‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 200 sur 226 · AN III · texte numérisé non relu

AN III

(Acril-Mai) 1795.)

lequel on désigna désormais les yrais patriotes, et ils réorganisaient la garde nationale sur des bases antidémocratiques. Aussi les émigrés rentraient-ils en foule. Le royalisme était aux anges.

Fouquier-Tinville s'était mis à la dévotion des conjurésde Thermidor. Il n'eût pas mieux demandé que de servir d*aocusateur public à la Terreur blanche ; mais trop de haines royalistes, girondines et dantonistes étaient accumulées contre lui. Après l'avoir décrété d'arrestation et d'accusation, la Convention le renvoya devant le tribunal révolutionnaire, réorganisé slir les plans de Merlin (de Douai), son légiste attitré, qui fourbissait des armes juridiques à la réaction avec une complaisance égale à celle qu'il avait mise à en fabriquer pour la Révolution. Dans sa séance du 29 germinal (18 avril), elle décida que ce tribunal siégerait en permanence jusqu'au jugement définitif de Fouquier- Tinville et de ses coaccusés, dont le procès durait depuis les premiers jours du mois. Avec Fouquier, en effet» une partie des juges et des jurés de l'ancien tribuûal révolutionnaire furent renvoyés devant le nouveau tribunal, composé de juges et de jurés triés selon les passions du jour et les rancunes personnelles. C'étaient: le commissaire de l'administration civile Herman,et son adjoint Làsne, arrêtés l'un et l'autre au coursdu procès; les juges|Foucault, Sellier, Garnier-Delaunay, Deliége, Naulin, Maire, Delaporte, Harny, Félix, Bravet, Barbier etLiendon; les jurés Leroi, surnommé Dix-Août, Renaudin,Vilate, Prieur, Chàtelet, Girard, Boyenval, Lohier, Pigeot, Aubry,Trinchàrd, Brochet, Chrétien, Ganney, Trey, Gauthier, Didier et Duplay; Tex-administrateur de police Dupommier, trois employés de la prison du Luxembourg, Benoît, Verney et Guyard, un peintre en bâtiments nommé Valagnose et le rentier Beausire. La plupart de ces hommes étaient des patriotes sincères. Plusieurs s'étaient montrés durs dans l'exercice de leurs redoutables fonctions; mais ils n'avaient été en

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définitive que les instruments inflexibles de loisimpitoyar bles, et la Convention, en les frappant, essayait^on peut le dire, de se décharger sur eux de sa propre responsabilité. Les débats, que passionnèrent les déclarations des partisans de la Gironde, des^ amis de Danton et d*une foule de contre-révolutionnaires appelés à déposer, durèrent jusqu'au 17 floréal (6 mai). Furent condamnés à mort et exécutes le lendemain, en place de Grève, comme, sous Tancien régime, Fouquier-.Tinyillé, Foucault, Sellier, Garnier- Delaunay, Leroi, Renaudin, Vilate, Prieur, Châtelet, Girard, Boyenval, Benoît, Verney, Dupommier, Lasne et Hermann. a Je meurs, avait dit Tun d'eux en entendant sa condamnation, pour avoir aimé mon pays, i» Et c'était vrai. En Herman et en Lasne notamment, on tua la probité, le désintéressement, le civisme le plus pur. Parmi Iles exjurés acquittés, un seul le fut sur le double chef de fait et d'intention, c'est-à-dire qu'on ne trouva pas le moindre grief à articuler contre lui ; ce fut Maurice Duplay, dont la réaction aurait bien voulu punir la vieille amitié pour Robespierre. Malgré cet éclatant témoignage rendu à sa bonté, à sa douceur, à son honnêteté, il n'en fut pas moins illégalement retenu en prison, tellement on était revenu à des idées de modération, de justice et d'équité !

Aussi qu'arriva-t il ? C'est que, partie de Paris, la réac- La Terwur tion, comme un immense oiseau de proie, s'abattit sur la bianohe. France entière. On frappa tout ce qui était suspect de patriotisme. Comme le nom de République existait encore, on imagina seulement de poursuivre sous le nom de terrorUtes tous ceux dont les sentiments républicains étaient connus, tous ceux dont on vçulait se défaire. La Terreur rouge avait tué pour sauver le pays. Assurément elle avait dépassé la mesure, commis des excès à jamais regrettables; mais ce qu'elle avait surtout frappé, c'était la traliison, les mauvaises passions ; mais elle s'était montrée impitoyable pour les voleurs, les faussaires, les dilapida-

hiS HISTOIRE DB LA RÉVOLUTION

teurs des deniers publics. LsiTerreur blanche tua pour tuer, pour voler, pour piller, par esprit de vengeance, par amour du lucre et du gain. La réaction thermidorienne fut, àproprement parler, le règne des assassins, hdi' Terreur rouge s'était enveloppée de formes, elle ayait agi hautement^ publiquement, acceptant devant l'avenir la responsabilité de son œuvre; la Terreur blanche rusa, comme le renard, la plus carnassière des bêtes féroces. Elle frappa dans Tombre, bassement, hypocritement. Si elle se servit moins de réchafaud, elle mit largement à contribution l'eau, le feu et le poignard. Que de cadavres républicains le Rhône . recela dans ses flots profonds ! Sous le nom de compagnies de Jésus et du Soleil s'organisèrent de véritables bandes royalistes qui portèrent partout le meurtre, le pillage, Teffroi et la désolation. Le Midi fut surtout le théâtre de leurs sanglants exploits. A Lyon, à Marseille, à Toulon, à Grenoble, à Avignon, à Aix, à Tarascon se commirent des atrocités sans nom, auprès desquelles les massacres de Septembre ne sont rien. Le 11 floréal (30avril)Chénier dépeignit, sous les plus sombres couleurs, à la tribune de la Convention, la désolante situation du pays. Il dénonça les hommes qui, provoquant ouvertement au rétablissement de la royauté, avaient fait d'une partie des départements du Midi le domaine des assassins, etildécidarAssemblée à renvoyer devant le tribunal criminel de l'Isère les membres des compagnies de Jésus. Mesure inutile, décret sans force, qui n'arrêta pas la rage des assassins. N'avaient-ils pas pour les protéger et les encourager même des commissaires de là Convention? Oui, ce fut à la voix des Isnard, des Cadroy et des Chambon que s'accomplirent la plupart des actes qui ensanglantèrent le midi de la France, et les noms de ces forcenés de la réaction doivent être maudits à l'égal de ceux des Carrier, des Fréron, des Talliea et des Fouché. Cependant la Convention dégénérée s'efforçait toujours de donner le change à l'opinion, relativement à la consti-

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