‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 202 sur 226 · CHAPITRE QUATORZIÈIIB ' 52ff · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈIIB ' 52ff

en conclut dérisoirement, dans TÂssemblée, que la disette n*est pour rien dans ce formidable mouvement populaire.Une lutte s'était établie entre les envahisseurs de la Convention et ses défenseurs. Les premiers sont d'abord repoussés hors de la salle. La délibération, un moment interrompue, allait être reprise, quand tout à coup de nouveaux cris retentissent : c'était la masse du peuple qui arrivait en colonnes serrées. Des coups de fusils sont tirés, et ne blessent heureusement personne; mais la garde, impuissante à refouler le flot toujours croissant, est forcée de céder au nombre. Le thermidorien Ferraud résiste en désespéré à la foule ; il se couche en travers d'une porte et s'écrie qu'on n'entrera qu'en lui marchant sur le corps ; les assaillants le foulent aux pieds et passent. En un instant la salle est inondée d'hommes armés de bâtons, de piques, de sabresy de fusils, et aux chapeaux desquels on voyait, écrits à la craie, ces mots qui étaient le cri de ralliement de l'insurrection : Du pain et la constitution de 1793! Un coup de fusil part et blesse légèrement un jeune homme nommé Mailly. En ce moment, s'il faut en croire la narration thermidorienne, vingt fusils couchent en joue le président Boissj. Ferraud, pour le couvrir de son corps, gravissait les marches de la tribune; quand il reçoitàbout portant un coup de pistolet tiré par un insurgé sur un of- Mort ficierqui l'avait frappé. Il tombe. Le nomdeFréroa est pro- ^« Ferraud. nonce. Fréron, c'était la réaction éhontée, impitoyable, sanglante; son nom était bien fait pour appeler les vengeances populaires. Victime d'une déplorable méprise, le malheureux Ferraud est criblé de coups, achevé et traîné par les cheveux dans un couloir. Un misérable lui coupe la tête, la met au bout d'une pique, et promène dans la salle et au dehors ce hideux trophée. Ce meurtre accidentel fut du reste le seul épisode tragique de l'insurrection. Nous verrons ce que de sang innocent versera la réaction victorieuse.

^ï% HISTOIRE DE LA RiVOLUTTON

A cette heure on pouvait croire au triomphe des sections soulevées. Romme, au nom du peuple souverain, réclama pour tous la liberté de la tribune. Permanence des sections, arrestation de tous les émigrés, élargissement des patriotes détenus, mise en activité de la constitution de 1793, réorganisation de la municipalité détruite, telles furent les principales motions formulées, et que saluèrent les cris de Vwe la Mantagml vivent les Jacobins ! que depuis bien longtemps on n'avait pas entendus. Vers neuf heures, Vemier remplaça au fauteuil Boissj d'Anglas, qui avait opposé un Iront assez ferme à Fémeute, mais qui n'avait pas su trouver une inspiration généreuse pour rassurer les patriotes et désarmer leurs colères. A peine avait-il cédé sa place que, coup sur coup, à la voix des Romme, des Duroy, des Bourbotte et des Goujon, les représentants restés à leurs bancs décrétèrent, en levant leurs chapeaux en l'air, la mise en liberté de tous les citoyens arrêtés pour opinions politiques depuis le 9 thermidor, la rentrée des représentants proscrits à la suite des journées de germinal, des visites domiciliaires pour la recherche des subsistances, la convocation immédiate et la permanence des sections de Paris, la nomination d'une commission de vingt membres pour remplacer les anciens comités, et l'arrestation des folliculaires royalistes qui empoisonnaient l'esprit public. Puis on vota, dans la même forme, l'abolition de la peine de mort, excepté pour les cas d'émigration et de fabrication de faux assignats, comme pour protester d'avance contre le caractère terroriste qu'on ne devait pas manquer d'imputer à la journée de Prairial. PxosoriptioDB. Il était alors un peu plus de minuit. Une partie des insurgés s'étaient déjà retirés, croyant la victoire assurée à la cause démocratique. Duquesnoy, Prieur (de la Marne) et Duroy, chargés de s'emparer de toutes les pièces du comité de Sûreté générale, sortaient pour accomplir leur mission, et Soubrany venait de leur recommander de pren-

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