‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 22 sur 226 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ét^ni éaumérés les différents bienfaits que, suivant ses propres expressions, Louis XVI accordait à ses peuples. Il promettait bien de n'établir aucun impôt, de ne contracter aucun emprunt sans le consentement des représentants de la nation, de couper court à divers abus, de concilier l'abolition des lettres de cachet avec le maintien de l'ordre public et de l'honneur des familles, de sanctionner enfin le consentement de la noblesse et du clergé à la suppression de leurs privilèges pécuniaires; mais il n'entendait nullement accorder aux états généraux le droit de rien changer aux institutions du royaume, dans leur base fondamentale. Bien plus, il rangeait au nombre des propriétés inviolables les dîmes, cens, droits et devoirs seigneuriaux et féodaux, et généralement toutes les prérogatives attachées aux terres ou aux personnes. C'était contester d'avance le droit révolutionnaire.

. En prenant congé des états, le roi les invita à ne voter aucune disposition sans son approbation spéciale, se réservant d'accomplir à lui seul le bien de ses peuples, si l'on ne se conformait pas à son invitation. Puis il sortit en enjoignant aux trois ordres de se retirer dans leurs chambres respectives pour y reprendre leurs séances. C'était un défi jeté aux communes. La noblesse et la plupart des évêques se retirèrent aussitôt; mais les députés du tiers demeurèrent immobiles à leurs places. Mirabeau, en quelques paroles hautaines, leur rappela leur promesse de ne point se séparer avant d'avoir fait la constitution, et comme le grand maître des cérémonies, M. de Brézé, disait au président : a Vous avez entendu les ordres du roi, » il lui déclara impérieusement que les communes ne céderaient qu'à la puissance des baïonnettes.

M. de Brézé se retira interdit. La délibération continua, grave et paisible, a Messieurs, dit Sieyès, vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez hier. » L'Assemblée, prévoyant que la cour pourrait se laisser aller à des mesures violen-

tes, prononça, avant de lever sa séance, l'inviolabilité de ses membres, et proclama traître et infâme envers la nation quiconque attenterait à la personne d'un député. Réunion La noWesse et les principaux dignitaires de l'Église per- ,

, ^^^ sistaient dans leur isolement. Après d'orageuses discussions, quarante-sept membres du premier ordre, le duc d'Orléans en tête, se décidèrent, le surlendemain, à venir se joindre aux communes. Il fallut un ordre exprés du roi pour entraîner le reste. Le 27 juin la réunion était un fait "accompli.

Comment, après avoir encouragé elle-même les ordres privilégiés à la résistance, la cour prétait-elle les mains à cette humiliation? Ahl c'est que depuis quelques jpurs on sentait dans l'air comme un orage prêt à éclater. Des relations directes s'étaient établies entre les communes et l'hôtel de ville de Paris. Déjà la Révolution était descendue dans les couches inférieures de la société, et le peuple paraissait disposé à prendre l'initiative du mouvement. Le Palais-Royal était devenu un forum, où du matin au soir on délibérait sur les affaires publiques. Dans la journée du 26, une adresse d'encouragements à l'Assemblée fut rédigée au café de Foy, et couverte de trois mille signatures. La cour eut peur. Tout en hérissant de troupes les abords du château de Versailles, elle crut prudent de faire une concession à l'opinion publique, en priant Necker, le ministre encore populaire, de ne pas abandonner son poste, et en engageant la noblesse à courber la tête devant la volonté des communes. Désormais, on peut le dire, la souveraineté appartenait, non plus au roi, mais à l'Assemblée nationale.

La nouvelle de la réunion des trois ordres excita dans Paris une joie folle. L'esprit satirique du peuple se répandait en plaisanteries quelquefois sinistres. On allait disant partout que prêtres et nobles s'étaient décidés à délibérer par tête de peur d'être réduits à le faire sans tête.

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