CHAPITRE aUIl«ZIÈllE
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pas -à le« rejoindre. Un premier succès remporté sur les républicains exalta Tardeur des royalistes; mais les effets eja. furent en partie paralysés par des différends survenus entre Puysaye et d'Hervill^. Le chevalier deTintéaiac, à la tête d'une forte division, fut complètement défait par Hoche en personne, qui, à la date du 19 messidor (7 juillet), tenait, suivant ses propres expressions, les anglo-émigréschouans enfermés comme des rats dans Quiberon, Après une série de combats où presque toujours les républicains eurent l'avantage, Hoche, pour en finir, résolut de s'emparer du fort Penthièvre qui défendait lapresqu'île. Attaqué avec une impétuosité extraordinaire dans la soirée du 2 thermidor (20 juillet), le fort fut emporté après une héroïque défense. 11 ne restait plus aux royalistes qu'à fuir. Ce fut une lamentable déroute. La flotte anglaise recueillit une partie des vaincus, parmi lesquels Puysaye, Vauban, Contades et d'Hervilly mortellement blessé; mais le plus grand nombre succomba les armes à la main. Quant aux prisonniers, deux conseils de guerre, établis à Auray et à Vannes par les représentants du peuple Tallien et Blad, déoidèrentde leur sort. DeRieux, Tévêque deDol, Joseph de Broglie, le jeune de Sorabreuil et une foule d'autres furent condamnés à mort et fusillés : juste et terrible expiation de leur criminelle agression contre la patrie. Cette grande victoire de Quiberon ne mit pas fin à la guerre civile, au contraire. Par la plus insigne des trahisons, Charette, devant qui les thermidoriens avaient si bassement humilié le drapeau de la République, avait repris les armes dès les premiers jours de messidor, et il ne devait pas être donné à la Convention de voir Tentière pacification de la Vendée.
Tallien était accouru annoncier lui-même l'éclatant triompjie du général Hoche sur Tarmée royaliste. Il avait tenu à se trouver à Paris pour l'anniversaire du 9 thermidor, car les héros du guet-apens avaient décidé qu'on célé-
TMERMIDOR AN III
(JuilM'Août 1795).
Anniversaire
du 9 thenDi4or.
brerait par une fête annuelle l'immense suicide de la République. Rien ne manqua à la solennité, ni les acclamations prodiguées à l'histrion Tallien, ni les toasts portés, dans un banquet dont la Cabarrus fit les honneurs, par les proscripteurs du 3i mai à ceux qu'ils avaient proscrits, ni la poésie de Chénier, dont la muse, après avoir plané si haut dans la grande période révolutionnaire, venait souiller ses ailes dans la fange thermidorienne.
Paix Une paix glorieuse pour la France, paix que les victoires
avec ^g jjQg troupes sur les frontières des Pyrénées déterminèrent l'Espagne à conclure vers ce temps-là, réjouit le cœur des patriotes ; malheureusement ce fut une diversion bien courte aux coups chaque jour plus nombreux portés à la démocratie. Les royalistes de Paris semblaient avoir juré de venger le désastre de Quiberon. Des députations de sections réactionnaires, comme celle du Mont-Blanc, parurent à la barre pour sommer la Convention de Proscriptions chasser de son sein tout ce qu'il «y restait d'impur, » c'estnouvelles, à- dire tout ce qu'il y avait encore de vrais républicains, et demander justice des satellites du farouche Robespierre ^ expressions ciichées du temps, empruntées au vocabulaire des salons de mesdames Tallien et de Staël, où se distribuaient les grâces et lesfaveurs. Telle était l'audace des pétitionnaires de la réaction, qu'un jour Dubois-Crancé, un thermidorien pourtant ! ne put s'empêcher de les apostropher en ces termes : a Allez vous faire f...... brigands que
vous êtes. » Le Girondin Larivière et ses pareils avaient beau protester hypocritement de leur haine pour la royauté, la Convention n'en continua pas moins, à leur voix, de décimer les républicains. Dans les séances des 21 et 22 thermidor (8 et 9 août) : elle décréta successivement d'arrestation : Lequimio, "dont on n'oubliera jamais un magnifique rapport sur l'instruction publique ; Lanot, Lefiot, Dupin, « pour avoir fait guillotiner les fermiers généraux; » Bo qui, aux approches du 9 thermidor, avait signalé de Nantes
CHAPITaB QUINZIftlIE
le& ténébreuses manœuvres de Fouché ; Piorrj, Massieu, Chaudron-Rousseau, Laplauche et Fouché lui-même, épargné jusque-là à cause de son active coopération au 9 thermidor. Cette cheville ouy*ière du guet-apens était bien digne pourtant de rester rivée au groupe sinistre des réac* teurs de Prairial.
