‹ Précis de l'histoire de la révolution françaiseChapitre 29 sur 226 · CHAPITRE TROISIÈME Cl · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME Cl

patriotiques à Saint-Malo, à Rennes, à Strasbourg, à Grenoble, à Lyon et à Caen. Presque partout on s'engagea à , défendre rinviolabilité de TAssemblée nationale. Fâcheusement quelques désordres éclatèrent, et, là où le sentiment populaire rencontra de la résistance dans la troupe, le sang coula. A Caen, les soldats du régiment de Bourbon ayant tiré sur le peuple, celui-ci se vengea en tuant â coups de fusil le major en second de ce régiment, M. de Belzunce, accusé d'avoir excité ses soldats à faire feu. Quant aux malheureux tués par la troupe, on n'a pas retenu leurs noms.

Par une inexorable fatalité, le pain était cher cette année, et aux agitations politiques se mêlèrent des soulèvements causés par la rareté des subsistances. Malheur à qui était soupçonné d'accaparer les grains et de spéculer sur la faim du peuple. A Rouen quelques personnes périrent dans une échauffourée. Un meunier nommé Sauvage, accusé d'accaparement, eut la tète coupée à Saint-Germain en Lave. Un fermier, du nom de Thomassy, faillit éprouver tè même sort à Poissy ; mais, plus heureux, il fut sauvé grâce à Tintervention de l'évêque de Chartres, qui trouva moyen d'apaiser la multitude furieuse.

Le 20 juillet, Lally-Tolendal parut à la tribune de TAssemblée; il tonna contre les perturbateurs et demanda que tous les bons citoyens fussent officiellement invités à réprimer énergiquement tous désordres, Robespierre, craignant que, sous prétexte d'assurer la paix publique, on ne portât atteinte à la liberté, combattit vigoureusement cette proposition, et parvint à la faire renvoyer à lexamen des bureaux. Toutefois, trois jours plus tard , l'Assemblée se décida à la voter, sous l'impression d'un double meurtre dont Paris venait d'être le théâtre.

De tous les ministres renvoyés, un des plus odieux au M^j-t peuple était l'ancien commissaire des guerres Foullon. <3c Fouiion Conseiller de Louis XVI, il avait toujours opiné dans le

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sens des mesures violentes. Il passait pour un homme dur et inhumain. On lui prêtait des propos sauvages, a Si la canaille n'a pas de pain, qu*oa lui donne du foin! » auraitil dit; il n*en fallait pas davantage pour exaspérer les masses et les porter aux plus cruelles extrémités. Arrêté au château de Viry, chez son ami le comte de Sartines, où il était allé se réfugier^ il fut amené à Paris dans la journée du 2â, et conduit immédiatement à Thdtel de ville. Là, on procéda à son interrogatoire. La foule réclamait son exécution immédiate. Lafayette essaya de la calmer en lui promettant que justice serait fciite d'un coupable, qu'il regardait comme un scélérat, digne du supplice le plus rigoureux. Seulement, ajoutait-il, il fallait procéder régulièrement, et il donna l'ordre de conduire le malheureux à l'Abbaye, afin qu'il y fût jugé conformément à la loi. a II est jugé depuis trente ans ! » s écria une voix. Au même instant FouUon est saisi par des mains vigoù* reuses, traîné jusque sur la place de Grève, et pendu à un réverbère. Un inconnu lui trancha la tête, lui mit dans la bouche une poignée de foin, et promena dans la villiv &u bout d'une pique, ce hideux trophée.

Le même jour, Bertier de Sauvigny, ex -intendant de la généralité de Paris, et gendre de Foullon, arrêté la veille à Compiègne et ramené en poste dans la capitale, était également conduit à l'hôtel de ville pour y rendre compte des méfaits qu'on lui imputait. On l'accusait d^avoir dévoré la subsistance du peuple, d'avoir été l'esclave des riches et le tyran des pauvres, d'avoir trompé le roi et trahi sa patrie. Son véritable crime en effet était de s'être montré d'une extrême dureté dans son administration. Comme pour Foullon, ordre fut donné de. le transférer à l'Abbaye; mais, arraché à son escorte, il fut tué d'un coup de sabre en se défendant vaillamment, au coin de la rue de la Vannerie, presqu'à la même place où son beau* père venait d'être pendu.

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