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CHAPITRE DEUXIÈME

On ne se doutait pas qu'on allait déchaîner les tempêtes. serment

Le samedi 20 juin, jour d'immortelle mémoire, une foule du

considérable stationnait de grand matin aux abords de ^®" ^® panme. TÂssemblée^ car on disait que le clergé en masse devait venir se joindre aux communes. Les portes de la salle étaient fermées et Taccès en était défendu par un détachement de gardes françaises. Vers neuf heures les députés arrivent, on leur refuse brutalement l'entrée de la chambre de leurs délibérations ; les représentants de l'immense majorité du peuple français sont réduits à se morfondre pendant iwes d'une heure dans la rue. Pareille injure ne pouvait s'oublier. En vain, le président des communes, — c'était Bailiy, député de Paris, — proteste énergiquement; à grand'peine il obtient la permission de pénétrer dans la < salie pour y prendre les procès-verbaux de TAssemblée.

Cependant une voix propose de se rendre rue Saint- François, au Jeu de paume, que le propriétaire voulait bien mettre à la disposition des députés du tiers. On accepte avec empressement, et tous, Bailiy en tête, se dirigent vers le local indiqué. C'est une salle pauvre et nue ; une table et quelques bancs usés en forment tout le mobilier; mais tout à l'heure, elle va resplendir d'une beauté étrange, inconnue, car l'âme de la patrie y palpitera d'enthousiasme. Entre ses murs froids et tristes naîtra en France la liberté, et son nom, ce nom de salle du Jeu de paume, à jamais glorifié, vivra aussi longtemps que le monde.

A peine les communes étaient-elles en séance que Mounier proposa à ses collègues, sans se douter assurément des conséquences de sa motion, de s'engager, par un serment solennel, à ne point se séparer avant d'avoir établi et affermi sur des fondements solides la constitution du royaume. Debout sur la table, Bailiy lut d'une voix retentissante la formule du serment. Tous jurèrent entre les mains du président, et confirmèrent leur serment par leurs signatures, tous à l'exception d'un député de Castelnau-

Rëanion du clergé.

Séance royale.

âarj, nommé Martin, dont l'opposition fut eonstatée au procès-verbal, par respect pour la liberté des opinions. Il était six heures quand fut levée cette séance à jamais fameuse. Le sort en était jeté ; l'Assemblée venait d'entrer à > pleines voiles dans le courant de la Révolution.

Les communes s'ajournèrent au surlendemain; mais force leur fut d'aller chercher un nouvel asile : le Jeu de paume avait été loué par les princes. Innocente petite malice, qui ne devait pas arrêter, d'une minute la marche des choses. On se rendit aux Récollets d abord, -puis dans l'église paroissiale* de Saint-Louis. L'événement ûe la séance fut la réunion de cent quarante-neuf membres du clergé aux députés du tiers. Ils venaient, dirent-ils, procéder à la vérification commune de leurs pouvoirs, en attendant messieurs de la noblesse. Cette imposante démonstration devait bientôt vaincre les résistances des prélats et des quelques membres inférieurs de cet ordre qui s'obstinaient à demeurer à l'écart.

Le 23 juin, date également célèbre dans l'enfantement de la liberté firançaise, eut lieu la séance royale indiquée d'abord pour la veille. Il pleuvait, et longtemps on laissa les députés du tiers se mouiller aux portes de la salle, tandis que la noblesse et le clergé prenaient place à l'intérieur. Patience, les communes allaient, avant la fin du jour, tirer une vengeance glorieuse de cette avanie d'étiquette, en dépit des cinq ou six mille hommes de troupes qui entouraient l'Assemblée, comme pour comprimer toute velléité de résistance de la part des membres du tiers. La séance s'ouvrit par quelques paroles fort insignifiantes du roi. Il était de son devoir, dit-il, de faire cesser les divisions qui s'étaient élevées au milieu des états généraux. Interdiction formelle des mandats impératifs, délibérations séparées pour tout ce qui concernait les intérêts respectifs des trois ordres, tel lut le sens d'une première déclaration, suivie presque immédiatement d'une seconde, dans laquelle

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