CHAPITRE WkfOBZltUZ
tation de 1793. Tout récemment encore, à la demande de Sievès, elle l'avait proclamée « le pacte sacré » auquel il ^tait interdit de toucher, et, au commencement de floréal, elle avait nommé, pour en préparer les lois organiques, une commission où figuraient Cambacérès, Merlin (de Douai), Sieyès, Thibaudeau, Laréveillère-Lépeaux, Lesage (d'Eure-et-Loir), Boissy d'Anglas, Creuzé-Latouche, Louvet, Berlier et Daunou. Or, la plupart de ces noms n'étaient pas de nature à rassurer les patriotes; on verra bientôt si ceux-ci avaient tort de se méfier. Autre sujet de mécontentement. Les injustifiables proscriptions décrétées à la suite de la journée du 12 germinal n'avaient pas amélioré la condition du peuple, au contraire, et pour remédier à la détresse publique on n'avait pris que des mesures illusoires. Le 30 floréal (19 mai) la ration de pain était descendue au-dessous de deux onces par personne. Jamais population n'avait été plus malheureuse que celle de Paris à cette époque. On récriminait amèrement dans ]^s faubourgs contre la Convention qui, disait-on, n'avait immolé Robespierre et ses amis que pour tyranniser le peuple et Tafifamer en faisant hausser le prix des denrées. La misère et la souffrance déterminèrent seules le nouveau mouvement que nous allons esquisser d'un trait rapide; et l'insurrection de Prairial n'eut pas d'autre instigateur que la faim, dont le spectre apparaissait horrible aux yeux des mères épouvantées.
Le 1*' prairial de l'an III (20 mai 1795), dès cinq heures 4\x matin, la générale battait et le tocsin sonnait dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, et sur les murs de Paris on pouvait lire un manifeste affiché pendant la nuit, et intitulé : Insurrection du peuple pour obten» DU PAIN ET reconquérir SES DROITS. Après des considérants où en termes énergiques, la politique thermidorienne se trouvait retracée et flétrie, on engageait le peuple à se porter ^en masse sur la Convention pour réclamer du pain, l'abo-
La
eommission
des lois trganiqaes.
Journées de Prairial.
PRAISIAIi
AN m
lition du gouvernement révolutionnaire et rétablissement immédiat de la constitution démocratique de 1793. Il était onze heures quand s'ouvrit la séance de la Convention. Instruite aussitôt de cet appel à l'insurrection, que les Bourdon (de l'Oise), les Merlin, (de Douai) et les André Dumont ne manquèrent pas d'attribuer aux royalistes, l'Assemblée enjoignit à tous les citoyens de se rendre en armes dans leurs sections pour y attendre ses ordres, mit hors la loi les chefs d'attroupements et se déclara en permanence. Ces diverses mesures furent accueillies par les rires ironiques d'une multitude de femmes qui de bonne heure avaient envahi les tribunes. Une pétition de la section Bon-Conseil, où les souffrances du peuple étaient longuement énumdrées; est écoutée avec indifférence. L'intérêt n'est pas 14. Du pain/ du pain I ne cessent de répéter, d'une voix menaçante, les femmes montées sur les bancs des tribunes. La Convention est visiblement émue, a Sachons périr s'il le faut, «s'écrie. un député obscur, nommé Ferraud, que cette journée allait illustrer à jamais. André Dumont, qui présidait, déclare qu'il va donner l'ordre de faire évacuer les tribunes et d'arrêter les agitateurs. A cette menace répondent des explosions de murmures. Dumont descend de son siège, et est remplacé au fauteuil par Boissy d'Anglas, dont cette journée devait également fonder la réputation, singulièrement surfaite d'ailleurs.
Un officier général, accompagné de quelques fusiliers et de jeunes gens ayant des fouets de poste à la main, se mettait en devoir de chasser les femmes , quand soudain de» coups redoublés se font entendre aux portes de la salle, qui cèdent bientôt aux efforts des assaillants, et livrent passage à une foule de citoyens et de femmes dont les vêtements en haillons et les traits hâves attestaient la profonde misère, et qui se précipitent dans la salle en criant : Du pain et la constitution! Au milieu du tumulte un homme est arrêté ayant du pain dans ses poches, et l'on