CHAPITRE DEUXIEME
sédaity engivgeâ 1^ peuple à laisser combler la mesure et à attendre le jour delà justice etdelaveageaDce. Joignez à cela la disette croissante, le pain rare» les farines de mauvaise qaaltté, une foule affamée se pressant aux portes des boulangers, et tous aurez une idée des sentiments qui animaient la population parisienne au mois de juillet 1781>.
L'Assemblée nationale, elle-même, s'offusqua des prépa- juillet nm». rat^fs militaires qui se faisaient sous ses yeux. Pourquoi ces continuelles allées et venues de troupes entre Paris et Versailles? Contre qui devaient- agir ces trains d'artillerie et ces batteries menaçantes? Pourquoi tout ce sinistre appareil de la tyrannie au moment où la nation ne songeait qu'à se reposer dans la liberté? Voilà ce que Mirabeau demanda dans un discours frémissant de patriotisme. Il fut, séance tenante, chargé par ses collègues de rédiger une adresse au rpi pour réclamer le renvoi des troupes: Humble et ferme à la fois, cette adresse n'attei* gnit pourtant pas son but. La réponse du roi, dictée par d'imprudents conseillers, fut d'un vague et d'une sécheresse sous lesquels perçait la menace.
Tandis que Mounier présentait à l'Assemblée un ordre Henvoi de travail sur la nouvelle constitution du royaume, la ^® ^'eckel^ cour continuait à masser les régiments autour de' Paris et, comme pour jeter un défi à la Révolution, le roi renvoyait Necker, le ministre populaire, pour mettre à sa place M. de la Galaieière, et le baron de Breteuil, qui voulait qu'on brûlât Paris au besoin. Les autres ministres furent changés également et, remplacés parties hommes comme le maréchal de Broglie, de La Porte et Foullon, non moins odieux au peuple.
Pendant ce temps TAssemblée entendait la lecture d'une irritation assez pâle Déclaration des droits de la façon de Laf ayette. croissante. La nouveUe du changement de ministère, connue à Paris dans la matinée du 12, y causa une fermentation extra* ordinaire. C'était un dimanche, il y avait foule dans les
52 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTiDN
rues. La vue des fantassins et des cavaliers, qui sillon* naient la ville, jointe à oôtte nouvelle, porta au comble l'exaspération des^ masses. Le Palais-Royal, ou !a foule se pressait haletante, était tout en iSèvre. Ver» midi uajjeune homme monte sur une chaise, tenant d'une main uns épée, de l'autre un pistolet, et d'une voix vibrante crie : Aux armes ! En même temps il arrache une feuille d'arbre, et en pare son chapeau en signe de cocarde. Ce jeune homn^, inconnu encore, c'était Camille Desmoulins. Tout le monde suit son exemple. Pui»»la foule s'écoule et se répand «ir les divers points de la viHe, s'arraant au passage, quitde sabres, qui de bâtons, qui de haches et de pistolots. Plusieurs enp^agements eurent lieu dans la journée, aux Porcherons, à la place Louis XV, où bivaquait Besenval avec ses régiments, et dans le jardin même d«s Tuileries, où le prince de Lambesc chargea à la tête de ses dragons. Quelques personnes furent tuées ou blessées. Ce n'était là que le prélude d'événements plus graves.
La journée du lendemain fut relativement calme, mais de ce calme lourd qui précède les grands orages. Le peuple s'arma de toutes parts comme il put, et les électeurs se constituèrent à l'hôtel de ville en pouvoir permanent. Tandisxiue naissait cette redoutable autorité de la Cont* mune, l'Assemblée prenait, à Versailles, les résolutions les plus énergiques. Après avoir entendu Lally-Tolendal regretter en termes éloquents et passionnés le renvoi de Necker, elle éécida qu'une nouvelle députation se rendrait immédiatement auprès du souverain pour lui demander encore Téloignement des troupes et l'établissement d'une garde bourgeoise. Sur la réponse peu satisfaisante du roi, elle décréta, entre autres mesures, que les ministres disgraciés emportaient les regrets.de la nation ; que tous les agents civils et militaires du pouvoir, que les ministres actuels et les conseillers de Sa Majesté, de quelque rang qu'ils fussent, étaient personnellement responsables de