle. Pour témoins de ses débats orageux elle n'avait plus les rudes travailleurs des faubourgs, les femmes aux mains laborieuses que les spirituels journalistes de la réaction ont baptisées du nom de tricoteuses; non, c'étaient des muscadins, des femmes élégantes et oisives, qui venaient encourager de leurs sourires les Gontre-révolutionnairesde l'Assemblée, et de leurs mains délicates applaudissaient à l'œuvre rapide de la décomposition de la République. Billaud-Varenne, dont les patriotes accusaient le silence, crut pouvoir arrêter les progrès de la réaction. Il parla du prochain réveil du lion. Hélas! le lion était bien muselé, sinon tout à fait endormi. Les Tallien, les Bourdon, les Legendre, tous ceux à qui, en Thermidor, il avait eu l'imprudence de tendre la main, récriminèrent tour à tour contre lui, et — trop tard ! — il déplora son irréparable faute.

Une des plus désastreuses conséquences de la réaction fut une recrudescence de la misère publique, l'incroyable essor de l'agiotage et l'énorme dépréciation du papier-monnaie. Les thermidoriens attaquèrent violemment le maximum, lequel était cependant l'unique digue à opposer à la cupidité effrénée des spéculateurs. 11 y eut à ce propos de tumultueuses discussions à la Convention. Dans la séance du 18 brumaire (8 novembre), Tallien ayant pris Cambon à partie, celui-ci l'écrasa de quelques mots. Au risque d'être appelé robespierriste, il le flagella sans pitié, l'ac-

Billaud- Yarenne se réyeille.

ScèM

entre Tallien

et Cambon

cusa d'avoir honoré le brigandage, d'avoir trempé se» mains dans le sang, dilapidé la fortune publique, et de n'a-> voir rendu ses comptes d'administrateur ni à Paris ni à Bordeaux. Tallien se contenta de promettre des explica* tiens... qu'il ne donna jamais.

Fermeture Ce jour-là eurent lieu à la porte des Jacobins des scènes des jacoiins. j^ désordre provoquées par la jeunesse dorée. Tallien et tous ceux qui, avec lui, allaient prendre le mot d'ordre dans le boudoir de la. Cabarrus, en profitèrent pour réclamer la fermeture du club. En vain Duhem protesta-t-il avec l'énergie du désespoir; en vainDuroy s'éleva-t-il avec chaleur contre ces tartufes de modération qui, après avoir fait voiturer au supplice des charretées de madheureux» venaient à présent prêcher Thumanité, et qu'on voyait étaler un faste insolent; en vain lui, qui n'appartenait pas aux Jacobins, réclama-t-il vivement, au nom de la liberté» en faveur de cette société fameuse où palpitait encore^ dans les convulsions de l'agonie, le patriotisme mourant; la destruction du club était jurée. Les comités, sans même attendre les ordres de la Convention, en ordonnèrent la fermeture, et, dans la nuit du 22 brumaire (12 novembre), ils y firent mettre les scellés. Non contents de cet exploit, ils jetèrent en prison les membres les plus patriotes de la société, et entre autres le citoyen Raisson, qui en avait présidé la dernière séance. La chute des Jacobins fut célébrée dans les feuilles thermidoriennes avec une sorte de frénésie par les Fréron et autres renégats de la démocratie. Ce fut dans les salons de l'aristocratie nouvelle une formidable explosion de joie; les théâtres et les rues retentirent de chants d'allégresse; mais au lieu de la Marseillaise on du Chant du Départ, on entendait... la romance de 3/on^yowrrfam. Un journal trèsrrépandu ne craignit même pas d'écrire que la Révolution avait été une Saint-Barthélémy philosophique de cinq années. Les royalistes avaient raison de se réjouir. Le club des Jacobins avait été la,

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