La Convention redevenue girondine, toute bourgeoise, dans la plus mauvaise acception du mot, n*avait cure désormais des intérêts du peuple ; elle affirma ses doctrines antidémocratiques dans la constitution qui porte le nom de constitution de Tan III, et qui, après des discussions où éclatèrent les passions contre-révolutionnaires de la nouvelle majorité, futdéfinitivement adoptée dans la séance du 5 fructidor (22 août). Elle conserva bien Télection de tous les pouvoirs constitutionnels; seulement, pour la nomination des représentants du peuple, elle en revint aux errements de TAssemblée constituante et rétablit le suffrage à deux degrés. Mais cette restriction était peu de chose auprès de l'attentat inouï dont elle se rendit coupable à l'égard de la nation souveraine. La constitution de 1793 avait proclamé membre du corps social tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis, et non frappé d'indignité par quelque condamnation à des peines afllictives ou infamantes. C'était la doctrine qu'avec une si glorieuse obstination Robespierre s'était efforcé de faire prévaloir au sein de l'Assemblée nationale, et à laquelle, pour triompher, il avait fallu le baptême sanglant du 10 août. Eh bien ! en haine du peuple, de la vile mulUtude, comme dit M. Thiers, et par une violation honteuse des principes de la justice éternelle, la constitution de l'an III n'accorda le droit de cité qu'à tout homme payant une contribution directe. Encore pour être électeur du second degré fallait-il être propriétaire, usufruitier ou locataire d'un bien évalué à un revenu de cent cinquante journées de travail en moyenne. C'était un retour à l'insti-
Lb
constitation de Tan III.
FBUOTIDOR AS m
(Août-
Septembre
tntion barbare des crtoyetis passifs. D'tin trait de plttme les tristes vainqueurs de Thermidor et de Prairial éliminaient du corps social trois millions d'hommes, parmi lesquels la plupart des combattants du i4 juillet et du lOaoût. Pour anéantir cette résurrection du privilège et détruire cette criante iniquité, il faudra arriver jusqu'à la Révolution de 1848.
La constitution de 1793 avait assigné à la Révolution un but social. Tout en mettant la propriété au rang des droits, comme un des stimulants les plus énergiques de l'activité humaine, elle avait consacré le droit au travail et préparé les voies par où la question sociale pouvait se résoudre pacifiquement et régulièrement. La constitution de l'an III fit de la propriété la clef de voûte de l'édifice social. Gela futécrit en toutes lettres dans une Déclara tionfort oiseuse des devoirs, qu'on donna pour corollaire à une Déclaration des droits bâtarde. En conséquence» on se garda bien de consacrer aucun droit réel en dehors de la propriété, et l'on dégagea la société de l'obligation de fournir du travail à ses membres. Et cela était naturel de la part de gens qui, satisfaits d'avoir pris la place des classes privilégiées, ne demandaient plus qu'à asseoir leur domination et à consolider leurs fortunes plus ou moins bien acquises. Aussi, au lieu d'appeler la nation à participer à la confection des lois, au moins par son vote, ils partagèrent le pouvoir législatif entre deux chambres, dont Tune appelée le Conseil des cinq cmrt avait l'initiative des lois, et l'autre nommée le Conseil des anciens était armée du droit de veto. C'était remonter de cinq ans en arrière. Poussée par l'opinion, l'Assemblée constituante, toute royaliste, avait reculé devant l'institution d'une chambre ha«te, nécessairement entachée d'aristocratie ; la Convention dégénérée n'hésita point, et le peuple, muselé, laissa faire. Ce Conseil des anciens, où l'on ne pouvait entrer qu'à la condition d'être marié ou veuf et âgé de plus de qoa-
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raate ans, devait prêter lés'm&imd au oonp d'État de Bm* maire et devenir la pépinière du sénat consulaire et impérial.
