CHAPITRE DEUXIÈME
L*armée elle-même, cette forteresse vivante du pouvoir Les gardes absolu, chancelait, menaçait de passer au peuple, comme si françaises pour la première fois elle se fût aperçue qu'elle en sortait. Un jour les gardes françaises, qui avaient été impitoyables lors de l'aflFaire Réveillon, ayant reçu Tordre de charger leurs fusils dans un moment d'effervescence populaire, refusèrent d'obéir. Une centaine de soldats se débandèrent même pour aller au Palais-Royal fraterniser avec les citoyens- A peu de temps de là, onze d'entre eux ayant été enfermés à l'Abbaye, le peuple en foule courut à la prison, en força les portes, et mit les prisonniers en liberté. Une compagnie de dragons et une de hussards qui arri. vaient bride abattue, prêtes à charger, s'arrêtèrent comme saisies de respect devant cette multitude désarmée. Les cavaliers remirent leurs sabres au fourreau ; on apporta du vin, et ils burent, avec le peuple, à la santé du roi et de la nation! Quel changement depuis deux mois!
Les soldats délivrés furent logés et nourris aux frais des citoyens, et quelques jeunes gens partirent précipitamment pour Versailles afin de réclamer en leur faveur Tinter- . ventionde l'Assemblée. Mais déjà les agitations populaires commençaient à faire peur aux membres les plus influents du tiers état, aux révolutionnaires de la première heure. Le jour même de la réunion des trois ordres on avait entendu Mirabeau, le grand agitateur du Midi, proposer à ses collègues d'inviter solennellement les électeurs à contribuer au maintien de la paix publique et de Tautorité royale ; cette fois encore il se leva pour flétrir les troubles de la capitale. L'Assemblée s'associa en partie à ses vœux, en adressant au roi une déclaration destinée à être affichée et imprimée. Dans cette déclaration, tout en invoquant la clémence royale en faveur des coupables, elle conjurait le peuple de rentrer sur-le-champ dans Tordre,' et témoignait de son profond respect pour le pouvoir de Sa Majesté, duquel, disait-on, dépendait la sécurité de
HISTOIftE 9E LA B^TOLUTION
Le Cliil breton.
Mécoutento-
mont populaire.
Tempire. Réintégrés volontairesMot à TAbbaye dans la nuit du 4 au 5 juillet, les clients du peuple de Paris furent graciés presque aussitôt*
Toutefois, cette me^^ure de clémence n'arrêta pas la fermentation dans Tarmée. On s y plaignait tout haut de ce que les grades fussent interdits au courage et au mérite plébéiens et réservés à la noblesse seule. Les privilégiés cherchaient à s'expliquer, par de petites intrigues, ces aspirations générales vers, l'égalité; ils ne s'apercevaient pas que la Révolution grandissait, grandissait toujours comme par un phénomène naturel*
Un parti de la résistance, dont Tâme était le comte d'Artois et la reine Tinspiratrice, s'était formé à la cour. On y complotait, sans trop de mystère, de dissoudre les états généraux, de restaurer purement et simplement l'ancien despotisme et de mettre Paris à la raison. Aux conciliabules des gens de la réaction, le parti du mouvement opposa les siens. Il se forma, au sein même de l'Assemblée, une société- connue d'abord sous le nom de club breton^ parce qu'elle avait été organisée par des représentants de la Bretagne. Dès le 1" juillet elle comptait parmi ses membres les Sieyès, les Le Chapelier, les Lanjuinais, les Lameth et les Robespierre. Ce club, où s'élaborait la conatitution libérale à donner à la France, c'était l'embryon du club des Jacobins.
Dans le public, où transpiraient les menées des conspi* rateurs de la cour, l'irritation croissait de jour en jour. On y avait fort mal accueilli une vaine protestation de la noblesse contre la réunion des trois ordres. La capitale était inondée de brochures violentes, dirigées principalement contre le comte d'Artois et madame de Polignac, l'amie, la confidente de Marie- Antoinette* Un déploiement inusité de forces à Paris et dans les environs ne fut pas dénature à calmer les inquiétudes et les soupçons. Le médecin Marat, dans un opuscule empreint du sombre génie qui l'ob-