CHAPITRE QUATORZIÈMB
voyant les nouvelles recrues dont venait de se renforcer la contre-révolution, il était facile de pressentir leur prochaine rentrée.
Une série de mesures réactionnaires signala le mois de niyôse an m nivôse. Coup sur coup se produisirent des motions en fa- [j^^^r^lll^ veur des étrangers et des émigrés. L'audace des contrerévolutionnaires s'accrut à ce point qu'un ancien professeur, du nora de Delacroix, osa insinuer dans un écrit que le peuple français ne voulait pas de la République. Dans une autre brochure intitulée Étrennes aux amateurs du bon vieux temps, on prêchait ouvertement le royalisme. A une dénonciation contre cet écrit, Fréron répondit en invoquant la liberté de la presse ; mais, cette liberté, il eût fallu l'accorder aussi aux patriotes, et ne point les poursuivre tous indistinctement sous le nom d'Aommf 9 (26 ^n^etde terroristes. Duhem indigné reprocha à André Dumont ses missions sanguinaires dans le Nord; il prit violemment à partie Fréron, et le héros Tallien, qu'il apostropha en ces termes: « Nous n'avons pas les trésors de la Cabarrus, nous. » A chaque instant, on présentait, aux applaudissements de l'Assemblée , des motions antirévolutionnaires, si bien qu'un jour Ruamps s'écria qu'il vaudrait mieux être Charette que représentant du peuple, et qu'un député obscur, Noël Pointe, dans un long discours sur les dangers de la patrie, put dire avec vérité que depuis le 9 thermidor la Terreur avait passé en d'autres mains.
Impuissants étaient les véritables républicains à refréner edcoto la contre-révolution. Un des plus violents suppôts de la la
réaction, le député Clauzel, remit sur le tapis la dénoncia- dénonciation tion de Lecointre, repoussée deux fois par l'Assemblée. Il obtint cette fois gain de cause, et la Convention renvoya à une commission de vingt et un membres Texamen de la conduite de Billaud, de Barère, de CoUot et de Vadier. Les trois autres membres inculpés trouvèrent grâce devant elle. Désigné par le sort pour faire partie de la
Les mœurs (la jour.
PLUV1Ô<8E AMIII
(Janvier" Février 1795).
commission des vingt et un, le prudent Siejès, sorti depuis peu du trou où il s'était réfugié comme une taupe, essaya d*esquiyer cette charge , mais il y fut maintenu par décret.
En même temps , et comme si elle avait besoin d'excitation, Fréron ne cessait de pousser sa jeunesse dorée au meurtre des patriotes ; il appelait cela venger les victimes des sévérités révolutionnaires, sévérités que le misérable avait si fort contribué à exagérer. Et ses avis ne furent que trop écoutés. En revanche on n'était pas plus aimable, plus tendre, plus doucereux dans les salons. Là trônaient madame Récamier et la .Cabarrus, les deux reines de l'époque. Là on s'efforçait d'attirer et de corrompre les révolutionnaires encore purs; hélas! on y parvenait trop souvent. Devenue madame Tallien, la femme divorcée du ci-devant marquis de Fontenay donnait le ton, imposait la mode. Vêtue à la grecque, elle offrait ses charmes au regard du premier venu, et il lui arriva d'être la cause d'un scandale public, par l'inconvenance de son costume. S'étant montrée un jour aux Tuileries dans une robe de gaze beaucoup trop transparente, elle faillit être fouettée par la foule indignée, comme l'avait été en 1793 la pauvre Théroigne de Méricourt, qui, moins impudique qu'elle, était devenue folle à la suite de ce mauvais traitement* Heureusement pour la Tallien, un député passait à point nommé au moment où elle s'esquivait du jardin, et elle put se réfugier dans sa voiture. Ses adorateurs la nommaient Notre-Dame de Thermidor; mais ceux qui n'oubliaient pas les excès de son nouveau mari la flétrissaient du nom de Notre- Dame de Septembre, Elle fut digne d être l'inspiratrice de certains bals, qu'on appella bals des victimes, parce qu'il fallait pour y être admis avoir eu quelque parent guillotiné. Tous les sentiments généreux semblaient avoir disparu avec les bonnes mœurs. On eut beau célébrer officiellement l'anniversaire du 21 janvier, les véritables patriotes