QuantaupouYoirexéeutifyOnleoontiaàun Directoire composé de cinq membres, nommés par le Conseil des anciens sur une liste présentée par le Conseil des cinq cents, et renouvelable tous les ans par cinquième. Heureusement inspirée en ne faisant pas sortir ce pouvoir delà même source que le législatif, la Convention le fut moins en Tinvestissant de certaines attributions monarchiques et en lui donnant une garde prétorienne. Pour compléter son œuvre, il ne lui manquait plus que de la rendre ridicule : elle n*y manqua pas, enaffublant d*un costume grotesque la plupart des fonctionnaires publics, et notamment les membres des deux Conseils et ceux du Directoire. Quoi qu'il en soit, soumise le âO fructidor (6 septembre), au vote des assemblées primaires, singulièrement réduites, hélas! cette constitution de l'an III fut acceptée par neuf cent quatorze mille huit cent cinquante-trois voix sur neuf cent cinquante-huit mille deux cent vingt-six votants. Elle avait été repoussée par quarante et un mille huit cent quatre-vingt-douze voix. La constitution de 1793, offerte à la ratification du suffrage universel sans restriction, avait été acceptée par la presque unanimité de la nation.
La Convention nationale avait, depuis une année, donné Mouvement assez de gages à la réaction pour être en droit d'espérer ^°» que la fin de sa session ne serait pas troublée par elle. Ce fut pourtant de cette réaction que lui vinrent les plus grands dangers qu'elle eût courus encore. Voici à quelle occasion. Il avait été décidé, sur la proposition de lancien constituant Dupont (de Nemours), que l'un et l'autre Conseil, formant le Corps législatif, serait renouvelé tous les ans par tiers. La majorité, issue des événements de Thermidor, imagina, sous prétexte d'assurer l'exécution du pacte social thermidorien, d*imposer aux assemblées
les seotioDS.
844 HISTOniB DB LA RÉVOLUTION
électorales robligation de choisir les deux tiers au moins des membres de la Convention pour composer le nouveau Corps législatif. L*Assemblée constituante, elle, on s'en souvient sans doute, avait décrété, sur une motion de Robespierre, qu*aucùn de ses membres ne pourrait faire partie de la législature appelée à la remplacer; mais nous sommes loin des jours d'abnégation et de désintéressement. Cette mesure de la Convention était évidemment une usurpation de la souveraineté populaire. Ratifiée dans les assemblées primaires à une assez faible majorité et par un nombre fort restreint de votants, elle excita d'énergiques réclamations, non point, comme on l'aurait pu croire, de la part des patriotes sincères, mais de celle d'une foule de genf fort peu suspects de tendresse pour la République démocratique, et auxquels l'ombre même de la Convention inspirait encore une frayeur mortelle. Au nombre des agitateurs qui tentèrent d'ameuter les sections parisiennes figuraient l'ancien ministre girondin Servan, le général Miranda qu'avait épargné le tribunal révolutionnaire, Quatremère de Quincy, Rœderer, Richer-Serizy, le journaliste Fiévée, et Laretelle jeune, qui, depuis, a publié sous le nom à* Histoire de la Révolution le plus abominable libelle qu'on puisse imaginer. Les feuilles royalistes jetèrent les hauts cris; et les sections les plus connues parleurs sentiments contre-révolutionnaires protestèrent — singulière tendresse ! — au nom de la souveraineté populaire. L'une d'elles, la section Le Péletier, tenta d'organiser contre la Convention une véritable croisade. Leg Les ultra-révolutionnaires qui avaient fait le 9 thermi-
thermidoriens ^or et «'étaient alliés aux Girondins et aux royalistes com- 811X a 013. uQQucèrent à comprendre la faute immense qu'ils avaient commise. Ils eurent peur un instant d'être dévorés euxmêmes par la contre-révolution, et ils tentèrent, trop tard, hélas ! de remédier à des maux qu'ils avaient rendus irréparables. De la bouche des Tallien, des Fréron et des