CHAPITRE OUATORZIÈUB
citadelle de la démocratie, qui, désormais sans défense et sans asile, allait se trouyer i la merci de ses ennemis.
La réaction remporta bientôt une nouvelle victoire, plus compréhensible, celle-là. Derrière les charrettes des victimes de Thermidor, un homme avait été remarqué gesticulant et criant : a A bas le tyran! » C'était Carrier, un de ceux à qui Robespierre aurait voulu que la Convention demandât compte de leurs folies et de leurs crimes. Un procès récent, à la suite duquel cent treiite Nantais avaient été acquittés par le tribunal révolutionnaire, avait révélé à sa charge des faits monstrueux. Il était horrible, sans doute, ce bourreau dont la barbarie s*était compliquée d*un relâchement de mœurs peu en rapport avec Taustérité républicaine ; mais tant de cruautés avaient été déployées contre les patriotes dans le pays où il avait exercé son pro^ consulat, qu'il avait pu se croire en droit de se livrer à des représailles terribles. Sous sa férocité il y avait encore un fond^réel de patriotisme; et, depuis Thermidor, il n'avait cessé de combattre les Tallien, les Fréron et autres stipendiés de la contre-révolution. C'était pour cela que les Jacobins avaient élevé la voix en sa faveur, quand, pour la première fois, des cris de mort avaient retenti contre lui.
Les Jacobins n'eussent point agi de même à l'égard de Fouché, parce que, dans cette âme vénale, il n'y avait que l'hypocrisie du patriotisme. Servile courtisan delà fortune^ il flattait aujourd'hui ceux qu'hier il assassinait. C'est ainsi qu*on l'avait récemment entendu parler en faveur de Commune-Affranchie, et demander qu'on rendit son nom primitif à cette grande cité où il avait, à pleines mains, semé la destruction et la mort. Être fait de bassesse et d'intrigue, il ne pouvait manquer de trouver grâce devant les sauvages réacteursdeThermidor.Moinsheureux, Carrier fut d'abord frappé d'un décret d'arrestation, sur un rapport de Romme» et, un peu plus tard, le 3 frimaire (23 novembre).
Procès
et mort
de Carrier.
FKIJIATRE AN III
( Novembre-Dé' etnbre 1794).
renvoyé devaat le tribunal révolutionnaire, avec les membres du comité révolutionnaire de Nantes, dont le procès était pendant alors* Dans les débats auxquels donna lieu, à la Convention, la demande d'accusation dirigée contre fui, il laissa échapper ce mot bien profond : « Tout est coupable ici, jusqu'à la sonnette du président. » Commencé le 5 frimaire (25 novembre), son procès se prolongea jusqu'au 26 (16 décembre). Sur trente-trois accusés, il- n'y en eut que trois de comdamnés à mort. Carrier, (jrandmaison et Pinard; tous les autres se trouvèrent acquittés. Trois têtes seulement à jeter au panier de Sanson , cela ne suffisait pas aux modérés du jour. Oublieuse des notions les plus élémentaires de la justice, la Convention cassa la sentence du tribunal à regard des individus acquittés, et les renvoya devant le tribunal criminel d'Angers. Quant à Carrier, dont l'attitude devant ses juges avait été très-digne et très-ferme, il monta sur l'échafaud le jour même de sa condamnation, et mourut avec un courage auquel ses ennemis ne purent s'empêcher de rendre hommage.
Rappel Dans l'intervalle s'était passé un événement qui prouve
ues Girondins, q^^q quelle rapidité vertigineuse marchait la contre-révotion. Les soixante-treize signataires' de la protestation contre le 31 mai avaient été rappelés, aux applaudissements même de leurs prescripteurs, et les Dulaure, les Mercier, les Olivier Gérente et tant d'autres n'allaient pas tarder à payer leur dette aux thermidoriens, en renchérissant sur leurs calomnies et leurs récriminations contre ce Robespierre qui les avait sauvés de la fureur des hommes de proie, et auquel, dans le temps, ils avaient adressé de si précieux témoignages de reconnaissance. La réintégration des Girondins mis hors la loi et qui avaient échappé à l'échafaud, comme les Isnard, les Lanjuinais et autres, fut également demandée. On se contenta de dé.clarer,pour lors, qu'ils ne seraient nullement inquiétés ; mais, ei^